Portée par des conditions favorables, la collecte laitière française a retrouvé un net dynamisme en 2025. Des pressions apparaissent sur le prix du lait payé aux éleveurs. Face aux excédents, les industriels augmentent leurs fabrications de beurre et de poudres stockables.
Une collecte relancée par des conditions favorables en 2025
En octobre 2025, la collecte laitière française a confirmé une nette dynamique de reprise (+6% /oct 2024). Après un 1er trimestre en retrait, la collecte nationale a opéré un rebond significatif. Sur 10 mois, la hausse a atteint 1,4% /2024. Selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, cette tendance se serait prolongée en novembre, avec une hausse estimée à 6%. Et la collecte devrait rester soutenue en décembre. Sur l’ensemble de l’année 2025, la collecte laitière est attendue en hausse de 2% /2024.
Cette embellie s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs favorables : un prix du lait incitatif, une très bonne qualité des fourrages, tant pâturés que récoltés en 2025, ainsi que la poursuite de la baisse des prix de l’aliment. Ces conditions ont encouragé les éleveurs à maintenir leurs troupeaux et à intensifier la production.

Depuis le mois de septembre, la hausse de collecte est observée dans l’ensemble des régions françaises y compris dans les territoires de l’Est et du Nord longtemps pénalisés par la FCO. Les décalages de vêlages induits par cette maladie ont contribué à la hausse récente de la production.
La pression sanitaire demeure élevée. La progression de la FCO dans le Grand Ouest depuis plusieurs mois, conjuguée au développement de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) dans plusieurs départements, suscite des inquiétudes. Si les effets sur la collecte restent à ce stade peu perceptibles, des effets pourraient se manifester à court terme, ainsi qu’à plus long terme, notamment en lien avec les troubles de la reproduction.
Le cheptel laitier poursuit son repli
Au 1er novembre 2025, le cheptel français de vaches laitières s’établissait à 3,225 millions de têtes. Il est toujours en net recul. En octobre, les entrées de génisses ont progressé de 2% /2024, tandis que le nombre de vaches réformées continuaient de reculer. Dans un contexte économique favorable à la production laitière, les éleveurs ont gardé leurs vaches.

Le prix du lait sous pression
En France, le prix du lait a légèrement progressé ces derniers mois se maintenant au-dessus de son niveau de 2024. En octobre, il a amorcé un léger repli. Pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix a atteint 494 €/1 000 litres. Ce prix reste supérieur de 21 € /oct 2024. Portée par l’amélioration des taux observée ces derniers mois, la rémunération réelle du lait a néanmoins continué de progresser. En octobre, le prix réel a ainsi atteint 532 €/1 000 litres, en hausse de 26 € sur un an.
D’après l’observatoire de l’Éleveur Laitier, le prix standard reculerait de nouveau en novembre (-10 € en moyenne par rapport à octobre 2025) et devrait poursuivre son repli en décembre (-7€ /nov. 2025). Le rebond marqué de la collecte exerce en effet une pression à la baisse sur les prix du lait, dans un contexte de consommation française des ménages stable et de repli des exportations.
À plus long terme, la chute des cours du beurre et dans une moindre mesure des poudres, observée depuis août, pourrait conduire à une baisse plus sensible des prix du lait en 2026. L’ampleur de ce recul reste toutefois incertaine. Elle dépendra étroitement des orientations de fabrications et des débouchés des laiteries, des modalités de calcul du prix du lait payé aux éleveurs, plus ou moins indexées sur les cours des commodités laitières, ainsi que de l’évolution de la production nationale, fortement exposée aux pressions sanitaires.

En Allemagne, le prix du lait a amorcé son repli depuis septembre, en lien avec l’évolution des prix des commodités laitières. Il se rapproche désormais du prix français.

Les charges en élevages, d’après l’IPAMPA lait de vache (qui représente 50% des coûts de production), sont restées stables en octobre 2025 d’un mois sur l’autre (-0,1%) et ont diminué de 1,7% /oct 2024. Sur un an le recul est toujours marqué pour le poste aliment acheté (-6,9% /2024), pour l’énergie (-8,4%) mais en hausse pour les engrais (+10%). La plupart des autres charges incluses dans l’IPAMPA sont en légère hausse.

La marge MILC, estimée à 280 €/1 000 l en octobre, a progressé de 4€ en un mois sous l’effet d’une hausse du produit lait, d’une stabilité du produit de la vente des animaux et d’une stabilité des charges. La MILC a augmenté de 82€/1000 l sur un an. Le produit lait a progressé de 26 €, les coproduits viande ont augmenté de 50 €, tandis que les charges se sont réduites (-6 €).
Hausse marquée des fabrications pilotée par des excédents de collecte
En octobre, les fabrications françaises de produits laitiers ont été en nette hausse, portées par une collecte particulièrement dynamique. Face à l’augmentation des volumes collectés et des taux, et dans un contexte de consommation intérieure stable et de recul des exportations, les industriels ont privilégié la production de beurre, de poudre maigre et de poudres conditionnées, des produits facilement stockables. Ces volumes excédentaires sont soit conservés en interne, soit vendus sur le marché à des traders.

