Lait de vache

Abondance de lait sur fond de tensions géopolitiques

Début 2026, la collecte laitière française reste soutenue grâce à des gains de productivité. Les exportations et les achats des ménages ont progressé en volume. La production mondiale de lait continue de croître, alimentant un marché déjà abondant. Cette surproduction exerce une pression à la baisse sur les prix à la production, même si les cours des commodités se redressent. Par ailleurs, le conflit en Iran et la paralysie du détroit d’Ormuz pourraient fortement perturber les échanges laitiers mondiaux selon la durée du conflit.

13%

C’est la part du Moyen-Orient en 2025 dans les exportations européennes de produits laitiers, soit 3,88 milliards € sur les 29,63 milliards d’euros exportés.

Lait de vache » Collecte laitière »

Collecte française en hausse, prix en baisse

La collecte laitière française reste dynamique en ce début d’année 2026, portée par des gains de productivité. Mais les prix du lait baissent face à un surplus de production difficile à absorber.

La collecte laitière reste soutenue début 2026

En janvier 2026, la collecte laitière française a poursuivi son net redressement (+5,8% /janv. 2025). Et, selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, cette tendance se serait prolongée en février, avec une hausse sur un an estimée à plus de 6%. Cette progression intervient malgré la poursuite du repli du cheptel laitier (-2,4% /janv. 2025). Elle s’explique par un gain marqué de productivité, soutenu par des coûts d’alimentation contenus, la bonne qualité des fourrages récoltés en 2025 et la montée en puissance de la robotisation dans les élevages.

La mise à l’herbe des vaches reste pour l’heure partielle, freinée par des conditions de portance des sols parfois insuffisantes. Dans ce contexte, la ration distribuée à l’auge demeure déterminante pour soutenir les performances laitières.

En mars la collecte française semble rester sur une dynamique de hausse alors même que le prix du lait a baissé. Les regards se tournent désormais vers avril : la baisse des prix entraînera-t-elle un reflux de la production ? À l’échelle européenne, la collecte est également restée très dynamique en janvier (voir article collecte monde). Reste à déterminer dans quelle mesure la baisse des prix du lait influencera, dans les prochains mois, le niveau de production au sein de l’UE alors que les prix des commodités se redressent. À ces incertitudes s’ajoutent les effets, encore difficiles à mesurer, de la FCO qui a touché le Grand Ouest l’été dernier. Les décalages de vêlages attendus pourraient en effet perturber le pic de production printanier et déplacer une partie des volumes vers la période estivale.

Le prix du lait sous pression face au surplus de production

Depuis octobre dernier, le prix du lait en France a amorcé un recul. En janvier pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix s’est établi à 461 €/1 000 litres, passant largement sous son niveau de janvier 2025 (-22 €).

Selon l’observatoire de l’Eleveur Laitier, le prix standard poursuivrait son repli en février (estimé à -40 € /fév. 2025). En mars, les prix devraient encore diminuer, de 5 à 10 € en moyenne par rapport au mois précédent.

Reste à savoir si cette tendance se poursuivra ou si un redressement interviendra. Le surplus de lait, observé depuis plusieurs mois en France et dans l’UE, devient de plus en plus difficile à absorber pour certains sites laitiers désormais saturés. Dans ce contexte, les laiteries exercent une pression à la baisse sur les prix payés aux éleveurs, afin de freiner la collecte. Tant que la production restera élevée, les prix du lait auront du mal à repartir à la hausse.

Marge laitière en recul

Les charges en élevages, d’après l’IPAMPA lait de vache (qui représente 58% des coûts de production en zone de plaine), ont très légèrement augmenté en janvier 2026 d’un mois sur l’autre (+0,3%) et ont diminué de 2,7% /janv. 2025. Sur un an, le recul est toujours marqué pour le poste aliment acheté (-7,9% /2025), pour l’énergie (-12,6%) mais en hausse soutenue pour les engrais (+9,5%). Dans l’ensemble, les charges courantes ont diminué de 3,7% sur un an, alors que les biens d’investissement ont légèrement augmenté de 0,9%. Le conflit au Moyen-Orient déclenché le 28 février a fait flamber le prix de l’énergie et des engrais. Son impact ne sera visible sur l’IPAMPA qu’à partir de la publication de l’indice de mars.

La marge MILC, estimée à 236 €/1 000 l en janvier dernier, connaît son troisième mois consécutif de recul, perdant 13 € sur un mois. Ce repli résulte de la combinaison d’une baisse du prix du lait, d’une stabilité des prix des produits issus de la vente des animaux et d’une très légère hausse des charges. Sur un an, la MILC reste toutefois en progression, avec une augmentation de 21€/1000 l. Le produit lait a baissé de 20 €, les coproduits viande ont augmenté de 31€, tandis que les charges se sont réduites (-10€). À noter, les charges considérées dans la marge MILC se basent sur l’IPAMPA qui ne couvre pas l’ensemble des charges des exploitations. D’autres charges comme les coûts salariaux ou les coûts des travaux par tiers, qui ne sont pas prises en compte dans l’IPAMPA, restent en hausse par rapport à début 2025. Par ailleurs les investissements en élevages laitiers ont été importants ces dernières années et les charges associées ne sont pas encore pris en compte dans la MILC et l’IPAMPA qui sont en base 2020.

Rebond de la collecte de lait bio

Après trois années de repli, la collecte de lait bio renoue avec la croissance depuis décembre 2025. En janvier 2026, la collecte a progressé de 2% sur un an, pour atteindre 91 millions de litres. Cette reprise intervient toutefois dans un contexte de forte contraction du nombre de livreurs: la filière a perdu 5,5% de ses producteurs en un an, pour s’établir à 3500 exploitations en janvier 2026.

La hausse de la collecte s’explique ainsi par un gain de productivité des vaches laitières. Les fourrages d’herbe et de maïs, de bonne qualité en 2025, ont favorisé une amélioration des performances, tant en volume de lait produit qu’en matière sèche utile, avec des taux de matières grasses et protéiques en progression. La mise au pâturage reste néanmoins irrégulière, rythmé par des épisodes pluvieux. Dans ce contexte, le maintien d’une ration à l’auge de qualité, en complément du pâturage, contribue à soutenir la production par vache.

Lait de vache » Commerce extérieur »

Quels effets du conflit au Moyen-Orient pour le marché des produits laitiers ?

Le conflit initié en Iran par les États-Unis et Israël fin février pourrait fortement perturber les marchés laitiers en fonction de sa durée. L’Iran est un producteur important dans la zone et les pays du Moyen-Orient sont des importateurs de poids sur le marché mondial.

L’Iran, un acteur laitier important dans le Moyen-Orient

L’Iran est un acteur majeur de la production laitière au Moyen-Orient. D’après les données de la FAO, le pays comptait 5,60 millions de bovins en 2024 et a produit 7,70 millions de tonnes de lait de vache la même année.

Les données disponibles sur les fabrications laitières sont limitées. Toutefois, d’après la FAO, l’Iran aurait produit en 2023 environ 300 000 tonnes de fromage et 200 000 tonnes de beurre, ainsi que 4,8 millions de tonnes de lait écrémé dont une partie a été transformée en poudre maigre. Toujours d’après la FAO, le pays aurait aussi produit 12 500 tonnes de poudre de lactosérum. D’autres produits sont également fabriqués : matière grasse anhydre, crème, poudres grasses, lait concentré.

Une partie de ces fabrications iraniennes est destinée à l’exportation. Ici encore, les statistiques sont peu nombreuses. Seules les données des douanes iraniennes ou celles de ses partenaires, quand elles existent, sont exploitables.

D’après les douanes iraniennes, les exportations iraniennes sont significatives pour le beurre et surtout pour la poudre maigre. En 2025, l’Iran aurait exporté 44 500 t de beurre (+37% /2024) et 182 000 t de poudre de lait écrémé (+37%). L’Iran serait ainsi devenu le 4ème exportateur mondial de poudre maigre derrière l’UE, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande mais devant l’Australie. En 2025, les exportations de beurre comme de poudre maigre depuis l’Iran aurait dépassé 310 millions d’euros.

D’après les douanes iraniennes, les principaux destinataires des envois iraniens se situent à proximité : Moyen-Orient, Asie centrale, … En 2025, le premier client pour la poudre maigre iranienne était le Pakistan (34% en valeur), devant l’Irak (27%) et la Syrie (7%). Pour le beurre, les premiers clients étaient la Russie (30%), l’Azerbaïdjan (29%) et l’Irak (10%).

D’abord source de tensions sur les marchés de l’énergie, le déclenchement par les États-Unis et Israël du conflit en Iran le 28 février 2026 soulève désormais de nombreuses interrogations sur le devenir de la production laitière iranienne. Cette guerre pourrait entraîner des conséquences importantes sur les marchés agricoles du pays et de la zone, d’autant que le conflit s’est rapidement étendu, avec la riposte de l’Iran sur les bases militaires étatsuniennes dans le golfe persique et l’ouverture d’un nouveau front au Liban le 1er mars entre Israël et le Hezbollah.

Le Moyen-Orient, une destination importante pour les produits laitiers européens

Le Moyen-Orient est un débouché majeur pour les exportations européennes de produits laitiers, globalement en croissance depuis la fin de la pandémie de covid. En 2025, l’UE avait exporté pour plus de 3,8 milliards € de produits laitiers dans la région.

En 2025, les principaux clients des envois de l’UE était l’Arabie Saoudite (29% des envois de produits laitiers en valeur), devant les Émirats Arabes Unis (16%), l’Égypte (9%), l’Irak (8%), Oman (8%) et le Liban (6%).

Parmi les produits expédiés en 2025, le premier poste en valeur concernait les fromages (23% des envois), devant les poudres de lait infantile (16%), les poudres de lait réengraissé à base de matières grasses végétales ou FFMP (15%), la poudre de lait écrémé (12%), les poudres grasses (9%) et le beurre et matières grasses laitières anhydres (9%).

La situation conflictuelle dans la zone depuis la fin du mois de février dernier soulève de nombreuses interrogations sur le commerce de produits laitiers.

Le conflit au Moyen-Orient perturbe les routes maritimes

Outre les effets potentiels sur la production iranienne et ses exportations, la prolongation du conflit pourrait avoir des effets sur le commerce mondial de produits laitiers. Notamment car depuis le début du conflit, l’Iran perturbe fortement l’utilisation par les navires commerciaux du détroit d’Ormuz, 8ème détroit du commerce maritime mondial.

Entre le 1er et le 18 mars dernier, les attaques sur les navires civiles ont constamment augmenté. Sur la période, 217 navires civiles ont été pris pour cible dans ce détroit par le gouvernement iranien.

Dans la zone, le détroit de Bab-el-Mandeb avait déjà vu ses flux commerciaux diminuer de près de 60% fin 2023 en raison de la multiplication des attaques des Houthis du Yémen déclarant agir en solidarité avec les Palestiniens. Aujourd’hui, avec le développement du conflit en Iran et dans la zone, l’utilisation du détroit d’Ormuz par les navires commerciaux a chuté et est désormais presque nul.

Si l’Iran importe peu de produits laitiers depuis l’UE, la fermeture du détroit d’Ormuz bloque les exportations maritimes vers l’Irak, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, les Émirats Arabes Unis et la partie orientale de l’Arabie Saoudite. L’Arabie Saoudite a certes d’autres options d’importation via ses ports occidentaux comme ceux de Djeddah, de Yanbu ou de Jizan, mais celles-ci restent menacées par les attaques houthies. Et pour les autres pays de la zone, le détroit d’Ormuz reste la seule voie d’accès maritime.

Les exportations de l’UE sont donc particulièrement exposées en cas de prolongation du conflit. C’est également le cas des exportations de la Nouvelle-Zélande et dans une moindre mesure des États-Unis et de l’Australie. En outre, le développement du conflit soulève des menaces de groupes yéménites alignés sur l’Iran qui pourrait également perturber le transport maritime restant à travers le détroit de Bab el-Mandeb et donc poser des risques pour d’autres flux commerciaux laitiers.

D’après la Rabobank, cette voie est essentielle pour les exportations laitières de l’UE vers le Moyen-Orient mais aussi vers l’Asie. En 2025, les flux originaires de l’UE et transitant par le détroit d’Ormuz représentait près de 6% des envois totaux en valeur. Et ceux transitant par le détroit de Bab el-Mandeb représentait près de 17% du total. Les perturbations affecteraient également les exportations néo-zélandaises dont près de 6% transitaient par Ormuz et près de 6% encore par Bab-el-Mandeb, notamment vers les destinations UE et Royaume-Uni.

Les principales compagnies maritimes ont montré leur capacité à s’ajuster après la multiplication des attaques fin 2023 contre des navires commerciaux en mer Rouge. Les réponses des compagnies maritimes sont déjà nombreuses. Récemment, la CMA CGM annonçait déployer des solutions alternatives permettant de relier les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, le Sultanat d’Oman, l’Irak, Qatar, le Bahreïn, le Koweït et la Jordanie depuis différents ports dont celui de Djeddah via des routes terrestres et ferroviaires.

Si le conflit persiste, certains experts envisagent ainsi plutôt des temps de transit plus longs plutôt qu’une interruption structurelle des flux commerciaux. Les expéditions de l’UE vers l’Asie du Sud-Est qui nécessitent généralement neuf à dix semaines pourraient ainsi prendre jusqu’à douze semaines.

Volatilité des cours des commodités laitières

Du côté des marchés des commodités, le conflit semble actuellement participer à la hausse des cours du beurre comme de la poudre maigre. En effet, l’incertitude a encouragé certains acheteurs mondiaux à sécuriser leurs approvisionnements. Mais cet effet pourrait s’estomper une fois les stocks constitués, ce qui pourrait à nouveau exercer une pression sur les prix par la suite. Le conflit devrait donc continuer à stimuler la volatilité des prix dans les prochaines semaines. Néanmoins, les fortes disponibilités en lait, déterminantes pour l’évolution des marchés laitiers, pourraient limiter cette volatilité à plus long terme. La durée du conflit restera décisive.

Des conséquences sur l’économie générale difficilement quantifiables

Outre les conséquences directes sur les routes maritimes, ce conflit régional aura des impacts probablement négatifs sur l’économie de la zone et le pouvoir d’achat des pays concernés.

Par ailleurs, au niveau mondial, il est à craindre une hausse des prix de l’énergie et des fertilisants, ainsi qu’une probable inflation généralisée, à l’image de la période qui a suivi le déclenchement par la Russie de la guerre en Ukraine en février 2022.

Lait de vache » Marché des produits laitiers »

Hausse de la production mondiale mais rebond des cours des commodités

Pas de changement côté production de lait dans les principaux bassins exportateurs. Elle restait toujours orientée à la hausse début 2026. Avec l’abondance de lait, les prix à la production ont reculé. Mais les cours des commodités se redressent, parfois nettement.

La production encore en hausse chez les principaux exportateurs

En janvier 2026, malgré un léger ralentissement du rythme, la croissance sur un an de la production de lait est restée marquée chez les 7 principaux exportateurs (Argentine, Australie, Biélorussie, États-Unis, Nouvelle-Zélande Royaume-Uni et UE). La hausse approchait le million de tonnes, à 988 000 tonnes (+3,7% /2025) et l’ensemble des bassins de production restaient concernés par la progression, la majorité de la croissance de la collecte du groupe étant en UE (51%), devant les États-Unis (28%).

En janvier 2026, les hausses de production sur un an restaient variables :

  • +503 000 t pour l’UE-27 à 12,14 millions de tonnes (+4,3% /2025) ;
  • +279 000 t pour les États-Unis à 8,99 millions de tonnes (+3,2%) ;
  • +75 000 t pour l’Argentine à 927 000 tonnes (+8,8%) ;
  • +48 000 t pour le Royaume-Uni à 1,37 million de tonnes (+3,6%) ;
  • +47 000 t pour la Nouvelle-Zélande à 2,43 millions de tonnes (+2,0%) ;
  • +25 000 t pour la Biélorussie à 768 000 tonnes (+3,4%) ;
  • +11 000 t pour l’Australie à 740 000 tonnes (+1,5%).

L’UE reste motrice de la croissance mondiale début 2026

Dans le sillage du 2nd semestre 2025, la production laitière dans l’UE-27 affichait une nette progression début 2026. Après avoir oscillé entre +3% et +6% sur la seconde partie de 2025, la progression sur un an a dépassé +4% en janvier 2026.

En début d’année, les collectes restaient en hausse chez les principaux exportateurs européens. C’était notamment le cas de l’Allemagne (+6,8% /2025 à 2,70 Mt), de la France (+5,8% à 2,14 Mt), des Pays-Bas (+6,2% à 1,23 Mt), de la Pologne (+3,4% à 1,19 Mt) ou de l’Irlande (+4,2% à 174 000 t).

Les cours des commodités ont entamé un rebond

Après des mois de baisse, les cours du beurre ont amorcé un rebond chez une partie des principaux exportateurs avec une demande un peu plus ferme d’après l’USDA et AMI, dans un contexte toutefois marqué par des disponibilités toujours importantes en lait. Aux États-Unis, la cotation est ainsi repassée au-dessus des 3 000 €/t. En février 2026, elle a atteint 3 215 €/t (+21% /janvier 2026 mais -37% /février 2025). En Océanie, le cours est même repassé au-dessus des 5 000 €/t, à 5 001 €/t (+11% /janvier 2026 mais -29% /février 2025). Constat plus nuancé dans l’UE où la baisse a seulement ralenti : le cours du beurre s’est en effet établi à 4 176 €/t (-2% /janvier 2026 et -42% /février 2025).

L’évolution a été également significative pour les cours de la poudre maigre, alors que l’offre de reste limitée aux États-Unis, les transformateurs privilégiant le fromage et le lactosérum plutôt que la poudre maigre et le beurre. En février 2026, la cotation départ Nouvelle-Zélande a atteint 2 458 €/t (+12% /janvier 2026 mais -13% /février 2025). Même constat pour l’UE : la cotation s’est établie à 2 314 €/t (+10% /janvier 2026 mais -9% /février 2025). La hausse sur un mois était encore plus marquée pour la cotation départ USA, à 2 909 €/t en février 2026 (+27% /janvier 2026 et +6% /février 2025). Elle dépassait ainsi ses homologues européenne (+26%) et néozélandaise (+18%).

Le constat de hausse concernait également la France où les cours restaient encore récemment soutenus. D’après ATLA, la cotation de la poudre maigre destinée à la consommation humaine s’est établie à 2 909 €/t en semaine 11 (+14% sur un mois et +7% sur un an). La situation conflictuelle au Moyen-Orient semble peser sur les marchés alors que les disponibilités restent toujours importantes.

Même constat du côté de la plateforme Global Dairy Trade. Depuis le début de l’année 2026, les enchères sont globalement orientées à la hausse alors que le conflit au Moyen-Orient semble désormais peser sur les achats. Ainsi, lors de la dernière enchère du 17 mars 2026 :

  • Le prix du beurre a augmenté de 8% en un mois et de 32% depuis le début de l’année, à 6 868 US$/t (5 950 €/t) ;
  • Le prix de la poudre maigre s’est apprécié de 15% en un mois et de 33% depuis le début de l’année, à 3 409 US$/t (2 953 €/t).

Des prix du lait jusqu’ici sous pression, avant un rebond

Face à l’abondance de lait dans les principaux bassins producteurs et exportateurs, les prix à la production ont été sous pression en 2ème partie d’année 2025. Depuis le début de 2026, les dynamiques ont commencé à diverger. En Nouvelle-Zélande, le prix du lait cru a progressé sur un mois en euros (+6,7%) comme en dollars néozélandais (+5,9%). A 370 €/1 000 l, il restait cependant en retrait marqué sur un an (-55 €, soit -13% /janvier 2025).

A contrario, les prix restaient orientés à la baisse au sein de l’UE-27 comme en France (-2,6% en un mois et -4,0% en un an, à 370 €/1 000 l). Le recul était plus fort pour le prix moyen allemand qui est passé en janvier 2026 sous la barre des 400 €/1 000 l. Sensible à l’évolution des cours de commodités laitières et assez réactif, il était en baisse de 37 € en un mois (-8,9%) et de 128 € en un an (-24,8%), à 388 €/1 000 l.

Aux États-Unis, le prix du lait payé aux éleveurs s’était à nouveau replié à 339 €/1 000 l en janvier 2026, en baisse de 29 € en un mois (-8,1%) et de 190 € en un an (-35,9%). Ce recul du prix du lait pèse sur la marge des éleveurs étasuniens. La marge sur coût alimentaire calculée par l’USDA dans le cadre de son programme de couverture de marge (Dairy Margin Coverage ou DMC) se replie depuis plusieurs mois. En janvier 2026, elle atteignait 172 US$/t (-17% sur un mois et -77% sur un an), niveau le plus bas depuis août 2023. Pas suffisant néanmoins pour faire fléchir la production de lait ou le cheptel laitier. Ce dernier comptait 9,58 millions de vaches laitières en janvier 2026 (+2,0% /2025), un record pour un mois de janvier.

A court terme, les prix pourraient se redresser alors que des incertitudes pèsent sur le marché des commodités laitières. Dans l’UE, en début d’année 2026, les prix payés par les entreprises irlandaises (Dairygold, Tirlan, Kerry Agribusiness) orientées vers l’exportation de ces commodités s’étaient nettement redressés. Ce n’était pas encore le cas aux Pays-Bas (Friesland Campina), au Danemark (Arla) ou en Allemagne (DMK), où les prix ne sont pas aussi réactifs.

Malgré des disponibilités toujours importantes, la demande actuelle soutient les cours. Le rebond a notamment été alimenté par certains acheteurs qui, estimant que les prix avaient atteint leur point bas, ont probablement procéder à des achats afin de se couvrir sur les marchés, d’autant que le contexte géopolitique incertain joue à plein. Ce rebond des cours sera-t-il durable néanmoins alors que l’abondance en lait soulève des interrogations ?

Le conflit en Iran et dans l’ensemble du Moyen-Orient affecte actuellement les marchés en pesant notamment sur des voies maritimes d’importance mondiale pour les exportations de produits laitiers comme de l’énergie. La durée du conflit sera décisive pour les évolutions de cours des commodités et des prix du lait.

Lait de vache » Marché des produits laitiers »

Hausse des ventes de produits laitiers à l’export et en rayons

Début 2026, le marché laitier français reste dynamique, porté par une collecte abondante, des exportations soutenues et des achats des ménages solides. Les échanges ont progressé en volume, mais leur valeur s’est détériorée. Du côté des consommateurs, yaourts, fromages, crèmes et beurre continuent de séduire, tandis que les MDD confirment leur progression.

Des fabrications orientées vers les commodités

La collecte de lait en France demeure particulièrement dynamique depuis plusieurs mois, générant, comme ailleurs en Europe, des surplus de lait (voir article collecte). Face à cet afflux, les quantités supplémentaires sont majoritairement orientées vers la fabrication de produits dits de « commodités », plus aisément stockables et exportables. En janvier, les fabrications de poudre maigre ont ainsi bondi de 30% /2025, celles de beurre ont progressé de 9% et celles de poudres de lait conditionnées de 25%. Ces volumes ont très largement été exportés, achetés notamment par des négociants et des industriels. A l’inverse les fabrications de produits de grande consommation sont en retrait. En janvier, la production de crème a diminué de 6% sur un an, celle de yaourts de 3% et celle de lait conditionné de 4%. Les fabrications de fromages s’inscrivent également en recul, avec une baisse de 3%.

Plus de volumes exportés mais valeur en recul

En janvier 2026, les exportations françaises de produits laitiers ont nettement progressé en volume (+6,4% /2025 en équivalent lait). Après un recul annuel de 4,5% en 2025, marqué toutefois par un rebond au dernier quadrimestre, le début de l’année confirme la dynamique d’exportation observée à la fin de 2025.

Les exportations de tous les produits laitiers ont enregistré des hausses de volume en janvier 2026 à l’exception des fromages, en retrait de 4% sur un an. Parmi les plus fortes progressions, on note le lait vrac (+36%), la poudre maigre (+25%), les yaourts (+18%) et le beurre (+16%). La poudre maigre bénéficie d’une demande mondiale soutenue, la France et l’UE se positionnant comme principaux fournisseurs, les États-Unis étant moins présents et l’Océanie absente sur ce segment en début d’année. Malgré la hausse des volumes, la valeur des exportations a reculé, s’établissant à 714 millions d’€ en janvier, soit une baisse de 4% sur un an. L’analyse du prix moyen par unité exportée illustre bien une perte de valeur sur le marché export : le lait vrac est passé de 452 €/t en janvier 2025 à 328 €/t en janvier 2026, les yaourts de 1 950 €/t à 1 612 €/t et la poudre maigre de 2 680 €/t à 2 313 €/t.

Volumes importés en hausse mais valeur en forte baisse

En janvier 2026, les importations françaises de produits laitiers ont progressé en volume (+3,3% /2025 en équivalent lait) poursuivant la tendance déjà marquée en 2025 (+5,1% /2024). Cette hausse concerne principalement les fromages (+10%) et les yaourts (+20%), tandis que les autres produits laitiers ont enregistré un recul des flux importés.

En revanche, la valeur des importations a fortement diminué, s’établissant à 483 millions d’€, soit -14% sur un an. L’analyse du prix moyen par unité importée met en évidence cette perte de valeur : les yaourts passent de 2 550 €/t à 1 868 €/t, le beurre de 7 560 €/t à 5 659 €/t et les fromages de 5 975 €/t à 5 377 €/t.

Cette évolution se traduit par un solde commercial en amélioration, qui a atteint 232 millions d’€ en janvier 2026, en hausse de 28% par rapport à janvier 2025, après une année 2025 marquée par des importations massives.

Forte dynamique des achats des ménages français début 2026

Sur ce début d’année, les achats de produits laitiers par les ménages français affichent une très belle dynamique. Après une progression modeste des ventes en magasins généralistes en 2025 (+0,18% /2024 en équivalent lait), les deux premières périodes de 2026 confirment un rebond marqué : +1,9% pour la période 1 (P1) et +1,6% pour la période 2 (P2) sur un an.

Toutes les catégories de produits laitiers enregistrent des hausses, à l’exception des desserts lactés frais, toujours en retrait. Même le lait conditionné retrouve une légère progression en période 2 (+0,5% /2025). Les yaourts connaissent une évolution particulièrement dynamique (+5,2% en P2), portée notamment par les versions allégées et hyper-protéinées, très prisées par les consommateurs (+35,8% /2025). La crème poursuit également sa bonne performance (+3,1%), soutenue par les crèmes fraîches et UHT légères et extra-légères. Les fromages restent en progression (+2,3%), tirés par les pâtes pressées cuites (+2,7%) et les pâtes fraîches salées type mozzarella (+10%). Les fromages frais progressent de 2,1%, notamment grâce aux fromages blancs (+3,8%). Enfin, le beurre affiche également une belle dynamique (+1,7%).

Du côté des prix en magasin, la hausse moyenne s’établit à +1,2 % sur un an pour l’ensemble des produits laitiers en P2. Les augmentations sont un peu plus marquées pour le beurre (+1,9%) et les yaourts (+3,1%).

Les marques de distributeur (MDD) continuent à gagner du terrain. Alors que les ventes en volume de marques nationales reculent sur les deux premières périodes (à l’exception de la crème en légère hausse +1,2% /2025), les MDD affichent des progressions comprises entre +4 et +5% pour le beurre, la crème, l’ultra-frais et les fromages, et +0,9% pour le lait conditionné.