Un redressement de la collecte sous tension

Portée par des rendements en nette progression, la collecte laitière française a clôturé l’année 2025 sur un rebond marqué. Cet afflux soudain de lait a été valorisé en produits de commodité et s’accompagne d’un recul du prix du lait payé aux éleveurs.

Reprise soutenue de la collecte en 2025

En décembre 2025, la collecte laitière française a confirmé son net redressement (+7,3% /déc. 2024). Après un 1er trimestre en retrait, la dynamique s’est progressivement inversée. Sur l’ensemble de l’année 2025, la hausse de collecte a atteint 2,2% /2024. Et, selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, cette tendance se serait prolongée en janvier, avec une progression sur un an estimée à près de 5%.

En région, la progression de la collecte est quasi généralisée à l’exception du Grand Est (-2% /2024). Les hausses ont été particulièrement fortes en Auvergne-Rhône-Alpes (+4,3%), en Bretagne (+3,9%) et en Normandie (+2,6%). Avec 5,46 milliards de litres livrés, la Bretagne demeure la première région laitière française.

En parallèle,le cheptel laitier a poursuivi son repli. En décembre, il comptait 3,22 millions de têtes, en baisse de 2,5% sur un an, soit 83 500 vaches laitières de moins.

Malgré cette contraction marquée, la collecte a fortement rebondi grâce à une nette amélioration du rendement laitier. En 2025, le rendement laitier a progressé de 4,7% /2024 après une hausse déjà soutenue de 2,8% l’année précédente. Cette amélioration concerne l’ensemble des régions françaises, avec toutefois des écarts notables. La progression est restée limitée dans le Grand Est (+1,4%), région particulièrement touchée par la FCO, tandis qu’elle a été très dynamique en Bretagne (+6,7%), en Occitanie (+7,4%) et en Auvergne-Rhône-Alpes (+5,9%). Plusieurs facteurs ont convergé en 2025 pour soutenir la production laitière. Des conditions climatiques clémentes ont permis de produire des fourrages à base d’herbe et de maïs ensilage alliant quantité et très bonne qualité. Dans le même temps, le niveau du prix du lait payé aux éleveurs a incité à garder les vaches laitières. La robotisation de la traite s’est accélérée, couplée à une distribution plus importante de concentrés favorisée par des coûts d’aliments compétitifs. Cette conjoncture porteuse a même conduit certains exploitants à différer leur départ à la retraite afin de prolonger leur activité.

L’horizon à court terme reste favorable grâce aux bons stocks fourragers disponibles, conjugués à un coût de l’aliment qui devrait rester maîtrisé dans les prochains mois. Cependant, la vigilance est de mise pour la suite de l’année 2026. Le recul du prix du lait pourrait progressivement infléchir la dynamique de collecte. Par ailleurs, les conséquences de la FCO, qui a touché le Grand Ouest l’été dernier, restent difficiles à évaluer. Les décalages de vêlages pourraient ainsi perturber le pic printanier et la production estivale.

Inflexion du prix du lait

Depuis octobre dernier, le prix du lait en France a entamé un recul. En décembre, pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix s’est établi à 477 €/1 000 litres, passant légèrement sous son niveau de décembre 2024 (-2 €). Le prix réel a, pour sa part, atteint 515 €/1 000 litres, en hausse de 1€ sur un an. Sur l’année 2025, le prix moyen du lait standard ressort à 486 €/1 000 l, soit 25€ de plus qu’en 2024.

Selon l’observatoire de l’Éleveur Laitier, le prix standard poursuivrait son repli. Une baisse de 10 à 15 € est attendue pour janvier, suivie d’un repli équivalent en février. Les éleveurs pourraient percevoir 20 à 30 € de moins qu’à la même période l’an passé.

Ce retournement de tendance s’explique par la dynamique de production particulièrement vigoureuse. Le net rebond de la collecte, tant dans l’Hexagone qu’à l’échelle mondiale, exerce une pression baissière sur les cours. Cette accélération de la production durant le second semestre 2025, largement inattendue, a généré un afflux de lait qu’il a fallu absorber. Et la dynamique de production demeure soutenue en ce début d’année, prolongeant les tensions sur les débouchés.

Face à cette offre abondante, la demande française montre toutefois des signes de résilience. Si la consommation des ménages français est restée stable en 2025, elle affiche une hausse de +1,8% en équivalent lait sur le début de l’année 2026 (P1 du 29/12/2025 au 25/01/2026). Parallèlement, après une longue période de repli, les exportations françaises de produits laitiers ont retrouvé de la vigueur lors du dernier quadrimestre 2025 (voir l’article sur le commerce extérieur).

Les charges en élevages, d’après l’IPAMPA lait de vache (qui représente 58% des coûts de production en zone de plaine), ont légèrement reflué en décembre 2025 d’un mois sur l’autre (-1,1%) et ont diminué de 2,4% /déc. 2024. Sur un an le recul est toujours marqué pour le poste aliment acheté (-7% /2024), pour l’énergie (-13%) mais en hausse soutenue pour les engrais (+12,7%). Sur l’ensemble de l’année 2025, l’IPAMPA lait de vache a affiché un repli moyen de 1,9% /2024. Les charges courantes ont diminué de 2,6%, tirées par la baisse des dépenses en alimentation (-5,7%) et en énergie (-10,5%), tandis que les engrais ont enregistré une hausse significative (+7,5%). Les biens d’investissement, en revanche, ont progressé légèrement sur l’année (+0,8%).

La marge MILC, estimée à 250 €/1 000 l en décembre, a enregistré un repli de 6€ en un mois sous l’effet conjugué d’une baisse du prix du lait, d’une diminution des prix des produits issus de la vente des animaux et d’une baisse des charges. En revanche, sur un an, la MILC a augmenté de 38€/1000 l. Le produit lait a baissé de 4 €, les coproduits viande ont augmenté de 34€, tandis que les charges se sont réduites (-9€).

Cap sur les commodités

En décembre, comme au cours des derniers mois, les fabrications françaises de produits laitiers se sont principalement orientées vers le beurre, la poudre maigre et les fromages. En période d’excédent, les volumes supplémentaires sont en effet mécaniquement dirigés vers ces produits dits de « commodités », plus facilement stockables et exportables. Ainsi, en décembre, les fabrications de poudre maigre ont bondi de 23% /2024, celles de beurre de 17% et celles de fromages de 7%. Ces volumes ont très largement été exportés, achetés notamment par les traders et négoces.