Alors que les conflits ne perdent pas en intensité, la météo s’est invitée cette fin de printemps 2026 avec des épisodes de chaleur intense et une sécheresse qui renforcent la volatilité des matières premières.
L’énergie toujours sous tension
L’accord signé le 17 juin entre les États-Unis et l’Iran avait ouvert une période de repli des cours des énergies. Mais la reprise des hostilités le 8 juillet a relancé les hausses et les cours sont, mi-juillet, autour de 90 $/Bbl. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent en temps normal environ 20% du pétrole et 30% du gaz naturel mondiaux, mais aussi 30 à 40% de l’urée et 20 à 30% de l’ammoniac échangés dans le monde, reste quasiment fermé.
Pour les filières agricoles et agroalimentaires, outre le prix du GNR, le transport et les emballages plastiques font augmenter les coûts de façon significative. Il y a une réelle inquiétude sur une nouvelle période d’inflation et d’incertitude économique et géopolitique. Pour en savoir plus, l’Institut de l’élevage a publié un article sur l’estimation des surcoût liés au conflit au Moyen-Orient. Pour le consulter, cliquez ici.
Le Brent brièvement sous 80 $ le baril, avant de repartir à la hausse en même temps que les hostilités
Les cours du pétrole sont soumis à une très forte volatilité depuis le début du conflit qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran. Après une première phase de forte hausse, ils sont un peu redescendus, sous les 100 $/Bbl à l’annonce le 8 avril d’un cessez-le-feu feu de 15 jours. Puis de nouveau mi-juin lorsque les belligérants étaient parvenus à un accord, en passant même sous 80 $/Bbl. La reprise des tirs de part et d’autre a fait remonter les cours qui varient fortement au sein d’une même journée et d’un jour à l’autre en fonction des négociations et des attaques de navires dans le détroit d’Ormuz. Le pétrole Brent (dit « brut de mer du Nord », le baril de référence en Europe) est ainsi passé de 72 $ le baril le 27 février à 120 $/Bbl le 9 mars, soit +64% et il frôle les 90 $/Bbl le 20 juillet.

Quant au gaz naturel, il est lui aussi fortement impacté. Le prix du gaz naturel liquéfié TTF (gaz néerlandais constituant un prix de référence européen) était à 39,9 €/MWh le 21 avril après un pic à 61,8 €/MWh le 19 mars. Le 20 juillet, il est à près de 60 €/MWh. La reprise des combats entre USA et Iran intervient alors que l’Europe est dans sa période de reconstitution des stocks, renforçant les tensions sur les prix.
Aide de 15 centimes par litre pour le GNR
Les cours du pétrole ont entrainé dans leur sillage les carburants. Le gazole non routier (GNR) en France a bondi jusqu’à 2,094 €/l TTC début avril, soit +79 cents par rapport à fin février, avant de redescendre à 1,8398 TTC mi-avril. Le 8 juillet, il était à 1,6261 €/l.

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé plusieurs mesures de soutien aux agriculteurs. En avril, les droits d’accise ont ainsi été exonérés, soit environ 3,86 centimes par litre, et de mai à août inclus, une prise en charge par l’État de 15 centimes par litre de GNR est mise en place.
Détente temporaire pour les engrais ?
Côté engrais azotés, dont la matière première est le gaz, les prix se sont envolés depuis fin février. Mais la situation est plus complexe. Ils avaient déjà connu des hausses liées à la mise en œuvre de la taxation des engrais russes depuis juillet 2025 puis du mécanisme d’ajustement du carbone aux frontières (MACF). Selon AgrIdées, ce dernier coûterait de 42 à 62 €/ha pour une exploitation type, soit un surcoût de 6 à 8 €/tonne de blé tendre. Sa mise en œuvre plusieurs fois reportée est effective depuis le 1er janvier 2026, et a conduit à des achats importants d’anticipation en décembre.
Ainsi, l’ammonitrate 33,5% départ usine était affiché à 501,25 €/t le 27 février et à 607,75 €/t le 13 avril, soit +106 €/t et +21% en un mois. Le 20 juillet, il était à 540,5 €/t. La détente récente est liée à l’attentisme des acheteurs face aux prix en hausse, à la reprise des exportations d’urée par la Chine et des annonces de l’Inde indiquant des besoins inférieurs aux prévisions.
Même si la guerre venait à cesser rapidement et que le passage des bateaux par le détroit d’Ormuz était de nouveau possible, la remise en fonction des sites pétroliers, gaziers et de production d’engrais pourrait prendre plusieurs semaines à plusieurs mois, sans compter la nécessaire réorganisation logistique. Les conséquences pourraient s’étendre aux semis et récoltes 2027.
Début juillet, la ministre de l’Agriculture a annoncé une enveloppe d’aide de 145 millions d’euros pour encourager l’achat d’engrais. Les exploitations d’élevage spécialisées seraient, à date, peu concernées par cette aide qui se déclencherait à partir de 30 t d’engrais achetés (aide minimale de 750 €).
Les céréales sous pression de la météo
Les cours des céréales ont peu réagi jusque fin avril, sous l’influence de fondamentaux lourds, et notamment d’une récolte mondiale importante. De plus, le Moyen-Orient n’est pas une région productrice ni exportatrice et les achats de la zone avaient été réalisés en début d’année. Le maïs, aussi utilisé pour la production de bioéthanol, a été toutefois plus volatil.

Le blé départ Eure-et-Loir était à 193 €/t début juillet, toujours sous les 200 €/t, mais tout de même +15% par rapport à mi-avril.
Le maïs départ Eure-et-Loir était lui à 247 €/t mi-juillet, soit +43% par rapport au début du conflit entre les USA et l’Iran.
Depuis plusieurs semaines, les alertes sur les conditions de culture, en France notamment, ont apporté une tension sur les cours. La récolte française de blé était quasiment terminée mi-juillet. Selon le site Céréobs de FranceAgriMer, « semaine 28 (du 07/07/2026 au 13/07/2026), les conditions de cultures bonnes et très bonnes sont stables, à 65% (69% en 2025). Les récoltes passent de 59% à 92% (66% en 2025 et 37% sur la moyenne 5 ans) ». Selon FranceAgriMer toujours, la production française de blé tendre atteindrait 32,0 millions de tonnes en 2026, en baisse de 4% par rapport à la campagne 2025. Par ailleurs, FAM précise que « durant la majeure partie de la campagne, les cultures se sont développées dans de meilleures conditions qu’en 2025, mais qui se sont dégradées en fin de cycle, avec les épisodes de canicule successifs ».
Quant aux maïs, ils ont subi trois épisodes de chaleur intense en six semaines, pour beaucoup en pleine floraison, venant amputer un potentiel de récolte déjà mis à mal par un recul des assolements de 20% /2025. Selon Céréobs, « semaine 28 (du 07/07/2026 au 13/07/2026), les conditions de cultures bonnes et très bonnes passent de 47% à 41% (72% en 2025) ».
Plus récemment, l’impossibilité pour la Russie d’exporter ses céréales depuis les ports de la mer d’Azov, avec la fermeture du détroit de Kertch ajoute de la volatilité aux céréales. Pour mémoire, les exportations de la Russie représentent entre 20 et 25% du blé exportés dans le monde chaque année.
Hausse modérée des tourteaux
Les prix des oléoprotéagineux suivent ceux du pétrole, de façon atténuée.
Le tourteau de soja départ Montoir était à 378 €/t mi-juillet, soit +10% par rapport à fin février. L’évolution est la même pour le tourteau de colza, départ Montoir, à 277 €/t.

Selon FranceAgriMer, « la production française de colza en 2026, évaluée à 4,6 Mt, serait équivalente à celle de 2025. La forte progression des surfaces cultivées (+12%) compenserait le recul du rendement. »
La production mondiale de soja pour la campagne 2026-2027 est estimée à 441 millions de tonnes par l’USDA, soit +3% /campagne 2025-2026. Des hausses de productions sont prévues aux États-Unis et au Brésil. Les achats de la Chine, avec des engagements importants en termes de volume vis-à-vis des USA, sont un des facteurs haussiers des cours du soja. Cet appétit de la Chine pour le soja vient s’ajouter aux tensions sur l’énergie pour faire monter les prix des tourteaux.
