Lait de vache

Ralentissement de la production laitière mondiale et tensions sur la collecte française

La croissance de la production laitière mondiale ralentit dans plusieurs grands bassins exportateurs, notamment dans l’UE et en Argentine. Après un fort rebond au premier semestre, les prix de la poudre maigre pourraient se rééquilibrer à la baisse dans les prochains mois. En France, la collecte est pénalisée par les effets de la FCO et des conditions météorologiques défavorables. Dans la filière bio, la reprise de la production reste fragile, mais la consommation poursuit son redressement.

Lait de vache » Collecte laitière »

Un ralentissement de la croissance de production de lait ?

Les quantités de lait produites dans les principaux bassins exportateurs étaient toujours orientées à la hausse sur un an en avril 2026. Mais l’ampleur de la progression a commencé à se réduire notamment dans l’UE, mais aussi en Argentine. De quoi présager un ralentissement durable ?

Ralentissement de la hausse de production chez certains exportateurs

En avril 2026, pour le 21ème mois consécutif, la production laitière cumulée des sept premiers exportateurs mondiaux (Argentine, Australie, Biélorussie, États-Unis, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et UE) restait en hausse sur un an. Mais le rythme de hausse a ralenti, avec 737 000 produites en plus sur un an (+2,7% /2025) contre encore plus de 1 million de tonnes le mois précédent.

Les dynamiques ne sont plus aussi homogènes que lors des mois précédents. Si La production des États-Unis a poursuivi sa croissance au même rythme en avril (+2,7% /2025), celle de l’UE a marqué un recul. La croissance de la production européenne ne représentait plus que 49% de la croissance des sept principaux exportateurs. Celle des États-Unis en représentait 32%, contre 29% en mars. La production avait même légèrement reculé au Royaume-Uni (-0,1% /2025), une première depuis juillet 2024.

La production aux États-Unis bat encore des records

Aux États-Unis, avec des marges en élevage confortées par la hausse des cours de la poudre maigre et du prix du lait, la production était toujours en nette progression en avril. Elle a atteint un niveau record pour un mois d’avril, à 9,05 millions de tonnes (+2,7% /2025). En cumul sur quatre mois, un nouveau record a également été battu avec 35,63 millions de tonnes produites (+3,0% /2025).

Depuis le début de 2025, la hausse de production de lait aux États-Unis repose notamment sur un taux de réforme limité et un cheptel étoffé. En avril 2026, le pays comptait ainsi 9,645 millions de vaches (+2,0% /2025). Il s’agit également d’un niveau record depuis le début de la série statistique en 2015.

Si la production laitière étasunienne ne montre toujours pas de signe d’essoufflement, la situation sanitaire soulève quelques inquiétudes dans le sud du pays. Au 12 juin 2026, 12 cas d’infection à la lucilie bouchère (Cochliomyia hominivorax) avait été répertoriés dans le Texas et le Nouveau Mexique, dont 8 sur des bovins. Cette épizootie en provenance du Mexique est liée à la diffusion d’un diptère, la lucilie bouchère, également appelée mouche à viande ou mouche de Libye. L’insecte femelle, attirée par les plaies cutanées ou les muqueuses des orifices, pond des œufs sur les bords des plaies ou des muqueuses puis les larves se développent et se nourrissent en s’enfonçant dans les chairs (en savoir plus sur cette maladie sur le liste du ministère). Éradiqué des États-Unis dans les années 1960, ce risque d’épizootie fait l’objet d’une attention particulière des autorités du pays. Si des traitements existent, toutes les options sont soumises à des délais d’attente pour la viande et le lait, allant jusqu’à 60 jours ou plus selon le traitement utilisé. Le retour de la lucilie bouchère pourrait avoir des effets sur la production de lait dans le Sud du pays.

Moindre croissance de la collecte en avril en Argentine

En Argentine, la collecte s’est progressivement redressée alors que la situation économique et le climat ont été plus favorables après plusieurs années de crises. Le rythme de croissance de la collecte avait cependant ralenti en avril dernier avec 772 000 tonnes collectées (+0,5% /2025). En cumul sur 4 mois, les performances restaient très bonnes. Ce sont en effet plus de 3,3 millions de tonnes de lait qui ont été collectées dans le pays (+6,6% /2025). Un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2015.

Avec des disponibilités en lait plus importantes et des prix toujours compétitifs sur le premier quadrimestre 2026, les exportations argentines de produits laitiers sont reparties à la hausse. En cumul sur quatre mois, les envois de poudres grasses avaient rebondi, à 50 000 t (+49% /2025 et +8% /2024). Les exportations étaient aussi en progression pour les fromages (+17% /2025 à 34 kt), le beurre (+63% à 9 kt) ou la poudre maigre (+24% à 10 kt).

Selon le dernier rapport de l’Observatorio de la cadena Láctea Argentina (OCLA), la progression structurelle de la taille des élevages en Argentine s’est accélérée au cours des quatre premiers mois de 2026. En avril, le nombre d’exploitations laitières avait reculé à 8 845 unités (-2,6% /2025), le nombre moyen de vache par élevage atteignant 175 vaches, contre 171 en 2025. Les exploitations produisant plus de 10 000 litres par jour représentaient ainsi près de 30% de la production nationale en avril 2026, contre seulement 5% en 2010.

Hausse de la production en Océanie. El Ninò en approche ?

Structurellement affectée par des conditions climatiques difficiles et la déprise, la production australienne affichait cependant en avril dernier une hausse de production sur un an pour le 5ème mois consécutif. Les niveaux de production restent cependant inférieurs aux standards des années 2010. En avril 2026, 637 000 tonnes avaient été produites (+4,1% /2025), mais depuis le début de la campagne en juillet 2025, le total atteignait seulement 7,32 millions de tonnes, soit -0,2% sur un an. Un niveau proche des faibles résultats observés depuis le début de la décennie.

En Nouvelle-Zélande, à l’approche du creux de production, les quantités de lait produit ont totalisé 1,54 millions de tonnes (+6,0% /2025) en avril 2026. En cumul depuis le début de la campagne (juin 2025), la production a atteint 21,36 millions de tonnes (+3,5% /2025), égalant ainsi le niveau record atteint sur les onze premiers mois de la campagne 2020/2021.

Fin mai, signe des bonnes performances du pays, la coopérative Fonterra, qui collecte plus de 80% du lait produit dans le pays, confirmait son prix du lait à la production médian pour la campagne 2025/2026, à 9,70 NZ$/kgMS. La plage de prix a été réduite par la coopérative, passant de 9,40-10,00 NZ$/kgMS à 9,60-9,80 NZ$/kgMS. Quel que soit le résultat final au sein de cette plage, le prix hors dividende de la campagne 2025/2026 sera le second total le plus élevé de l’histoire, derrière le record historique de la campagne 2024/2025.

La coopérative a également relevé ses prévisions de résultats et donc de dividendes pour l’exercice 2026. Pour la campagne 2026/2027, Fonterra annonce un prix médian hors dividende de 9,75 NZ$/kgMS, mais avec une fourchette plus large, comprise entre 8,00 NZ$/kgMS et 11,00 NZ$/kgMS, reflétant les incertitudes tout au long de la campagne à venir en lien avec les risques géopolitiques en cours et les pressions inflationnistes. Par ailleurs, alors que les campagnes 2025/2026 néo-zélandaises et australiennes touchent à leur fin, les campagnes 2026/2027 des deux pays pourraient connaître des conditions climatiques perturbées, notamment en Australie.

Évolutions variables pour les membres de l’UE

Si la collecte laitière dans l’UE a de nouveau battu un record en avril comparé au même mois des années précédentes, les dynamiques divergent désormais quelque peu. En cumul sur le premier quadrimestre 2026, plus de 50,4 millions de tonnes de lait ont été collectés dans l’UE, nouveau record (+1,96 Mt ou +4,0% /2025). Mais les évolutions observées sont désormais beaucoup plus hétérogènes que celles observées lors des mois précédents. En avril 2026, la collecte de l’UE a atteint 13,34 Mt (+2,7% /2025). Les quantités de lait collecté étaient encore en forte hausse en Allemagne (+5,8% /2025 à 2,83 Mt), aux Pays-Bas (+4,0% à 1,22 Mt) ou en Pologne (+3,7% à 1,21 Mt). La hausse relative était plus mesurée en France (+1,1% à 2,17 Mt) ou en Espagne (+0,4% à 647 kt) et la collecte avait même reculé chez certains producteurs de taille comme en Italie (-1,2% à 1,18 Mt) ou en Irlande (-3,5% à 1,07 Mt).

Quelles perspectives dans les prochains mois ?

D’après les différentes prévisions disponibles, la production de lait dans les principaux bassins exportateurs pourrait reculer dans les mois à venir. Dans son short-term outlook, la Commission européenne anticipe un repli de la production de lait dans l’UE-27 dans les mois à venir. Si la production laitière de l’UE est attendue en légère croissance par la Commission en 2026 (+0,2% /2025), portée principalement par une demande européenne résiliente, une contraction en glissement annuel est anticipée pour le second semestre après la forte progression au premier semestre.

L’UE ne devrait pas être la seule zone concernée par le repli de la production de lait au second semestre. D’après la Rabobank, l’augmentation précoce de l’offre a entraîné une baisse générale des prix, bien que les tendances varient selon les produits. Après quatre trimestres consécutifs de croissance supérieure à 2% et un pic à 5,2 % au quatrième trimestre 2025 dans les principales régions productrices suivies par la Rabobank (UE, États-Unis, Nouvelle-Zélande, Australie, Brésil, Argentine et Uruguay), la progression de la production de lait a commencé à ralentir au 2ème trimestre 2026. En glissement annuel, les volumes collectés devraient encore afficher une hausse de 1,5% sur ce 2ème trimestre, avant de se stabiliser au 3ème trimestre puis de reculer de 1,6% au 4ème trimestre d’après les prévisions. Sur l’ensemble de l’année, la production laitière mondiale est tout de même attendue en hausse de 1% en 2026, avant de légèrement diminuer en 2027.

Attention toutefois, la plupart des prévisions météorologiques font état d’une forte probabilité d’occurrence d’un phénomène El Niño, mais son intensité reste encore difficile à évaluer. Ce phénomène climatique se produit en moyenne tous les deux à sept ans et dure en général entre neuf et douze mois. Il est généralement associé à une augmentation des précipitations dans certaines régions du sud de l’Amérique du Sud, dans le sud des États-Unis d’Amérique et dans certains secteurs de la Corne de l’Afrique et de l’Asie centrale, et à un temps plus sec en Amérique centrale, dans le nord de l’Amérique du Sud, dans les Caraïbes, en Australie, en Indonésie et dans certaines régions du sud de l’Asie.

D’après les dernières prévisions de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) datant de la mi-mai, un changement marqué vers des conditions El Niño pour la période de juin à août 2026 pourrait s’opérer, la probabilité d’un tel épisode atteignant 80%. Si les prévisions de récolte de céréales et d’oléoprotéagineux sont correctes à date, une forte intensité de cette épisode climatique pourrait induire une production fourragère en recul, de la décapitalisation et une baisse de la production de lait, notamment en Océanie. Début juin, l’OMM appelait l’ensemble des gouvernements à se préparer à El Ninò.

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FCO et chaleur stoppent l’élan de la collecte

Après un début d’année dynamique, la collecte laitière française marque le pas sous l’effet combiné des conséquences de la FCO et des aléas météorologiques.

Entre effets sanitaires et contraintes climatiques, la collecte change de rythme

En avril 2026, la croissance de la collecte laitière française a ralenti (+1,1% /avril 2025). Selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, la collecte de mai serait même en recul sur un an (-0,2%).

Ce ralentissement intervient après un premier trimestre particulièrement dynamique. La production avait alors bénéficié de plusieurs facteurs favorables : des coûts d’alimentation contenus, un prix du lait demeurant attractif malgré son repli, des bons stocks fourragers récoltés en 2025, ainsi qu’une poursuite de la robotisation de la traite, contribuant à l’amélioration de la productivité des élevages.

Depuis la fin du mois d’avril, la situation s’est toutefois inversée. La FCO, qui avait fortement affecté les élevages du Grand Ouest durant l’été 2025, continue de produire ses effets. Les troubles de fertilité observés dans les troupeaux se traduisent aujourd’hui par des décalages de vêlages de deux à trois mois. En mars et en avril, de fortes baisses des naissances ont ainsi été enregistrées en Bretagne et dans les Pays de la Loire, et de manière plus modérée en Normandie. À ces difficultés sanitaires se sont ajoutées des conditions climatiques défavorables. Le mois d’avril, particulièrement chaud et sec, a freiné la pousse de l’herbe et limité le potentiel de production des exploitations. La vague de chaleur de la fin mai a ensuite pénalisé la production laitière. Celle-ci devrait aussi être affectée par les épisodes caniculaires du mois de juin.

Les effets sont particulièrement visibles dans le Grand Ouest. En Bretagne, la collecte a reculé de 1,5% en avril et la baisse est estimée à près de 7% en mai. Dans les Pays de la Loire, le recul a atteint 2,4% en avril et dépasserait 4% en mai. En Normandie, la collecte est restée stable en avril avant de diminuer d’environ 4% en mai. À l’inverse, les bassins de production touchés par la FCO à l’automne 2024 ont affiché une dynamique plus favorable. Après un début d’année 2025 fortement pénalisé par la maladie, ces régions bénéficient désormais d’un effet de rattrapage. La collecte y a progressé sensiblement au cours du premier trimestre 2026, et les tendances observées en avril et en mai demeurent positives.

Les prochains mois pourraient toutefois réserver un nouveau changement de dynamique. Les décalages de vêlages observés dans le Grand Ouest devraient soutenir la production laitière en juin, juillet et août, conduisant à des volumes supérieurs à ceux de l’an dernier. La reprise des vêlages s’opère depuis mai et on s’attend à un pic de vaches laitières en début de lactation en juillet et août. Le redressement de la collecte demeure néanmoins conditionné à l’évolution des conditions météorologiques. Un été chaud et sec pourrait en effet limiter une partie du potentiel de croissance attendu.

Le prix du lait semble se stabiliser

Depuis octobre dernier, le prix du lait en France suit une trajectoire baissière. En avril 2026 pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix s’est établi à 435 €/1 000 litres, passant largement sous son niveau d’avril 2025 (-47 €). Le prix du lait a perdu 62€ depuis septembre 2025. Le prix s’est stabilisé comparé à mars 2026. Et selon l’observatoire de l’Éleveur Laitier, il se maintiendrait à 435 €/1 000 litres en mai (-48 € /mai 2025) comme en juin.

En composition réelle, le prix est descendu à 465 €/1 000 litres (-42 € /avril 2025) en recul de 4 € comparé à mars 2026.

Des charges en hausse qui pèsent sur la marge des élevages laitiers

Du côté des charges, l’IPAMPA lait de vache (qui représente 58% des coûts de production en zone de plaine), a augmenté en avril 2026 d’un mois sur l’autre (+1,4%) et a progressé de 4,9% /avril 2025. Sur un an, le recul est toujours de mise pour le poste aliment acheté (-3,0% /2025) mais se trouve en nette hausse pour l’énergie (+46,5%) et pour les engrais (+18,0%). Dans l’ensemble, les charges courantes ont progressé de 5,8% sur un an tandis que les biens d’investissement se sont renchéris de 1,9%. Le conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février dernier, a provoqué une flambée des cours de l’énergie et des intrants azotés, contribuant à cette remontée des charges.

Dans ce contexte, la marge MILC poursuit son érosion. Estimée à 190 €/1 000 l en avril dernier, elle connaît son sixième mois consécutif de recul, perdant 11€ sur un mois. Ce repli résulte de la combinaison d’une baisse du prix du lait (lait conventionnel aux taux réels), d’une stabilité des prix des produits issus de la vente des animaux et d’une hausse des charges. Sur un an, le recul de la MILC a atteint 45€/1000 l. Cette évolution s’explique par la progression des coproduits viande (+21€), la hausse des charges (+18€) et le recul du produit lait (-48€). À noter, les charges considérées dans la marge MILC se basent sur l’IPAMPA lait de vache qui ne couvre pas l’ensemble des charges des exploitations. D’autres charges comme les coûts salariaux, les coûts des travaux par tiers ou les frais financiers qui ne sont pas prises en compte dans l’IPAMPA, restent en hausse par rapport à début 2025. Par ailleurs, les investissements en élevages laitiers ont été importants ces dernières années, notamment en robotisation, et l’évolution de la part croissante des investissements n’est pas prise en compte dans le calcul, l’indice IPAMPA étant établi sur la base 2020.

Les achats de produits laitiers en grande distribution bien orientés

Alors que la collecte marque le pas en avril et mai, les achats des ménages en produits laitiers affichent une belle dynamique. En période 5 de 2026 (du 20 avril au 17 mai 2026), les volumes achetés en grande distribution ont progressé de 2,3% en équivalent lait par rapport à la même période de 2025, portés notamment par la crème, les yaourts, les fromages frais et les fromages en libre-service.

La crème confirme une tendance haussière structurelle, avec des volumes en progression régulière sur longue période. Les yaourts, après une période de recul puis une stagnation post-Covid, ont amorcé un redressement depuis 2024 qui se poursuit et s’amplifie en ce début d’année. Ce regain s’explique en grande partie par l’essor des yaourts hyper-protéinés, dont les ventes affichent des nettes hausses. Ce segment connaît une croissance fulgurante : les achats de yaourts standard hyper-protéinés ont été multipliées par 25 en trois ans. Cet engouement reflète une évolution des attentes des consommateurs, portée par l’influence croissante des réseaux sociaux et des univers du sport et du bien-être.

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Reprise fragile de la production de lait bio

La filière lait bio renoue avec une dynamique plus favorable après plusieurs années difficiles. Si la collecte a retrouvé le chemin de la croissance en début d’année, les effets de la FCO et les conditions météorologiques perturbent la production printanière. Dans le même temps, la consommation repart en magasins.

Une reprise de la collecte bio freinée par la météo et les effets de la FCO

Après trois années consécutives de repli, la collecte de lait biologique a renoué avec la croissance à partir de décembre 2025. Cette dynamique s’est prolongée au premier trimestre 2026, malgré la poursuite de la baisse du nombre de livreurs, dont le rythme de recul tend toutefois à ralentir. Sur les premiers mois de l’année, le nombre de livreurs bio a diminué de 2,9% / 2025, contre une baisse de 3,8% un an plus tôt. En avril 2026, selon FranceAgriMer, la France comptait 3 550 livreurs de lait biologique, représentant 9% des livreurs français. La hausse de la collecte repose sur le gain de productivité des vaches laitières. Les fourrages d’herbe et de maïs, de bonne qualité en 2025, ont favorisé une amélioration des performances, tant en volume de lait produit qu’en matière sèche utile, avec des taux de matières grasses et protéiques en progression. Par ailleurs, les conditions de mise à l’herbe des vaches, particulièrement favorables en février et mars, ont contribué à soutenir le potentiel de production des élevages sur le début d’année.

Le mois d’avril marque un retournement de tendance. La collecte de lait biologique a enregistré un recul marqué de 4,6 % / avril 2025. La baisse est plus limitée en matière sèche utile (-3,0%), grâce à l’amélioration des taux. Les systèmes bio très pâturants et très dépendants de la qualité des fourrages sont fortement météo sensibles. Et le mois d’avril très sec n’a pas favorisé une bonne pousse de l’herbe. Par ailleurs, les élevages en agriculture biologique de l’Ouest ont subi les conséquences de l’épisode de FCO survenu l’été dernier. Les décalages de vêlages induits par la maladie se sont traduits par une diminution du nombre de naissances au printemps et pèsent sur la production laitière. La production de lait bio est très saisonnalisée avec 37% de la collecte entre mars et juin, période durant laquelle les élevages tirent pleinement parti du potentiel offert par le pâturage.

La Bretagne et les Pays de la Loire qui concentrent respectivement 21% et 24% de la collecte bio française ont subi de fortes baisses de collecte en avril (impact FCO et météo). La collecte a reculé de 9,5% en Bretagne et de 11% dans les Pays de la Loire.

Les perspectives à court terme demeurent contrastées. Les mois de mai et juin devraient rester orientés à la baisse, en raison notamment des épisodes de fortes chaleurs observés fin mai et courant juin. À l’inverse, les mois de juillet et août pourraient bénéficier du décalage des vêlages et enregistrer une évolution plus favorable de la collecte. Les conditions météorologiques resteront toutefois un facteur déterminant pour l’évolution de la production. La bonne qualité des fourrages d’herbe récoltés au printemps constitue un élément favorable pour les élevages biologiques.

Le recul saisonnier du prix du lait bio

En avril 2026 pour un lait bio standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix s’est établi à 456 €/1 000 litres, en recul de 13 € comparé à avril 2025. La majorité des laiteries appliquent une grille de prix très saisonnalisée en lien avec la forte saisonnalité de la production. Dans ce contexte, le printemps correspond traditionnellement à une période de baisse des prix. Le recul observé en 2026 est très marqué, alors même que la tendance annuelle reste orientée à la hausse.

L’écart de prix entre le lait bio et le lait conventionnel s’accroit de nouveau. Alors qu’il s’était stabilisé en moyenne autour de 50 €/1 000 l au cours des trois dernières années, il s’approche de nouveau des 100 €/1 000 l sur ce début d’année. Cette tendance est toutefois moins visible au mois d’avril, où la forte saisonnalité des grilles de prix du lait biologique contribue à réduire temporairement cet écart.

Les fabrications de produits laitiers bio ralentissent

Face au recul marqué de la collecte de lait biologique en avril, les fabrications de produits laitiers bio ont enregistré un net ralentissement. Après plusieurs mois orientés à la hausse, les fabrications de produits de grande consommation ont ainsi reculé de 10% en avril 2026 /avril 2025.

Cette évolution masque toutefois des dynamiques contrastées selon les catégories de produits. Les yaourts et les crèmes continuent d’afficher une progression soutenue, avec des hausses respectives de 7% et 21% en avril. Ces segments prolongent ainsi la dynamique positive observée depuis plusieurs mois, portée notamment par une demande très favorable. À l’inverse, les fabrications de lait liquide biologique enregistrent un net repli.

La reprise des ventes de produits laitiers bio se confirme en magasins généralistes

Les ventes de produits laitiers biologiques en magasins généralistes poursuivent leur redressement. En période 5 de 2026 (du 20 avril au 17 mai 2026), l’ensemble des grandes catégories de produits affiche une progression par rapport à 2025, confirmant la dynamique de reprise observée depuis plusieurs mois. Les hausses sont particulièrement marquées sur les fromages, dont les ventes progressent de 7%, ainsi que sur le beurre (+6%) et l’ultra-frais (+5%). Cette évolution traduit un regain d’intérêt des consommateurs pour les produits laitiers bio, après une période de recul des achats.

L’évolution des prix en magasin est contrastée selon les catégories. Certains produits enregistrent un léger recul des prix sur un an, notamment la crème bio (-0,1%), les fromages en libre-service (-0,6%) et les fromages frais (-2,1%). À l’inverse, les prix progressent modérément pour l’ultra-frais (+0,5%) et le lait liquide bio (+0,7%). La hausse est plus marquée pour le beurre bio, avec une progression de 1,4% sur un an.

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Poudre maigre : vers un nouvel équilibre de prix ?

Malgré des disponibilités en lait soutenues, les cotations de la poudre maigre se sont envolées, notamment aux États-Unis. Une tendance durable ?

Les cours de la poudre maigre encore en hausse en mai

En mai 2026, les cotations de la poudre de lait écrémé restaient orientées à la hausse sur les marchés mondiaux. C’était notamment le cas pour la cotation départ USA qui a connu la progression la plus impressionnante. Elle s’est en effet établie au niveau record de 4 255 €/t (+10% /avril 2026 et +81% /mai 2025), bien supérieur au précédent point haut de juin 2022 (+11%).

Les cours étaient également orientés à la hausse sur les autres marchés, mais restaient nettement en deçà des niveaux historiques de 2022. La cotation départ Nouvelle-Zélande a atteint 3 132 €/t, soit +2% en un mois et +19% en un an. La cotation en UE restait en retrait bien qu’en progression, à 2 799 €/t (+7% en un mois et +14% /2025).

Les facteurs de la hausse des cours aux États-Unis

En début d’année, les incertitudes sur les marchés mondiaux ont soutenu les prix des commodités laitières. Par ailleurs, la demande en protéines reste importante. Mais la hausse particulièrement impressionnante de la cotation de la poudre maigre aux États-Unis interroge.

Si la production étatsunienne de lait connaît un rythme de croissance important depuis de nombreux mois, les disponibilités demeurent insuffisantes. C’est en effet un manque d’offre en poudre maigre qui explique l’amélioration des prix. Deux principaux types de poudre maigre sont produits aux États-Unis : le non-fat dry milk (NDM) et la skim milk powder (SMP) : la SMP a une teneur minimale en protéines du lait de 34%, alors que le NFDM n’a pas de taux standard de protéines. Quoi qu’il en soit, outre le lactosérum et la poudre maigre, les protéines laitières sont également transformées en concentrés et isolats de protéines, en lait ultrafiltré à haute teneur en protéines ou encore en yaourts riches en protéines. La hausse des cours de la poudre maigre constatée depuis le début de 2026 aux États-Unis n’est pas liée à une explosion de la demande mais plutôt à une offre réduite de ce type de produits.

Malgré une augmentation de 3,6% de la production de matière sèche aux États-Unis sur les douze derniers mois, la production de poudre maigre est à un bas niveau. D’après la National Milk Producers Federation, une part croissante des protéines laitières est désormais utilisée pour fabriquer des produits à forte valeur ajoutée comme les concentrés et isolats de protéines de lactosérum (WPC80, WPI), le lait ultrafiltré, les yaourts hyper-protéinés ou le cottage cheese.

Traditionnellement, lorsque l’offre de lait dépassait les besoins de l’industrie fromagère, l’excédent était transformé en poudre de lait écrémé. Aujourd’hui, ce surplus est de plus en plus absorbé par les produits riches en protéines.

Le manque de disponibilité se traduit également par des performances limitées en termes d’export. Entre janvier et avril 2026, seulement 224 000 tonnes de poudre maigre ont été exportées (+6% /2025 mais -12% /2024 et -19% /2023).

Le marché de la poudre maigre dans le pays a également été perturbé par plusieurs épisodes de rappel de produits et de fermetures d’usines consécutifs à des contaminations par des salmonelles, réduisant ainsi les disponibilités sur le marché. En mars, au Texas, Lone Star Dairy Products LLC rappelait 800 tonnes de poudre maigre. En avril dernier, c’était au tour de l’entreprise California Dairies Inc. d’être concernée par un rappel d’envergure.

Depuis le début de l’année, le manque d’offre s’est notamment traduit par la hausse du prix du lait de classe IV (lait utilisé pour produire des commodités) qui s’est apprécié de 65% entre janvier et mai. Mais les moyennes mensuelles cachent un retournement de tendance aux États-Unis. Il semble que les disponibilités progressent désormais depuis plusieurs semaines. Et le prix moyen hebdomadaire de la poudre maigre est depuis orienté à la baisse soulignant un rebond de l’offre dans le pays. Ainsi, la cotation de la NFDM (non-fat dry milk) qui représente environ 70% de la poudre maigre produite aux États-Unis, s’est nettement repliée depuis la deuxième quinzaine du mois de mai. Entre la mi-mai et la mi-juin, la cotation avait reculé de 18%.

Vers un nouvel équilibre de prix sur les marchés mondiaux ?

Outre la baisse des cours observée récemment aux États-Unis, les enchères du mois de juin sur la poudre maigre sur la plateforme Global Dairy Trade étaient orientées à la baisse. Entre mi-mai et mi-juin, la poudre maigre a perdu 5% de sa valeur pour s’établir à 3 368 US$/t.

Même constat en France d’après ATLA, où la cotation hebdomadaire de la poudre maigre est orientée à la baisse depuis la semaine 22. En semaine 24, elle a atteint 2 820 €/t soit 5% de moins que le record de la semaine 21.

L’orientation à la baisse sera-t-elle généralisée et durable ? D’après les prévisions de la Rabobank publiée au début du mois de juin, le rebond généralisé des prix au premier semestre 2026 devrait être suivi par un rééquilibrage à la baisse au second semestre dans les principaux bassins. Cet ajustement devrait être plus important aux États-Unis. A moyen terme, les prix de la poudre maigre devraient rester plutôt soutenus, portés par la demande.