Malgré des disponibilités en lait importantes et des fabrications plutôt soutenues, les prix des ingrédients laitiers et des fromages échangés sur les marchés mondiaux se sont redressés alors que les conflits au Moyen-Orient ont soulevé des incertitudes.
Hausse des fabrications
L’afflux mondial de lait toujours important a entraîné, dans les principaux pays exportateurs, la hausse des fabrications de produits de commodités comme la poudre maigre et le beurre, plus facilement stockables et exportables.
Dans l’UE à 27, les fabrications de beurre et de poudre maigre ont démarré l’année 2026 sur les mêmes niveaux qu’à la fin de l’année 2025. En janvier 2026, les fabrications de beurre avaient augmenté de 8% sur un an et celles de poudre maigre de 25%. Même tendance en cumul sur trois mois (novembre 2025 à janvier 2026) : +10% pour le beurre et +19% pour la poudre maigre.

L’offre aux États-Unis a également progressé en début d’année dans le sillage d’une collecte toujours dynamique. Sur janvier-février 2026, les fabrications de produits laitiers étaient en hausse dans le pays, notamment pour les fromages (+4% /2025), la poudre de lactosérum (+10%) mais aussi pour le beurre (+10%) et la poudre maigre (+5%).

Les cours de la poudre maigre ont nettement progressé
Avec le retour d’acheteurs — estimant que les prix avaient atteint un point bas et que c’était le moment de procéder à des achats pour se couvrir sur les marchés — ainsi que du développement de conflits au Moyen-Orient, les cours des commodités laitières se sont redressés, en particulier ceux de la poudre maigre. L’incertitude a en outre encouragé certains opérateurs à sécuriser leurs approvisionnements sur les marchés mondiaux. En mars 2026, la cotation départ Nouvelle-Zélande a atteint 2 892 €/t, soit +18% en un mois et +7% /2025. Le rebond de la cotation départ USA a été également importante, à 3 334 €/t, soit +15% en un mois et +39% /2025.

La cotation en UE s’est également redressée, à 2 534 €/t, soit +10% en un mois et +1% /2025. En France, d’après ATLA, la cotation de la poudre maigre a suivi la même tendance malgré le repli récent. En semaine 15, elle atteignait 2 690 €/t, en hausse de 3% sur un mois et de 350 €/t ou de 15% sur un an.

Rebond plus modéré pour les cours du beurre
A l’instar de la poudre maigre, les cours du beurre ont également rebondi mais dans une moindre ampleur. En Océanie, le cours de beurre est orienté à la hausse depuis le début de 2026. En mars, il s’établissait à 5 902 €/t (+18% /février 2026 mais -16% /2025). Même constat aux États-Unis où la cotation est repassée au-dessus de la barre des 3 000 €/t. En mars 2026, elle atteignait 3 602 €/t (+12% /février 2026 mais -24% /2025).

Le rebond a été plus tardif et plus limité au sein de l’UE où la cotation du beurre s’établissait à 4 358 €/t en mars dernier (+4% /février 2026 mais -41% /2025) alors que les fabrications y ont nettement progressé.
D’après ATLA, la cotation en France du beurre sur le marché spot était plus stable. A 4 200 €/t en semaine 15, elle avait peu évolué en un mois mais était en baisse de 46% en un an, soit de 3 540 €/t.

Léger rebond des prix des fromages pour l’export
La tendance haussière concerne également les fromages ingrédients potentiellement destinés à l’export. Ainsi, la cotation du cheddar étasunien a progressé de 9% en un mois pour atteindre 2 974 €/t en mars 2026 (-11% /2025). Même constat pour le cheddar océanien qui s’est apprécié de 6% en un mois, à 3 914 €/t (-8% /2025). En UE, la hausse des cours des fromages destinés à l’export est plus limitée. Ainsi, le gouda en Allemagne, orienté notamment vers le grand export, cotait 3 330 €/t en mars, soit +3% en un mois, mais -10% en un an.

La demande sur le marché intra-européen restait cependant affectée par un déséquilibre offre/demande. Ainsi, l’emmental en Allemagne, principalement destiné au marché européen, cotait 5 700 €/t, soit une baisse de 1% en un mois et de 10% en un an.
Quelles perspectives ?
Alors que les six premières enchères de l’année 2026 au sein de la plateforme Global Dairy Trade étaient orientées à la hausse, la dernière enchère du 7 avril 2026 s’est soldée par une baisse des prix :
- Le prix du beurre avait perdu 10% depuis la dernière enchère, à 6 181 US$/t ;
- Le prix de la poudre maigre avait perdu 1%, à 3 381 €/t.

Il reste cependant difficile d’anticiper l’évolution des prix à court et moyen terme. Mais l’offre plutôt élevée rencontre désormais l’incertitude logistique et des coûts croissants liés notamment aux perturbations des expéditions de carburant via le détroit d’Ormuz, ce qui pourrait peser sur la demande.
D’après les dernières prévisions de la Rabobank, l’instabilité géopolitique persistante, y compris les tensions impliquant l’Iran, l’Ukraine et d’autres régions, ont perturbé les équilibres du marché mondial. Les récents signes de stabilisation ou de reprise restent fragiles et pourraient être provisoires. La vigueur de l’offre de lait devrait continuer de peser sur les prix mondiaux des produits laitiers. La croissance de la production devrait ralentir en cours d’année 2026.
