La collecte laitière française s’est redressée au printemps, soutenue par une météo favorable et des prix d’aliments plus accessibles. Mais les fortes chaleurs et la sécheresse de l’été pèsent déjà sur les volumes et alimentent des inquiétudes particulièrement en lait bio. A cela s’ajoute une forte pression sanitaire.
Un été sous tension pour la production laitière
En mai 2025, la collecte laitière française a confirmé son redressement (+1,8% /mai 2024, estimation au 25/06 source Eurostat d’après FranceAgriMer). Et, selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, le mois de juin aurait été marqué par une quasi-stabilité des volumes collectés.

Le début d’année a été difficile, impacté par les maladies sanitaires, en particulier la fièvre catarrhale ovine (FCO) qui a fortement affecté la productivité des troupeaux dans l’Est et le Nord du pays. En revanche, le printemps 2025 s’est montré plus clément. Les conditions météorologiques ont permis une mise à l’herbe de qualité, favorisant le retour de la production. Cette dynamique a été portée par des prix d’aliments plus accessibles, encourageant les éleveurs à soutenir la production.
Depuis la mi-juin, la France est confrontée à une vague de chaleur intense et à une sécheresse marquée, qui compromettent fortement la pousse de l’herbe et la productivité des vaches laitières. Les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer font état de reculs significatifs de la collecte, à l’exception notable de la Normandie et de la Bretagne, jusqu’ici relativement épargnées. L’été s’avère donc perturbé avec des prairies souvent desséchées, un pâturage parfois interrompu, et un recours accru à la complémentation, à l’auge ou directement au champ. À ce stade, les fourrages d’herbe récoltés en 2025 sont jugés de bonne qualité, mais l’inquiétude grandit pour les futurs ensilages de maïs. Un autre point de vigilance sanitaire se profile: la progression du nombre de cas de FCO, notamment dans les Pays de la Loire, le Morbihan et le Finistère. À cela s’ajoute l’apparition de cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) en Savoie, une situation qui suscite une attention particulière compte tenu des risques de propagation dans les troupeaux et un abattage total des troupeaux dès le premier cas confirmé positif.
Des inquiétudes pour le lait bio
En mai 2025, la collecte de lait biologique a poursuivi son recul mais à un rythme plus modéré (-2% /mai 2024), une tendance similaire à celle observée en avril. Ce léger mieux s’explique notamment par une mise à l’herbe qui s’est déroulée dans de bonnes conditions au printemps, contrairement à l’an dernier.
Cependant, les perspectives pour les mois à venir suscitent des inquiétudes. Les épisodes de canicule sévère et de sécheresse compromettent fortement la pousse de l’herbe et les ressources fourragères. De nombreux éleveurs redoutent un manque de fourrages pour l’automne et l’hiver prochains. L’achat de fourrages est compliqué par le manque d’offre et des prix des aliments prohibitifs. Dans ce contexte tendu, le risque de déconversion vers le conventionnel est fort, d’autant que la conjoncture y est actuellement plus favorable.

Le prix du lait reste ferme
En France, le prix du lait reste à un niveau soutenu. Pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix a atteint 483 €/1 000 litres en mai 2025. Ce prix, stable depuis le début de l’année, est supérieur de 34€ à celui de mai 2024.
La bonne tenue du prix du lait devrait se maintenir dans les mois à venir, portée par une collecte toujours contrainte et une demande intérieure bien orientée.

Ailleurs en Europe, les prix demeurent supérieurs à ceux observés en France. C’est le cas en Allemagne où le prix du lait conventionnel standard affichait en mai 2025 un écart favorable de 55€/1000 litres par rapport au prix français.

Les charges en élevages, d’après l’IPAMPA lait de vache (qui représente 50% des coûts de production), ont reculé en mai 2025 d’un mois sur l’autre (-0,6%) et ont diminué de 2,3% / mai 2024. Sur un an, le recul est marqué pour le poste aliment acheté (-3,8% /2025) et pour l’énergie (-15,9%) mais l’indice des engrais est en hausse (+5,3%). La plupart des charges incluses dans l’IPAMPA sont en recul, à l’exception des frais vétérinaires, des dépenses liées à l’entretien du matériel et des bâtiments, ainsi que des frais généraux.

La marge MILC, estimée à 239 €/1 000 l en mai, a progressé de 5€ en un mois sous l’effet d’une baisse du produit lait, d’une forte augmentation du produit de la vente des animaux et d’un recul des charges. La MILC a augmenté de 73€/1000 l sur un an. Le produit lait a progressé de 32€, les coproduits viande ont augmenté de 32€, tandis que les charges se sont réduites (-9€).
Les fabrications s’ajustent au regain de collecte
Dans le sillage du rebond de la collecte observé en avril et mai, les fabrications ont été dynamiques en beurre (+7% en mai 2025 /mai 2024), en poudre maigre (+4%), en poudres conditionnées (+7%, essentiellement des laits infantiles) et dans une moindre mesure en crème conditionnée (+1%). Elles sont restées stables en fromages et ont légèrement diminué en yaourts (-1%). En revanche, les fabrications de lait conditionné restent en net recul (-7%), en lien avec une consommation toujours orientée à la baisse.

