Rien de neuf sur le marché mondial des produits laitiers. La production laitière reste en nette hausse dans les principaux bassins laitiers et pèse sur les cours des commodités laitières : les prix du beurre et de la poudre maigre poursuivent leur repli, entraînant avec eux les prix à la production. La France ne fait désormais plus exception. Fait positif néanmoins, la consommation de produits laitiers a résisté en 2025. Mais les exportations françaises, comme européennes, sont désormais sous la menace de droits de douane supplémentaires vers la Chine et les États-Unis.
Lait de vache » Collecte laitière »
Redressement de la collecte et débouchés contraints
Dernière révision leLa collecte laitière française a rebondi en 2025 après un premier trimestre difficile. Mais le prix du lait amorce un recul, sous la pression d’une offre abondante et de débouchés limités. Face aux excédents, l’industrie s’est recentrée sur les produits stockables.
La collecte laitière française signe un net rebond en 2025
En novembre 2025, la collecte laitière française a confirmé une nette reprise (+5,9% /nov. 2024). Après un 1er trimestre en retrait, la collecte nationale a opéré un redressement significatif. Sur 11 mois, la hausse a atteint 1,7% /2024. Et, selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, cette tendance se serait prolongée en décembre, avec une hausse sur un an estimée à 6,7%. Sur l’ensemble de l’année 2025, la collecte laitière est attendue en hausse de 2,1% /2024.
Cette performance repose sur un alignement de facteurs très favorables à la production laitière. Des conditions climatiques clémentes ont favorisé la production de fourrages à base d’herbe et de maïs ensilage alliant quantité et très bonne qualité. Dans le même temps, le niveau du prix du lait payé aux éleveurs a incité à garder les vaches laitières. Par ailleurs, la montée en puissance de la robotisation ces dernières années, couplée à une distribution plus importante de concentrés favorisée par des coûts compétitifs, a sensiblement amélioré la productivité par vache. À ces leviers s’ajoute un paramètre social inédit avec le report de nombreux départs à la retraite, les exploitants souhaitant prolonger leur activité pour bénéficier de cette conjoncture porteuse. Ce redressement marqué de la collecte est une réalité dans l’ensemble des bassins laitiers français, où la croissance est généralisée depuis le mois de septembre.

Quelles sont les orientations pour l’année 2026 ?
Le cheptel de vaches laitières devrait continuer son repli. Pour autant, les gains de productivité devraient se poursuivre, portés par la robotisation de la traite et par un coût de l’alimentation qui devrait rester favorable dans les mois à venir. Le climat reste une inconnue pour 2026. Mais à court terme, la qualité et les volumes de fourrages récoltés en 2025 devraient soutenir la production laitière sur la première partie de l’année. Dans ce contexte, la collecte pourrait progresser au cours des prochains mois, d’autant que le premier trimestre 2025 avait été fortement pénalisé par un net recul des volumes dans le Nord et l’Est du pays, régions durement touchées par la FCO. Toutefois, le prix du lait est attendu en recul en 2026, un facteur susceptible de peser, à terme, sur les volumes collectés. Par ailleurs, les conséquences de la FCO, qui ont affecté le Grand Ouest l’été dernier, restent à préciser. Les décalages de vêlages pourraient ainsi perturber le pic du printemps laitier et la production estivale.
Le reflux du prix du lait s’amorce
En France, le prix du lait a amorcé un recul depuis octobre. En novembre, pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix s’est établi à 481 €/1 000 litres. Ce prix reste supérieur de 4 € /nov 2024. Porté par l’amélioration des taux observée ces derniers mois, le prix réel a atteint 521 €/1 000 litres, en hausse de 8€ sur un an.
D’après l’observatoire de l’Éleveur Laitier, le prix standard reculerait de nouveau en décembre (-7 € /nov. 2025) pour repasser en dessous de son niveau de décembre 2024. Le net rebond de la collecte exerce en effet une pression à la baisse sur les prix du lait, dans un contexte de consommation des ménages globalement stable et de repli des exportations. En janvier, une nouvelle diminution du prix du lait est attendue de 10 à 15 € /décembre 2025.
À plus long terme, les perspectives restent incertaines mais très probablement orientées à la baisse. La chute des cours du beurre, et dans une moindre mesure des poudres, en seconde partie d’année 2025, constitue un signal défavorable pour la valorisation du lait. L’ampleur du recul des prix du lait dépendra toutefois de plusieurs facteurs : les choix de fabrication des laiteries, l’évolution de leurs débouchés commerciaux, ainsi que les modalités de construction du prix du lait payé aux éleveurs, plus ou moins indexées sur les cours des commodités laitières. L’évolution de la production laitière nationale sera également déterminante, tout comme celle des autres pays de l’Union européenne et des principaux exportateurs mondiaux. Enfin, un risque mérite une attention particulière : la hausse provisoire des droits de douane décidée par la Chine, notamment sur la crème, pourrait pénaliser significativement certaines laiteries françaises fortement exposées à ce marché (voir article commerce européen).

Les charges en élevages, d’après l’IPAMPA lait de vache (qui représente 50% des coûts de production), ont légèrement progressé en novembre 2025 d’un mois sur l’autre (+0,7%) et ont diminué de 0,8% /nov. 2024. Sur un an le recul est toujours marqué pour le poste aliment acheté (-5,6% /2024), pour l’énergie (-5,3%) mais en hausse soutenue pour les engrais (+12,9%). La plupart des autres charges incluses dans l’IPAMPA sont en légère hausse.

La marge MILC, estimée à 254 €/1 000 l en novembre, a enregistré un net repli de 26€ en un mois sous l’effet conjugué d’une forte baisse du prix du lait, d’une diminution marquée des produits issus de la vente des animaux et d’une légère hausse des charges. En revanche, sur un an, la MILC a augmenté de 45€/1000 l. Le produit lait a progressé de 3 €, les coproduits viande ont augmenté de 39€, tandis que les charges se sont réduites (-3€).
Recentrage des fabrications sur les produits stockables
En novembre, les fabrications françaises de produits laitiers se sont majoritairement orientées vers le beurre, les poudres maigre et grasses ainsi que les fromages. L’afflux de collecte en seconde partie d’année s’est heurté à une consommation des ménages stable en 2025 (voir article consommation) et à un net repli des exportations (-5,5 % en cumul à novembre en équivalent lait, malgré un redressement observé depuis octobre). Face à ce déséquilibre, les industriels ont dû ajuster leur production. Les productions de produits stockables ont été privilégiées, impliquant une réorganisation de l’activité industrielle. Parallèlement, une partie du lait excédentaire a été dirigée vers le marché spot, provoquant une forte pression à la baisse sur les cotations, qui ont nettement reculé tout au long du dernier trimestre 2025.
























