Collecte laitière

Production laitière toujours élevée dans les principaux bassins

Rien de neuf côté production, les quantités de lait produites dans les principaux bassins exportateurs étaient toujours orientées à la hausse. Malgré l’afflux d’offre généralisé, les dynamiques d’évolution des prix à la production ont commencé à diverger.

Rien de neuf : production à la hausse chez les principaux exportateurs

En mars 2026, la production de lait chez les sept premiers exportateurs mondiaux (Argentine, Australie, Biélorussie, États-Unis, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et UE) était orientée à la hausse sur un an pour le 20ème mois consécutif. Après être temporairement passé sous le million de tonnes en février 2026, mois qui ne compte que 28 jours, le niveau de progression est repassé au-dessus de ce niveau en mars. Le rythme de hausse reste donc soutenu avec près de 1,04 Mt supplémentaires sur un an (+3,8% /2025).

Tous les bassins de production sont concernés par la hausse, même l’Australie qui reste pourtant affectée par une crise structurelle. En mars 2026, les augmentations de production sur un an restaient variables mais globalement soutenues :

  • +535 000 t pour l’UE-27 à 13,39 millions de tonnes (+4,2% /2025) ;
  • +211 000 t pour les États-Unis à 9,25 millions de tonnes (+2,3%) ;
  • +171 000 t pour la Nouvelle-Zélande à 1,94 million de tonnes (+9,8%) ;
  • +56 000 t pour l’Argentine à 821 000 tonnes (+7,3%) ;
  • +30 000 t pour le Royaume-Uni à 1,44 million de tonnes (+2,1%) ;
  • +17 000 t pour l’Australie à 631 000 tonnes (+2,8%) ;
  • +15 000 t pour la Biélorussie à 794 000 tonnes (+1,9%).

Cet afflux d’offre laitière se traduit notamment par le rebond des flux de produits laitiers depuis les principaux bassins exportateurs. Sur le premier trimestre 2026, les données agrégées -hors Biélorussie, qui ne publie pas ses données douanières- font état de progressions des envois sur les principaux produits laitiers :

  • +21% pour le beurre et le butter-oil, à 278 000 tonnes ;
  • +10% pour les poudres grasses, à 541 000 tonnes ;
  • +5% pour les fromages, à 741 000 tonnes ;
  • +5% pour la poudre maigre, à 577 000 tonnes.

Une exception néanmoins, les envois de poudre de lactosérum étaient stables sur un an, à 354 000 tonnes.

Les membres de l’UE continuent de produire

Comparé aux mêmes mois des années précédentes, la collecte laitière dans l’Union européenne continue de battre des records depuis le mois d’avril 2025. En cumul sur le premier trimestre 2026, près de 37,07 millions de tonnes de lait ont été collectés dans l’UE-27, un nouveau record absolu (+1,59 Mt ou +4,5% /2025). C’est bien plus que le précédent record datant de 2024 (+1,35 Mt ou +3,8%).

Une large majorité des principaux producteurs de lait de l’UE ont plus produit en 2026. Sur le premier trimestre 2026, c’est le cas de l’Allemagne (+6,7% /2025 à 8,21 Mt), de la France (+5,9% à 6,37 Mt), des Pays-Bas (+5,8% à 3,61 Mt), de l’Italie (+3,1% à 2,28 Mt), de la Pologne (+3,1% à 3,51 Mt), du Danemark (+1,8% à 1,42 Mt) ou de l’Irlande (+1,6% à 1,37 Mt). Mais cette dernière avait vu sa collecte légèrement reculer sur un an en mars 2026 (-0,6% /2025 à 841 000 t).

Ces niveaux de production perdurent alors que les conditions de marché ont évolué, avec le recul des prix du lait à la production dans toute l’UE. Côté commerce avec les pays tiers, les performances de l’UE restaient mitigées en volume selon les produits. Sur le premier trimestre 2026, les envois étaient en hausse pour :

  • le beurre et le butter-oil, à 73 000 tonnes (+30% /2025) ;
  • la poudre maigre, à 197 000 tonnes (+6%) ;
  • les fromages, à 336 000 tonnes (+1%).

Ils étaient cependant en baisse sur un an pour :

  • la poudre de lactosérum, à 171 000 tonnes (-5%) ;
  • les poudres grasses, à 38 000 tonnes (-19%).

L’offre importante a pesé sur les prix, mais ceux-ci divergent désormais

La progression des disponibilités sur les marchés mondiaux a fait pression sur les prix du lait à la production. Mais cette baisse n’est désormais plus généralisée. Le rebond des cours des commodités en début d’année reste encore effectif pour la protéine laitière et participe désormais au soutien des prix du lait à la production en Nouvelle-Zélande comme aux États-Unis. En mars 2026, les évolutions du prix du lait étaient donc variables :

  • 449 €/1 000 l en France (-6% /janvier 2026 et -10% /mars 2025) ;
  • 387 €/1 000 l aux États-Unis (+14% /janvier 2026 et -16% /mars 2025) ;
  • 384 €/1 000 l en Nouvelle-Zélande (+4% /janvier 2026 et -7% /mars 2025).

Dans l’UE, les prix à la production ont également divergé depuis le début de l’année. Le mode de formation du prix comme le mix-produit des entreprises ont été déterminants. Mais les prix ont été globalement sous pression en mars 2026. Si les prix pratiqués par les entreprises irlandaises comme Tirlàn ou Dairygold, centrées sur la production de commodités laitières et l’export, se sont brièvement redressés, ils étaient globalement à la baisse sur un mois. La baisse des prix a été jusqu’ici continue pour une majorité des autres entreprises européennes.

Essoufflement de la collecte et tensions sur les marges

Après un début d’année marqué par un net redressement de la collecte laitière, la dynamique semble ralentir au printemps 2026. Dans le même temps, la baisse du prix du lait et la remontée de certaines charges pèsent sur les marges des éleveurs.

Ralentissement de la collecte au printemps

En mars 2026, la collecte laitière française a poursuivi un net redressement (+5,3% /mars 2025). Selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, la collecte se tasserait en avril, avec une hausse sur un an estimée à environ 0,5%. La dynamique printanière apparait moins soutenue qu’habituellement et depuis la mi-avril, une baisse des volumes collectés est même observée.

Des facteurs expliquent ce ralentissement, après une phase de forte progression engagée depuis août 2025. La FCO, qui a fortement touché le Grand Ouest l’été dernier, a notamment entraîné des problèmes de fertilité dans les troupeaux. Ces difficultés se traduisent aujourd’hui par des décalages de vêlages de deux à trois mois. En mars et avril, de fortes baisses des naissances sont ainsi observées en Bretagne et en Pays de la Loire, et de manière plus modérée en Normandie. En conséquence, le recul de la collecte en avril serait particulièrement marqué en Bretagne (-3,3% /2025) et en Pays de la Loire (-1,8%), tandis qu’il resterait plus limité en Normandie (-0,4%).

Les conditions climatiques ont également pesé sur la dynamique de production. Le mois d’avril, particulièrement chaud et sec, a freiné la pousse de l’herbe et limité le potentiel de production laitière. Les importantes précipitations enregistrées en mai, associées à une remontée des températures en fin de mois, devraient toutefois permettre une reprise de la croissance de l’herbe.

Dans ce contexte, un recul de la collecte est attendu en mai, alors qu’il s’agit habituellement du pic saisonnier de production. À l’inverse, des volumes plus importants pourraient être observés en juin, juillet et août, en lien avec le décalage des vêlages.

La forte progression de la collecte observée au premier trimestre 2026 intervient pourtant dans un contexte de contraction structurelle du cheptel laitier (-2,7% mars 2026 /mars 2025). Elle continue de s’expliquer par un gain marqué de la productivité des vaches, soutenu encore par des coûts d’alimentation contenus, la bonne qualité des fourrages récoltés en 2025 et la montée en puissance de la robotisation dans les élevages.

L’accroissement de la productivité laitière s’est encore accéléré sur le 1er trimestre 2026. Le rendement apparent était de 595 l/VL/mois au 1er trimestre 2025, il a grimpé à 645 l /VL/mois au 1er trimestre 2026 soit une progression de 8,6%. Pour rappel, il avait progressé de 3,7% en 2025 / 2024.

Prix du lait sous pression depuis l’automne 2025

Depuis octobre dernier, le prix du lait en France s’inscrit dans une tendance baissière. En mars 2026 pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix s’est établi à 435 €/1 000 litres, passant largement sous son niveau de mars 2025 (-49 €). Le prix du lait a perdu 62€ depuis septembre 2025.

Selon l’observatoire de l’Eleveur Laitier, le prix standard poursuivrait son repli en avril (estimé à -52 € /avril 2025) et en mai (-53 €/mai 2025).

Des charges en hausse qui pèsent sur la marge des élevages laitiers

Du côté des charges, l’IPAMPA lait de vache (qui représente 58% des coûts de production en zone de plaine), a nettement augmenté en mars 2026 d’un mois sur l’autre (+4,2%) et a progressé de 2,6% /mars 2025. Sur un an, le recul est toujours marqué pour le poste aliment acheté (-6,3% /2025) mais se trouve en nette hausse pour l’énergie (+35,1%) et pour les engrais (+13,8%). Dans l’ensemble, les charges courantes ont progressé de 2,9% sur un an tandis que les biens d’investissement se sont renchéris de 1,2%. Le conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février dernier, a provoqué une flambée des cours de l’énergie et des intrants azotés, contribuant à cette remontée des charges.

Dans ce contexte,la marge MILC poursuit son érosion. Estimée à 201 €/1 000 l en mars dernier, elle connaît son cinquième mois consécutif de recul, perdant 21€ sur un mois. Ce repli résulte de la combinaison d’une baisse du prix du lait, d’une augmentation des prix des produits issus de la vente des animaux et d’une hausse des charges.

Sur un an, le recul de la MILC a atteint 28€/1000 l. Cette évolution s’explique par la hausse des charges (+9€) et le recul du produit lait (-49€) plus important que la progression des coproduits viande (+30€).

À noter, les charges considérées dans la marge MILC se basent sur l’IPAMPA lait de vache qui ne couvre pas l’ensemble des charges des exploitations. D’autres charges comme les coûts salariaux, les coûts des travaux par tiers ou les frais financiers qui ne sont pas prises en compte dans l’IPAMPA, restent en hausse par rapport à début 2025. Par ailleurs, les investissements en élevages laitiers ont été importants ces dernières années, notamment en robotisation, et l’évolution de la part croissante des investissements n’est pas prise en compte dans le calcul, l’indice IPAMPA étant établi sur la base 2020.

Des fabrications orientées vers les commodités et l’ultra frais

En mars, dans la continuité des mois précédents, les fabrications françaises de produits laitiers se sont principalement orientées vers le beurre, la poudre maigre mais aussi les fromages. Face à l’afflux de collecte, les volumes supplémentaires ont été dirigés vers ces produits dits de « commodités », plus facilement stockables et exportables. Ainsi, en mars, les fabrications de poudre maigre ont bondi de 14% /2025, tout comme celles de beurre tandis que la production de fromages a augmenté de 6%.

À noter également une dynamique soutenue de l’ultra-frais, avec des fabrications en hausse de 8%, portées par des achats des ménages particulièrement actifs sur ce segment.