Hormis pour l’Australie, la production de lait des principaux producteurs était toujours abondante en fin d’année. La progression sur un an de l’offre laitière des principaux exportateurs mondiaux pèse sur les cours des commodités et se répercute sur les prix payés aux éleveurs dans de nombreux bassins.
L’UE a vu ses exportations progresser en volume
La production cumulée de lait des six premiers exportateurs mondiaux de produits laitiers hors Royaume-Uni (Argentine, Australie, Biélorussie, États-Unis, Nouvelle-Zélande et UE-27) restait orientée à la hausse en fin d’année. En novembre 2025, la croissance sur un an est repassée sous le million de tonnes de lait. 42% de cette hausse était imputable à l’UE et 39% aux États-Unis. Suivaient l’Argentine et la Nouvelle-Zélande (respectivement 8% et 7%).

Seule l’Australie restait à contrecourant avec une dynamique de production en retrait sur un an. En novembre 2025, la production australienne s’est établie à 874 000 t (-2,2% /2024), en phase avec le repli structurel de la filière.
Dans les autres principaux bassins, les évolutions de production sur un an étaient d’ampleur variable, mais toutes en hausse en novembre 2025 :
- +391 000 t pour l’UE-27 à 11,44 millions de tonnes (+3,5% /2024) ;
- +364 000 t pour les États-Unis à 8,52 millions de tonnes (+4,5%) ;
- +74 000 t pour l’Argentine à 1,05 millions de tonnes (+7,6%) ;
- +69 000 t pour la Nouvelle-Zélande à 2,95 millions de tonnes (+2,4%) ;
- +45 000 t pour la Biélorussie à 728 000 tonnes (+6,6%).
Les marges plutôt porteuses au moins jusqu’en milieu d’année ou encore les conditions climatiques parfois plus favorables ont soutenu la production dans ces bassins laitiers. L’abondance de lait n’a pas été freinée, pour l’instant, par la hausse des disponibilités ni par le recul des prix des produits comme des prix à la production désormais constaté un peu partout.
Hausse de certaines fabrications de produits laitiers
Avec la progression de la collecte et des disponibilités en lait, les fabrications de certains produits laitiers ont progressé.
Au sein de l’UE, ce sont surtout les fabrications de poudre maigre (+5% /2024 sur les 10 premiers mois de 2025) et de beurre (+6%) qui ont progressé. La hausse de fabrications de fromages a été plus modeste (+1%) quand les fabrications de poudres grasses ont nettement reculé (-10%).

Aux États-Unis, les fabrications de beurre ont également nettement progressé sur les 10 premiers mois de 2025 (+7% /2024) faisant des États-Unis depuis plusieurs mois, et c’est nouveau, un exportateur net de cet ingrédient laitier. La hausse de fabrications des fromages a été plus modeste (+1%) quand celle de poudre maigre a sensiblement reculé (-5%), confirmant la tendance observée ces dernières années.

Les cours des commodités toujours en repli
Avec des disponibilités plus importantes depuis plusieurs mois, les cours du beurre restaient à la baisse chez les principaux exportateurs en décembre 2025. Aux États-Unis, la cotation atteignait 2 717 €/t (-5% /novembre 2025 et -49% /2024). Ailleurs, les baisses ont été plus tardives mais sont désormais fortes. En Océanie, le cours du beurre s’établissait ainsi à 4 555 €/t (-18% /novembre 2025 et -29% /2024).

La baisse s’est accélérée en UE où la cotation du beurre a atteint 4 695 €/t (-15% /novembre 2025 et -39% /2024). Ce repli se constate également dans d’autres maillons de la filière. Ainsi, au MIN de Rungis, le cours du beurre pasteurisé en plaquettes de 250 g a entamé un repli à partir de la fin de l’été. En décembre 2025, il était cependant stable sur un mois à 7,40 € HT/kg. C’est cependant 1,60 € de moins qu’en août (-18%).

Au-delà des matières grasses, la hausse de l’offre, notamment dans l’UE, a également pesé sur les cours de la poudre maigre qui sont sous pression depuis plusieurs mois. En décembre 2025, la cotation océanienne atteignait 2 146 €/t (-4% en un mois et-21% /2024), niveau désormais très proche de la cotation étasunienne, à 2 140 €/t (-1% en un mois et -26% /2024). Mais c’est dans l’UE que la cotation était la plus basse alors que les disponibilités y sont plus importantes, à 2 043 €/t (-4% en un mois et-21% /2024).

Signe positif cependant, les deux premières enchères de 2026 du Global Dairy Trade étaient orientées à la hausse notamment pour les matières grasses et les poudres, un mouvement non observé depuis de nombreuses semaines.
Les prix à la production sous pression
La progression de l’offre et le recul des cours des produits laitiers ont exercé une pression généralisée sur les prix à la production à l’échelle mondiale. Si le mouvement de baisse a d’abord affecté les États-Unis en lien avec un surplus de matières grasses, les prix reculent désormais un peu partout.
Aux États-Unis, le prix à la production atteignait 387 €/1 000 l en novembre 2025, soit une baisse de 4 € en un mois (-1%) et 130 € en un an (-25%). En Nouvelle-Zélande, après une campagne 2024/2025 historique notamment pour la coopérative majoritaire Fonterra, les prix sont également désormais sous pression, à 345 €/1 000 l en novembre 2025, soit une baisse de 23 € en un mois (-6%) et 91 € en un an (-21%). Les prévisions de prix pour Fonterra ont été révisés à la baisse pour la campagne 2025/2026. Enfin, la récente conclusion d’un accord de libre-échange entre la Nouvelle-Zélande et l’Inde a été particulièrement décevante. En effet, les négociations n’ont pas apporté de nouvelles opportunités d’accès aux produits laitiers de base pour la Nouvelle-Zélande sur le marché laitier indien d’après Fonterra.

Au sein de l’UE, les prix sont également sous pression mais les ampleurs des baisses sont très variées. En Allemagne, le prix à la production de novembre 2025 était désormais nettement inférieur au prix français. Il atteignait 454 €/1 000 l (-7% /octobre 2025 et -13% /novembre 2024) contre 498 €/1 000 l en France (-3% /octobre 2025 mais +3% /novembre 2024).
Les entreprises européennes orientées vers l’exportation de commodités laitières sont particulièrement affectées par le repli des cours mondiaux. Ainsi, les prix du lait conventionnel payés par les entreprises irlandaises (Dairygold, Tirlan, Kerry Agribusiness) ont entamé un repli plus précoce et important qu’ailleurs en Europe. Ce mouvement est désormais suivi par un bon nombre d’entreprises du nord de l’Europe comme le néerlandais Frieland Campina, le danois Arla ou l’allemand DMK. Les prix payés par les entreprises françaises ont, eux, jusqu’ici mieux résisté.
