Lait de vache

L’afflux de lait continue de peser sur les prix

Rien de neuf sur le marché mondial des produits laitiers. La production laitière reste en nette hausse dans les principaux bassins laitiers et pèse sur les cours des commodités laitières : les prix du beurre et de la poudre maigre poursuivent leur repli, entraînant avec eux les prix à la production. La France ne fait désormais plus exception. Fait positif néanmoins, la consommation de produits laitiers a résisté en 2025. Mais les exportations françaises, comme européennes, sont désormais sous la menace de droits de douane supplémentaires vers la Chine et les États-Unis.

Lait de vache » Collecte laitière »

Redressement de la collecte et débouchés contraints

La collecte laitière française a rebondi en 2025 après un premier trimestre difficile. Mais le prix du lait amorce un recul, sous la pression d’une offre abondante et de débouchés limités. Face aux excédents, l’industrie s’est recentrée sur les produits stockables.

La collecte laitière française signe un net rebond en 2025

En novembre 2025, la collecte laitière française a confirmé une nette reprise (+5,9% /nov. 2024). Après un 1er trimestre en retrait, la collecte nationale a opéré un redressement significatif. Sur 11 mois, la hausse a atteint 1,7% /2024. Et, selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, cette tendance se serait prolongée en décembre, avec une hausse sur un an estimée à 6,7%. Sur l’ensemble de l’année 2025, la collecte laitière est attendue en hausse de 2,1% /2024.

Cette performance repose sur un alignement de facteurs très favorables à la production laitière. Des conditions climatiques clémentes ont favorisé la production de fourrages à base d’herbe et de maïs ensilage alliant quantité et très bonne qualité. Dans le même temps, le niveau du prix du lait payé aux éleveurs a incité à garder les vaches laitières. Par ailleurs, la montée en puissance de la robotisation ces dernières années, couplée à une distribution plus importante de concentrés favorisée par des coûts compétitifs, a sensiblement amélioré la productivité par vache. À ces leviers s’ajoute un paramètre social inédit avec le report de nombreux départs à la retraite, les exploitants souhaitant prolonger leur activité pour bénéficier de cette conjoncture porteuse. Ce redressement marqué de la collecte est une réalité dans l’ensemble des bassins laitiers français, où la croissance est généralisée depuis le mois de septembre.

Quelles sont les orientations pour l’année 2026 ?

Le cheptel de vaches laitières devrait continuer son repli. Pour autant, les gains de productivité devraient se poursuivre, portés par la robotisation de la traite et par un coût de l’alimentation qui devrait rester favorable dans les mois à venir. Le climat reste une inconnue pour 2026. Mais à court terme, la qualité et les volumes de fourrages récoltés en 2025 devraient soutenir la production laitière sur la première partie de l’année. Dans ce contexte, la collecte pourrait progresser au cours des prochains mois, d’autant que le premier trimestre 2025 avait été fortement pénalisé par un net recul des volumes dans le Nord et l’Est du pays, régions durement touchées par la FCO. Toutefois, le prix du lait est attendu en recul en 2026, un facteur susceptible de peser, à terme, sur les volumes collectés. Par ailleurs, les conséquences de la FCO, qui ont affecté le Grand Ouest l’été dernier, restent à préciser. Les décalages de vêlages pourraient ainsi perturber le pic du printemps laitier et la production estivale.

Le reflux du prix du lait s’amorce

En France, le prix du lait a amorcé un recul depuis octobre. En novembre, pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix s’est établi à 481 €/1 000 litres. Ce prix reste supérieur de 4 € /nov 2024. Porté par l’amélioration des taux observée ces derniers mois, le prix réel a atteint 521 €/1 000 litres, en hausse de 8€ sur un an.

D’après l’observatoire de l’Éleveur Laitier, le prix standard reculerait de nouveau en décembre (-7 € /nov. 2025) pour repasser en dessous de son niveau de décembre 2024. Le net rebond de la collecte exerce en effet une pression à la baisse sur les prix du lait, dans un contexte de consommation des ménages globalement stable et de repli des exportations. En janvier, une nouvelle diminution du prix du lait est attendue de 10 à 15 € /décembre 2025.

À plus long terme, les perspectives restent incertaines mais très probablement orientées à la baisse. La chute des cours du beurre, et dans une moindre mesure des poudres, en seconde partie d’année 2025, constitue un signal défavorable pour la valorisation du lait. L’ampleur du recul des prix du lait dépendra toutefois de plusieurs facteurs : les choix de fabrication des laiteries, l’évolution de leurs débouchés commerciaux, ainsi que les modalités de construction du prix du lait payé aux éleveurs, plus ou moins indexées sur les cours des commodités laitières. L’évolution de la production laitière nationale sera également déterminante, tout comme celle des autres pays de l’Union européenne et des principaux exportateurs mondiaux. Enfin, un risque mérite une attention particulière : la hausse provisoire des droits de douane décidée par la Chine, notamment sur la crème, pourrait pénaliser significativement certaines laiteries françaises fortement exposées à ce marché (voir article commerce européen).

Les charges en élevages, d’après l’IPAMPA lait de vache (qui représente 50% des coûts de production), ont légèrement progressé en novembre 2025 d’un mois sur l’autre (+0,7%) et ont diminué de 0,8% /nov. 2024. Sur un an le recul est toujours marqué pour le poste aliment acheté (-5,6% /2024), pour l’énergie (-5,3%) mais en hausse soutenue pour les engrais (+12,9%). La plupart des autres charges incluses dans l’IPAMPA sont en légère hausse.

La marge MILC, estimée à 254 €/1 000 l en novembre, a enregistré un net repli de 26€ en un mois sous l’effet conjugué d’une forte baisse du prix du lait, d’une diminution marquée des produits issus de la vente des animaux et d’une légère hausse des charges. En revanche, sur un an, la MILC a augmenté de 45€/1000 l. Le produit lait a progressé de 3 €, les coproduits viande ont augmenté de 39€, tandis que les charges se sont réduites (-3€).

Recentrage des fabrications sur les produits stockables

En novembre, les fabrications françaises de produits laitiers se sont majoritairement orientées vers le beurre, les poudres maigre et grasses ainsi que les fromages. L’afflux de collecte en seconde partie d’année s’est heurté à une consommation des ménages stable en 2025 (voir article consommation) et à un net repli des exportations (-5,5 % en cumul à novembre en équivalent lait, malgré un redressement observé depuis octobre). Face à ce déséquilibre, les industriels ont dû ajuster leur production. Les productions de produits stockables ont été privilégiées, impliquant une réorganisation de l’activité industrielle. Parallèlement, une partie du lait excédentaire a été dirigée vers le marché spot, provoquant une forte pression à la baisse sur les cotations, qui ont nettement reculé tout au long du dernier trimestre 2025.

Lait de vache » Commerce extérieur »

Des entraves au commerce européen de produits laitiers

Depuis le début de 2025, le commerce européen de produits laitiers vers les pays tiers a été porté par les fromages, la poudre maigre et le lactosérum. Les perspectives sont désormais incertaines. Après les États-Unis, la Chine impose des droits de douane supplémentaires et la question du Groenland pourrait également peser.

L’UE a vu ses exportations progresser en volume en 2025

En cumul sur les 11 premiers mois de 2025, les exportations européennes de produits laitiers ont augmenté en volume. C’est notamment le cas pour :

  • La poudre maigre (+10% /2024 avec 732 000 tonnes exportées) ;
  • Les fromages (+1% à 1,288 Mt) ;
  • Le lactosérum (+2% à 698 000 t).

Cependant, malgré la nette progression des fabrications, les exportations européennes de beurre et de butteroil ont légèrement reculé, à 245 000 tonnes (-1%). Les exportations de poudres grasses ont, elles, fortement baissé (-18% à 158 000 tonnes) dans le sillage du net repli des fabrications.

Si les exportations ont progressé depuis le début de 2025, certaines destinations pourraient être affectées par l’évolution à venir des tarifs douaniers. C’est notamment le cas pour la Chine et les États-Unis.

La Chine va imposer des droits de douane supplémentaires à certains produits de l’UE

Les résultats de l’enquête anti-dumping

A la suite de l’enquête pour anti-dumping sur les produits laitiers ouverte en août 2024 par les autorités chinoises, le Ministère du commerce de la République populaire de Chine (MOFCOM) a rendu public ses décisions préliminaires le 22 décembre 2025.

Comme attendu, la Chine a décidé d’instaurer des droits de douane supplémentaires sur certains produits laitiers. Ce sont les fromages (lignes tarifaires commençant par 0406) et la crème (ligne tarifaire 040150) qui ont été ciblés et les taux de droits qui s’appliquent vont de 21,9% à 42,7%.

Les trois entreprises directement enquêtées ont hérité de taux de droits de douane différents : 42,7% pour le néerlandais Friesland Campina, 29,7% pour Elle & Vire du groupe français Savencia et 21,9% pour l’italien Sterilgarda Alimenti SPA.

Les entreprises ayant coopéré, c’est-à-dire ayant répondu au dossier d’enquête en août 2024, sont considérées comme entreprises coopérantes, et se voient appliquer un droit de douane de 28,6%. Les autres entreprises jugées comme non coopérantes, sont quant à elles soumises au droit maximum de 42,7%. Tous ces droits de douane très élevés s’ajoutent aux droits de base existants, dit NPF (pour « nation la plus favorisée »).

Ces droits de douanes sont prélevés depuis le 23 décembre 2025 et les montants sont placés sur un compte de dépôt, le temps que les droits de douane définitifs soient instaurés à la fin de l’enquête définitive, en février prochain. Aucune exemption n’a été accordée pour les marchandises expédiées avant le 22 décembre dernier, date de publication de la décision.

Quels sont les volumes potentiellement concernés ?

Des volumes assez conséquents risquent d’être affectés par ces hausses de taxes. Entre 2021 et 2024, d’après les douanes chinoises, la Chine a importé entre 145 000 et 178 000 t de fromages et entre 255 000 et 288 000 t de crème. Sur les 11 premiers mois de 2025, les importations chinoises de fromages étaient en hausse, à 174 000 t (+13% /2024). Celles de crème étaient en baisse à 241 000 t (-8%).

En moyenne entre janvier et novembre 2025, l’UE-27 était le 3ème fournisseur de fromages de la Chine avec 14% des imports derrière l’Australie (17%) et surtout la Nouvelle-Zélande (63%). Parmi les États membres de l’UE, l’Italie était le premier fournisseur à destination de la Chine (35% des importations chinoises depuis l’UE-27) devant le Danemark (25%), la France (19%) et les Pays-Bas (12%).

Sur la même période, l’UE-27 était le 2ème fournisseur de crème de la Chine avec 28% des imports  loin derrière la Nouvelle-Zélande (66%). Parmi les États membres de l’UE, c’est la France qui était le premier fournisseur à destination de la Chine. Le pays concentrait même la majorité des volumes (51% des importations chinoises depuis l’UE-27) devant la Belgique (14%), l’Irlande (14%), les Pays-Bas (11%) et l’Espagne (8%).

Le degré d’importance du marché chinois pour les exportations européennes est très différent entre la crème et les fromages. Pour ces derniers, le marché chinois ne concentrait que 2 à 3% des exportations de l’UE entre 2021 et 2025. Le constat est tout autre pour la crème : entre 2021 et 2024, la Chine a capté entre 38 et 44% des exportations européennes de crème. Si cette part est tombée à 31% sur les 11 premiers mois de 2025, le marché chinois reste très important pour l’UE et notamment pour la France qui était l’origine majoritaire en 2025.

La mise en œuvre de droits de douane additionnels pourrait donc avoir des effets importants, notamment pour la crème et donc pour les opérateurs français. La Commission européenne a contesté ces décisions préliminaires sans véritables chances de succès. Les droits définitifs et leur durée imposés par la Chine seront connus au plus tard le 21 février 2026.

Les relations entre l’UE et les États-Unis se tendent à nouveau

Depuis la nouvelle la mandature de Donald Trump, les relations commerciales entre l’UE et les États-Unis sont assez chaotiques, à l’instar de ce qui se passe pour de nombreux partenaires des États-Unis.

La hausse des droits de douane et l’escalade ?

Le 27 juillet 2025, afin d’éviter la mise en œuvre de droits de douane à 30% et de limiter ceux-ci à 15%, la Commission européenne avait annoncé être parvenue à un accord avec le gouvernement des États-Unis. L’accord dit de Turnberry institue un taux de droits de douane plancher de 15% pour la majorité des importations d’origine européenne aux États-Unis depuis le 7 août 2025. En contrepartie, la Commission a notamment concédé aux exportations étasuniennes la libéralisation de certaines lignes tarifaires ou encore l’ouverture de contingents tarifaires pour un ensemble de produits dont différents types de produits laitiers. Matérialisée dans la proposition de règlement réduisant les droits de douane et ouvrant des contingents tarifaires pour certains produits étasuniens du 28 août 2025 (COM/2025/471 final), cette décision introduit des concessions unilatérales exceptionnelles qui ne sont pas conformes aux règles de l’OMC.

Côté produits laitiers, le premier contingent proposé concerne notamment le lait et la crème, les yaourts et le babeurre, les pâtes à tartiner laitières et les matières grasses laitières anhydres (MGLA), le lactose et les crèmes glacées. Ce contingent à droit de douane nul concerne un volume de 10 000 t.

Le second contingent laitier se concentre sur certains types de fromages dont les fromages frais, les fromages râpés, en poudre ou fondus, les fromages persillés autres que le roquefort et le gorgonzola, les fromages pour la transformation ou le cheddar. Ce contingent, également assorti d’un droit de douane nul, concerne un volume de 10 000 t.

A ces deux contingents s’ajoute d’autres concessions où une part minoritaire de produits laitiers peuvent être utilisées :

  • Un contingent de 50 000 t pour les produits du chapitre 19 du code douanier (« Préparations à base de céréales, de farines, d’amidons de fécules ou de lait ; pâtisseries »), dont certains laits infantiles, des poudres de lait réengraissées… Mais aussi des pâtes alimentaires, des pizzas ou encore des biscuits. Ce contingent dispose de droits de douane intra-contingentaires variables selon la nature du produit.
  • Un contingent de 250 000 t pour les produits alimentaires transformés relevant du chapitre 21 (« préparations alimentaires diverses »), dont certaines glaces non incluses dans le contingent de 10 000 t et d’autres produits contenant des composants laitiers. Ce contingent dispose également de droits de douane intra-contingentaires variables selon la nature du produit.

Ce projet était, jusqu’ici, examiné par le Parlement européen sachant que l’adoption du règlement reste nécessaire pour maintenir les conditions actuelles d’accès au marché américain (droit de douane de 15 % ou droit NPF historique). Mais la question du Groenland s’est invitée dans le débat. En effet, Donald Trump revendique la possession de ce territoire danois autonome situé entre l’Atlantique Nord et l’océan Arctique et met la pression sur l’UE.

Donald Trump compte désormais appliquer des droits de douane supplémentaires de 10% contre les huit pays européens qui se sont ouvertement opposés à cette injonction : le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume Uni, les Pays-Bas et la Finlande. Bien qu’il semble difficile d’isoler certains États membres du reste de l’UE, ce droit de douane supplémentaire de 10% pourrait s’appliquer à compter du 1er février prochain (soit 25% au total), puis passer à 25% au 1er juin 2026 (soit 40% au total), tant qu’un accord n’aura pas été trouvé en vue de « l’acquisition complète et totale » du territoire arctique.

Face à cette menace, le président du Conseil européen, António Costa, a indiqué qu’il coordonnerait la réponse des dirigeants de l’UE. C’est aussi le cas de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen qui a rappelé que « les droits de douane mineraient les relations transatlantiques et risqueraient de déclencher une dangereuse spirale descendante. L’Europe restera unie, coordonnée et déterminée à défendre sa souveraineté ».

Mais pour le moment, la réponse à apporter par l’UE ne fait pas totalement consensus entre ses États membres. Néanmoins, le processus de mise en œuvre des réductions de droits de douane et l’ouverture de contingents prévues par la proposition de règlement du 28 août 2025 (COM/2025/471 final) a été suspendue. D’autres mesures sont évoquées, mais encore loin de faire l’unanimité, comme la mobilisation de l’« instrument anti-coercition » de l’UE adopté en 2023 et qui prévoit un large éventail de restrictions liées au commerce, aux investissements et au financement. Le 20 janvier, Donald Trump menaçait désormais d’imposer des droits de douane de 200% sur les vins et champagnes français, à la suite du refus d’Emmanuel Macron de prendre part au « Conseil de la paix » (Board of Peace en anglais), instance créée à l’initiative du président étasunien pour notamment encadrer les prochaines étapes du règlement du conflit à Gaza et potentiel concurrent de l’ONU. Un début d’escalade ?

Le 21 janvier, après des discussions sur le Groenland en marge de Davos, Trump annonçait le gel de l’application des 10% supplémentaires aux huit pays européens. Le contexte reste très fluctuant et les prochaines semaines seront déterminantes.

Quels sont les niveaux d’échanges de produits laitiers entre l’UE et les États-Unis ?

La multiplication de nouvelles rétorsions tarifaires, si elle a lieu, pourraient avoir des effets sur le commerce de produits laitiers de l’UE à destination des États-Unis comme le montre notre article d’avril dernier. Entre 2018 et 2024, entre 44 et 47% des importations étasuniennes en valeur de produits laitiers étaient originaires de l’UE-27.

En valeur, les exportations de l’UE-27 à destination des États-Unis ont continué de progresser pour certains produits. Sur les 11 premiers mois de 2025, l’UE-27 avait expédié vers les États-Unis pour :

  • 1,20 Md€ de fromages (+10% /2024) ;
  • 561 M€ de beurre et butteroil (+49%) ;
  • 145 M€ de lait infantile (-10%) :
  • 141 M€ de caséines (-39%) ;
  • 53 M€ de yaourts (+14%).

En moyenne entre 2022 et 2024, d’après la cartographie réalisée pour l’article d’avril dernier, la destination États-Unis avait concentré 15% des envois en valeur de fromages de l’UE, 23% des envois de beurre et butteroil et même 26% des envois de caséines et caséinates. Les risques semblent donc non négligeables et les semaines à venir seront déterminantes.

Lait de vache » Consommation »

Les achats des ménages en produits laitiers sont restés stables en 2025

Alors que l’inflation générale redescend sous la barre des 1%, les prix des produits laitiers en rayon sont demeurés stables en 2025. La consommation de produits laitiers résiste, portée toutefois par des arbitrages marqués au sein du panier des ménages.

Une inflation contenue en 2025

L’année 2025 marque une étape dans le ralentissement de la hausse des prix. En France, l’inflation totale a progressé de 0,9% /2024, confirmant une décélération par rapport à 2024 (+2% /2023) et surtout après le choc des années 2022 et 2023, où elle avait atteint des sommets (+5,2% /2021 et +4,9% /2022).

Toutefois, la réalité est plus contrastée selon les secteurs de consommation. Le repli est fort du côté des produits énergétiques dont les prix ont chuté de 6% en 2025, après l’envolée de 7,7% l’année précédente. À l’inverse, l’inflation des produits alimentaires reste positive et progresse à un rythme constant de 1,3%, une hausse identique à celle observée en 2024.

Une hausse des prix industriels contrastée selon les produits et les débouchés

L’analyse de l’Indice des Prix de Vente Industriels (IPVI) montre que les prix à la sortie des usines de produits laitiers ont progressé de 2,3% en cumul à novembre /2024 sur le marché intérieur, en hausse par rapport à 2024 (+1,9%). Cette évolution globale cache toutefois des disparités marquées selon les familles de produits. Le beurre a enregistré la progression la plus forte avec +4,8% /2024, reflétant les tensions sur la matière grasse, tandis que les hausses sont plus contenues pour les fromages (+2,1%) et surtout pour le lait conditionné (+1,2%) ou les yaourts (+0,5%).

Cette hétérogénéité se retrouve également dans l’analyse des débouchés, où les évolutions de prix ne sont pas de même ampleur. On observe un amortissement marqué vers la grande et moyenne distribution (GMS), où la progression des prix a été contenue à +1,6%, sous l’effet des négociations commerciales. À l’opposé, les autres circuits ont absorbé des hausses bien plus significatives : les tarifs ont grimpé de 3,9% vers la restauration hors domicile (RHD), de 6% vers l’export et de 7,4% vers les clients industriels.

Des prix des produits laitiers stables pour les consommateurs

Alors que les prix à la sortie des usines ont progressé, l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) des produits laitiers a été stable en 2025. Cette stagnation contraste avec l’évolution globale du panier alimentaire français, dont l’inflation a atteint 1,3%. Le beurre se distingue une nouvelle fois avec une hausse de 2,8%, confirmant son exposition particulière aux cours sur les marchés mondiaux. En France, l’impact reste toutefois nettement plus modéré pour le beurre de grande consommation que dans d’autres pays européens. Le prix du lait demi-écrémé a connu une légère progression de 0,9%. A l’inverse, les prix des fromages ont reculé (-0,3% /2024), tout comme les prix des yaourts, qui affichent une baisse de 0,7% sur un an.

Une stabilité globale des ventes de produits laitiers en magasin

Les volumes de produits laitiers vendus en magasins généralistes (Hypermarchés, Supermarchés, e-commerce et Hard Discount) ont été stables en 2025.

Certains produits laitiers ont toutefois subi un net recul. C’est le cas du lait liquide, dont les volumes ont régressé de 2,9% /2024, confirmant une tendance structurelle à la baisse de la consommation. Le beurre a enregistré également une baisse de ses ventes (-1,7%), vraisemblablement pénalisé par une hausse de prix plus marquée que celle du reste du rayon. Enfin, les desserts lactés frais marquent le pas avec un repli de 1,4%.

À l’inverse, les yaourts se sont imposés comme le moteur de la croissance avec une progression de 3,7% en volume, suivis par les fromages frais (+2,5%) et les fromages en libre-service (+2,1%). Cette dynamique positive s’explique en partie par un recul de leurs prix en magasin, comme évoqué précédemment. La crème complète cette dynamique positive avec une hausse de 1,6%.

Reprise des ventes de produits laitiers bio en magasins généralistes

Après plusieurs années de turbulences, le marché des produits laitiers biologiques en magasins généralistes montre des signes de reprise encourageants en 2025. L’ultra-frais bio s’impose comme la locomotive de ce redressement avec une progression solide de 3% /2024 en volume, suivi par la crème, qui enregistre une hausse plus modeste de 1%.

Si les fromages bio affichent une dynamique prometteuse sur les derniers mois de l’année, leur bilan annuel demeure négatif avec un recul de 3%. Plus préoccupant, le lait liquide, qui reste pourtant le segment où le bio est le plus implanté dans les habitudes d’achat de produits laitiers des Français, poursuit son recul avec une baisse de 3%. Et les ventes de beurre bio ont décroché de 5% sur l’année.

Des ventes de fromages AOP en hausse en libre-service

Sur les huit premiers mois de 2025, les ventes en volume de fromages AOP au lait de vache en rayon libre-service (LS) ont progressé de 1,4% /2024. Elles dépassent légèrement la hausse de l’ensemble du rayon fromages LS (+1,3%).

Toutefois, les dynamiques de ventes ne sont pas uniformes. Les ventes de Pâtes Pressées Cuites (PPC), ont atteint +3,7% /2024. Le Comté, pilier du segment, tire son épingle du jeu avec une hausse de 4,4%. Les pâtes persillées ont progressé de 1,3%.

À l’inverse, les fromages à caractère ou à usages plus spécifiques marquent le pas. Les pâtes molles reculent de 1,1%, entraînées par la chute des ventes de Camembert (-5%), tandis que les pâtes pressées non cuites (PPNC) s’enfoncent plus nettement (-3,2%). On observe des chutes de consommation marquées pour des références comme le Reblochon (-4,6%).

En rayon coupe, la tendance est moins favorable : les ventes de fromages AOP au lait de vache y sont globalement en recul sur la période.

Lait de vache » Marché des produits laitiers »

La production abondante pèse sur les prix dans les principaux bassins

Hormis pour l’Australie, la production de lait des principaux producteurs était toujours abondante en fin d’année. La progression sur un an de l’offre laitière des principaux exportateurs mondiaux pèse sur les cours des commodités et se répercute sur les prix payés aux éleveurs dans de nombreux bassins.

L’UE a vu ses exportations progresser en volume

La production cumulée de lait des six premiers exportateurs mondiaux de produits laitiers hors Royaume-Uni (Argentine, Australie, Biélorussie, États-Unis, Nouvelle-Zélande et UE-27) restait orientée à la hausse en fin d’année. En novembre 2025, la croissance sur un an est repassée sous le million de tonnes de lait. 42% de cette hausse était imputable à l’UE et 39% aux États-Unis. Suivaient l’Argentine et la Nouvelle-Zélande (respectivement 8% et 7%).

Seule l’Australie restait à contrecourant avec une dynamique de production en retrait sur un an. En novembre 2025, la production australienne s’est établie à 874 000 t (-2,2% /2024), en phase avec le repli structurel de la filière.

Dans les autres principaux bassins, les évolutions de production sur un an étaient d’ampleur variable, mais toutes en hausse en novembre 2025 :

  • +391 000 t pour l’UE-27 à 11,44 millions de tonnes (+3,5% /2024) ;
  • +364 000 t pour les États-Unis à 8,52 millions de tonnes (+4,5%) ;
  • +74 000 t pour l’Argentine à 1,05 millions de tonnes (+7,6%) ;
  • +69 000 t pour la Nouvelle-Zélande à 2,95 millions de tonnes (+2,4%) ;
  • +45 000 t pour la Biélorussie à 728 000 tonnes (+6,6%).

Les marges plutôt porteuses au moins jusqu’en milieu d’année ou encore les conditions climatiques parfois plus favorables ont soutenu la production dans ces bassins laitiers. L’abondance de lait n’a pas été freinée, pour l’instant, par la hausse des disponibilités ni par le recul des prix des produits comme des prix à la production désormais constaté un peu partout.

Hausse de certaines fabrications de produits laitiers

Avec la progression de la collecte et des disponibilités en lait, les fabrications de certains produits laitiers ont progressé.

Au sein de l’UE, ce sont surtout les fabrications de poudre maigre (+5% /2024 sur les 10 premiers mois de 2025) et de beurre (+6%) qui ont progressé. La hausse de fabrications de fromages a été plus modeste (+1%) quand les fabrications de poudres grasses ont nettement reculé (-10%).

Aux États-Unis, les fabrications de beurre ont également nettement progressé sur les 10 premiers mois de 2025 (+7% /2024) faisant des États-Unis depuis plusieurs mois, et c’est nouveau, un exportateur net de cet ingrédient laitier. La hausse de fabrications des fromages a été plus modeste (+1%) quand celle de poudre maigre a sensiblement reculé (-5%), confirmant la tendance observée ces dernières années.

Les cours des commodités toujours en repli

Avec des disponibilités plus importantes depuis plusieurs mois, les cours du beurre restaient à la baisse chez les principaux exportateurs en décembre 2025. Aux États-Unis, la cotation atteignait 2 717 €/t (-5% /novembre 2025 et -49% /2024). Ailleurs, les baisses ont été plus tardives mais sont désormais fortes. En Océanie, le cours du beurre s’établissait ainsi à 4 555 €/t (-18% /novembre 2025 et -29% /2024).

La baisse s’est accélérée en UE où la cotation du beurre a atteint 4 695 €/t (-15% /novembre 2025 et -39% /2024). Ce repli se constate également dans d’autres maillons de la filière. Ainsi, au MIN de Rungis, le cours du beurre pasteurisé en plaquettes de 250 g a entamé un repli à partir de la fin de l’été. En décembre 2025, il était cependant stable sur un mois à 7,40 € HT/kg. C’est cependant 1,60 € de moins qu’en août (-18%).

Au-delà des matières grasses, la hausse de l’offre, notamment dans l’UE, a également pesé sur les cours de la poudre maigre qui sont sous pression depuis plusieurs mois. En décembre 2025, la cotation océanienne atteignait 2 146 €/t (-4% en un mois et-21% /2024), niveau désormais très proche de la cotation étasunienne, à 2 140 €/t (-1% en un mois et -26% /2024). Mais c’est dans l’UE que la cotation était la plus basse alors que les disponibilités y sont plus importantes, à 2 043 €/t (-4% en un mois et-21% /2024).

Signe positif cependant, les deux premières enchères de 2026 du Global Dairy Trade étaient orientées à la hausse notamment pour les matières grasses et les poudres, un mouvement non observé depuis de nombreuses semaines.

Les prix à la production sous pression

La progression de l’offre et le recul des cours des produits laitiers ont exercé une pression généralisée sur les prix à la production à l’échelle mondiale. Si le mouvement de baisse a d’abord affecté les États-Unis en lien avec un surplus de matières grasses, les prix reculent désormais un peu partout.

Aux États-Unis, le prix à la production atteignait 387 €/1 000 l en novembre 2025, soit une baisse de 4 € en un mois (-1%) et 130 € en un an (-25%). En Nouvelle-Zélande, après une campagne 2024/2025 historique notamment pour la coopérative majoritaire Fonterra, les prix sont également désormais sous pression, à 345 €/1 000 l en novembre 2025, soit une baisse de 23 € en un mois (-6%) et 91 € en un an (-21%). Les prévisions de prix pour Fonterra ont été révisés à la baisse pour la campagne 2025/2026. Enfin, la récente conclusion d’un accord de libre-échange entre la Nouvelle-Zélande et l’Inde a été particulièrement décevante. En effet, les négociations n’ont pas apporté de nouvelles opportunités d’accès aux produits laitiers de base pour la Nouvelle-Zélande sur le marché laitier indien d’après Fonterra.

Au sein de l’UE, les prix sont également sous pression mais les ampleurs des baisses sont très variées. En Allemagne, le prix à la production de novembre 2025 était désormais nettement inférieur au prix français. Il atteignait 454 €/1 000 l (-7% /octobre 2025 et -13% /novembre 2024) contre 498 €/1 000 l en France (-3% /octobre 2025 mais +3% /novembre 2024).

Les entreprises européennes orientées vers l’exportation de commodités laitières sont particulièrement affectées par le repli des cours mondiaux. Ainsi, les prix du lait conventionnel payés par les entreprises irlandaises (Dairygold, Tirlan, Kerry Agribusiness) ont entamé un repli plus précoce et important qu’ailleurs en Europe. Ce mouvement est désormais suivi par un bon nombre d’entreprises du nord de l’Europe comme le néerlandais Frieland Campina, le danois Arla ou l’allemand DMK. Les prix payés par les entreprises françaises ont, eux, jusqu’ici mieux résisté.