Les prix des laines britanniques et irlandaises ont bondi d’une année sur l’autre sur les neuf premiers mois de 2025. La hausse est plus modérée pour la laine française tandis que le prix de la laine australienne, bien mieux rémunérée à l’export, est en légère baisse.
Déclin progressif de l’industrie de la laine
Avec l’introduction de nombreux matériaux manufacturés et des fibres synthétiques pour l’habillement et l’ameublement, la valeur de la laine en France comme ailleurs (notamment au Royaume-Uni et en Irlande) a chuté dans les années 70. Depuis, la plupart des laines françaises de qualité (Mérinos) sont exportées, comme l’étaient déjà celles de moindre qualité.
Cette industrie, autrefois lucrative, a continué de décliner jusqu’à nos jours. En France, le prix de la laine récoltée ne permet pas de couvrir les coûts de la tonte, estimés autour de 2 €/brebis pour près de 2 kg de laine récoltés. La problématique se retrouve en Irlande et au Royaume-Uni et de nombreux éleveurs préfèrent alors stocker les toisons plutôt que de percevoir ces faibles montants.
Cette mauvaise valorisation de la laine n’encourage pas les éleveurs à faire l’effort de soigner les toisons ni même de les trier soigneusement lors de la tonte, ce qui fait encore baisser le prix des lots vendus, très hétérogènes. Cela créé un cercle vicieux.
De plus, la baisse de l’utilisation des infrastructures pour laver et traiter la laine a provoqué la fermeture de la grande majorité d’entre elles, rendant la valorisation de la laine d’autant plus complexe et coûteuse.
L’Australie domine le marché de la laine à l’export
L’Australie reste le pays dominant en matière d’export de la laine, et celle-ci est bien mieux valorisée vers la Chine, de loin le 1er acheteur mondial, que la laine française : les lots sont notamment plus homogènes et comportent moins de défauts. Mais la différence de prix s’explique aussi et surtout par le fait qu’une bien plus grosse part de la laine australienne est fine donc plus chère que la française, majoritairement grossière. Une bonne partie du cheptel australien, constituée de brebis de race Mérinos, est encore tournée vers la production de laine.

En 2024, la France se classe en 12ème position parmi les exportateurs mondiaux de laine, le Royaume-Uni est 6ème et l’Irlande 20ème. L’Australie est loin devant.
Une laine française surtout « grossière »
En France, les laines de qualité supérieure (type Mérinos, 20 à 26 microns), les plus adaptées à la filière textile, représentent moins de 5% de la production (Beudou et Desormeaux, 2024). Une grosse partie du débouché de la laine française, qui a du « gonflant » est donc orientée vers le rembourrage de matelas. En France, nombre d’industriels continuent de travailler de la laine étrangère (notamment néozélandaise), dont les lots sont plus homogènes, et moins chers.
Les exports français de laine se replient en volume en 2025
Concernant l’export, 1er débouché de la laine française quand elle en trouve un, la France exporte majoritairement de la laine de tonte en suint, c’est-à-dire brute, non lavée. C’est aussi la catégorie de laine majoritairement exportée par l’Irlande et l’Australie, tandis que le Royaume-Uni exporte surtout des laines de tonte dégraissées.
Les exports français de laine en suint (brute, non lavée, catégorie de laine très majoritairement exportée par la France, l’Irlande et l’Australie) ont nettement progressé de 2021 à 2024 mais repartaient à la baisse en 2025, de 17% en volume et de 15% en valeur (voir le graphique ci-dessous).

Mais le prix de la laine française exportée progresse légèrement
En septembre 2025, la laine de tonte en suint australienne exportée valait en moyenne 5,05 €/kg contre 1,0 €/kg pour la laine française, 1,02 €/kg pour l’irlandaise et 1,42 €/kg pour la britannique, selon les douanes.
Le prix moyen pondéré (PMP) de la laine, qui prend en compte le poids de chacune des différentes catégories de laine dans les volumes exportés et leur prix (ce qui permet de comparer le Royaume-Uni aux autres exportateurs) a dernièrement évolué favorablement en Europe. Le PMP de la laine britannique exportée a bondi de 15% sur 9 mois en 2025 /2024. Côté Irlande, le bond est de 16%, contre +7% en France. Il était en légère baisse en Australie sur la même période (-3%) mais restait bien plus élevé qu’en Europe.

Début octobre, le directeur des opérations de British Wool, au Royaume-Uni, a déclaré dans une interview accordée à la BBC que des fabricants du monde entier, notamment chinois, les sollicitent et que cette tendance à la hausse des prix se poursuit. Le déclin mondial du cheptel ovin associé à l’adoption de la laine par les consommateurs soucieux de l’environnement, expliquerait ce regain de demande à l’origine de la reprise des prix, à condition que la qualité de laine réponde aux attentes des acheteurs.
