Recul marqué du lait bio en France face à des tendances divergentes en Europe

La collecte de lait bio en France continue de connaître un recul prononcé en ce début d'année. Ailleurs en Europe, les évolutions sont contrastées.

Une collecte de lait bio en repli en France

En janvier, la collecte française de lait bio a chuté de 8,6% /janvier 2024, poursuivant une tendance baissière pour la troisième année consécutive. Ce recul, particulièrement marqué, s’observe dans toutes les régions, avec un impact encore plus prononcé dans celles touchées par la fièvre catarrhale ovine (FCO). Les Hauts-de-France enregistrent une baisse spectaculaire de 19,0% en janvier, suivis de la Bourgogne-Franche-Comté (-16,6%) et du Grand Est (-15,1%). Même dans les principales régions productrices de lait bio, la tendance est fortement négative, avec des replis allant de -5,0% en Pays de la Loire à -8,5% en Normandie. Au-delà des effets de la FCO sur la productivité des vaches, la moins bonne qualité des fourrages récoltés en 2024 en comparaison de 2023 ainsi que la distribution limitée de concentrés en raison de leurs coûts élevés expliquent les moindres performances laitières. Par ailleurs, le nombre d’arrêts de certifications s’est accru ces derniers mois, entraînant une chute du nombre de livreurs de lait bio : en janvier, ils n’étaient plus que 3 700 (-6,1% /janvier 2024).

Le marché du lait bio reste sous tension, affecté par des ventes aux ménages qui peinent à redécoller et par des écarts de prix réduits avec le lait conventionnel. Dans certaines zones, les incidents sanitaires touchant les troupeaux accentuent les difficultés et pèsent lourdement sur le moral des éleveurs.

En janvier, le prix moyen du lait bio 38/32 s’est établi à 515 €/1 000 l (+12€ /2024). L’écart avec le prix du lait conventionnel n’atteint pas 50 €/1 000 l.

En Europe, des évolutions contrastées pour le marché du lait bio

En Allemagne, la collecte de lait bio a poursuivi sa progression. Elle a atteint 1,41 million de tonnes en 2024, en hausse de 1,9% /2023. Depuis deux ans, elle dépasse désormais celle de la France, qui s’établissait à 1,22 million de tonnes en 2024. Aujourd’hui, 4,5% de la collecte allemande provient de la filière biologique. Les achats des ménages de lait conditionné bio ont connu une croissance soutenue après une période de rupture entre mi-2022 et mi-2023. En février 2025, ils représentaient 15,4% du volume total des achats de lait des ménages, un niveau jamais atteint auparavant. Après une forte augmentation des prix en magasin en 2022, ceux-ci ont nettement reculé, rendant le lait bio à nouveau plus attractif pour les consommateurs. En février 2025, le litre de lait bio à 1,5% de matière grasse était vendu à 1,14€, soit une baisse de 25 % par rapport aux niveaux observés mi-2022.

En Autriche, la collecte de lait bio est repartie à la hausse en 2024 (+4,7% /2023) après s’être légèrement contractée en 2022 et 2023. Elle a atteint 612 000 t et représente 18,1% de la collecte nationale. La consommation de produits laitiers biologique occupe une place significative mais a été perturbée par le contexte inflationniste en 2023. Le lait frais et le lait UHT bio ont représenté 28,3% en valeur du marché laitier, toutes catégories confondues. Selon l’AMA, en 2024, la part des produits biologiques dans les ventes en volume a légèrement progressé. Le lait biologique demeure particulièrement apprécié des consommateurs autrichiens, d’autant que l’écart de prix avec le lait conventionnel reste faible. En 2024, le lait frais biologique était seulement 7,3% plus cher que son équivalent conventionnel.

Au Danemark, la collecte de lait bio recule depuis 2022. Elle a atteint 635 000 t en 2024 (-8,7% /2023) et représente 11,2% de la collecte totale. Face à une demande en recul, des entreprises laitières majeures telles qu’Arla Foods ont cessé d’établir de nouveaux contrats pour la production biologique, incitant même les producteurs existants à revenir à la production conventionnelle pour ajuster l’offre.

En Italie, la collecte de lait bio est descendue à 213 000 t en 2024 (-9% /2023). Elle est en recul depuis 2022. Elle représente 1,6% de la collecte italienne. L’une des causes principales de ce recul réside dans des marges qui ne sont pas significativement supérieures à celles de la production conventionnelle. En conséquence, de plus en plus de producteurs abandonnent le bio au profit du conventionnel. Du côté de la consommation, le coût élevé des produits laitiers en général décourage les consommateurs, qui se tournent vers des alternatives moins coûteuses. Ce phénomène est d’autant plus marqué pour les produits laitiers biologiques. En 2024, les achats des ménages de produits laitiers bio ont continué à décliner : -5,9%/2023 en quantité pour le lait UHT, -5,6% pour le beurre, toutefois les yaourts ont enregistré une hausse (+3%).

En Grande Bretagne, la collecte a poursuivi sa tendance à la baisse en 2024 (-9% /2023), mais a montré des signes de reprise à partir de novembre. Parallèlement, la demande en magasin continue de se renforcer, avec une hausse des ventes de lait, de yaourts et de beurre. Les prix en magasin ont diminué, rendant ces produits biologiques plus accessibles aux consommateurs.