Malgré des disponibilités en lait soutenues, les cotations de la poudre maigre se sont envolées, notamment aux États-Unis. Une tendance durable ?
Les cours de la poudre maigre encore en hausse en mai
En mai 2026, les cotations de la poudre de lait écrémé restaient orientées à la hausse sur les marchés mondiaux. C’était notamment le cas pour la cotation départ USA qui a connu la progression la plus impressionnante. Elle s’est en effet établie au niveau record de 4 255 €/t (+10% /avril 2026 et +81% /mai 2025), bien supérieur au précédent point haut de juin 2022 (+11%).

Les cours étaient également orientés à la hausse sur les autres marchés, mais restaient nettement en deçà des niveaux historiques de 2022. La cotation départ Nouvelle-Zélande a atteint 3 132 €/t, soit +2% en un mois et +19% en un an. La cotation en UE restait en retrait bien qu’en progression, à 2 799 €/t (+7% en un mois et +14% /2025).
Les facteurs de la hausse des cours aux États-Unis
En début d’année, les incertitudes sur les marchés mondiaux ont soutenu les prix des commodités laitières. Par ailleurs, la demande en protéines reste importante. Mais la hausse particulièrement impressionnante de la cotation de la poudre maigre aux États-Unis interroge.
Si la production étatsunienne de lait connaît un rythme de croissance important depuis de nombreux mois, les disponibilités demeurent insuffisantes. C’est en effet un manque d’offre en poudre maigre qui explique l’amélioration des prix. Deux principaux types de poudre maigre sont produits aux États-Unis : le non-fat dry milk (NDM) et la skim milk powder (SMP) : la SMP a une teneur minimale en protéines du lait de 34%, alors que le NFDM n’a pas de taux standard de protéines. Quoi qu’il en soit, outre le lactosérum et la poudre maigre, les protéines laitières sont également transformées en concentrés et isolats de protéines, en lait ultrafiltré à haute teneur en protéines ou encore en yaourts riches en protéines. La hausse des cours de la poudre maigre constatée depuis le début de 2026 aux États-Unis n’est pas liée à une explosion de la demande mais plutôt à une offre réduite de ce type de produits.
Malgré une augmentation de 3,6% de la production de matière sèche aux États-Unis sur les douze derniers mois, la production de poudre maigre est à un bas niveau. D’après la National Milk Producers Federation, une part croissante des protéines laitières est désormais utilisée pour fabriquer des produits à forte valeur ajoutée comme les concentrés et isolats de protéines de lactosérum (WPC80, WPI), le lait ultrafiltré, les yaourts hyper-protéinés ou le cottage cheese.

Traditionnellement, lorsque l’offre de lait dépassait les besoins de l’industrie fromagère, l’excédent était transformé en poudre de lait écrémé. Aujourd’hui, ce surplus est de plus en plus absorbé par les produits riches en protéines.
Le manque de disponibilité se traduit également par des performances limitées en termes d’export. Entre janvier et avril 2026, seulement 224 000 tonnes de poudre maigre ont été exportées (+6% /2025 mais -12% /2024 et -19% /2023).

Le marché de la poudre maigre dans le pays a également été perturbé par plusieurs épisodes de rappel de produits et de fermetures d’usines consécutifs à des contaminations par des salmonelles, réduisant ainsi les disponibilités sur le marché. En mars, au Texas, Lone Star Dairy Products LLC rappelait 800 tonnes de poudre maigre. En avril dernier, c’était au tour de l’entreprise California Dairies Inc. d’être concernée par un rappel d’envergure.
Depuis le début de l’année, le manque d’offre s’est notamment traduit par la hausse du prix du lait de classe IV (lait utilisé pour produire des commodités) qui s’est apprécié de 65% entre janvier et mai. Mais les moyennes mensuelles cachent un retournement de tendance aux États-Unis. Il semble que les disponibilités progressent désormais depuis plusieurs semaines. Et le prix moyen hebdomadaire de la poudre maigre est depuis orienté à la baisse soulignant un rebond de l’offre dans le pays. Ainsi, la cotation de la NFDM (non-fat dry milk) qui représente environ 70% de la poudre maigre produite aux États-Unis, s’est nettement repliée depuis la deuxième quinzaine du mois de mai. Entre la mi-mai et la mi-juin, la cotation avait reculé de 18%.

Vers un nouvel équilibre de prix sur les marchés mondiaux ?
Outre la baisse des cours observée récemment aux États-Unis, les enchères du mois de juin sur la poudre maigre sur la plateforme Global Dairy Trade étaient orientées à la baisse. Entre mi-mai et mi-juin, la poudre maigre a perdu 5% de sa valeur pour s’établir à 3 368 US$/t.

Même constat en France d’après ATLA, où la cotation hebdomadaire de la poudre maigre est orientée à la baisse depuis la semaine 22. En semaine 24, elle a atteint 2 820 €/t soit 5% de moins que le record de la semaine 21.

L’orientation à la baisse sera-t-elle généralisée et durable ? D’après les prévisions de la Rabobank publiée au début du mois de juin, le rebond généralisé des prix au premier semestre 2026 devrait être suivi par un rééquilibrage à la baisse au second semestre dans les principaux bassins. Cet ajustement devrait être plus important aux États-Unis. A moyen terme, les prix de la poudre maigre devraient rester plutôt soutenus, portés par la demande.

