En 2025, l’offre diminue au sein de l’UE, au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande. Même l’Australie, qui a atteint des niveaux de production records en 2024, fléchit. Face à une demande mondiale qui semble rester dynamique, les prix de la viande ovine progressent ou restent a minima historiquement élevés.
Espagne : l’agneau espagnol est désormais très convoité et son prix explose
Le cours de l’agneau espagnol entrée abattoir était enregistré à 11,26 €/kg en semaine 49, il bondissait alors de 0,20 €/kg d’une semaine sur l’autre et restait 1,58 €/kg au-dessus de son niveau de 2024. La cotation augmente traditionnellement à l’approche des fêtes de fin d’année en Espagne et la hausse de novembre est particulièrement spectaculaire cette année : entre les semaines 45 et 48, elle a bondi de 1,10 €/kg. Cela se répercute sur les consommateurs et les prix de la viande ovine s’envolent en Espagne.

Mi-décembre 2025, le cours des agneaux légers espagnols, principalement destinés au marché intérieur, a gagné 23% sur un an, pour atteindre 12,39 €/kg.
La forte demande sur les marchés internationaux pour la viande espagnole, visiblement très appréciée, tire aussi les prix vers le haut : les acheteurs étrangers sont prêts à payer plus cher. Lors de nombreuses foires aux bestiaux, il serait désormais fréquent de voir des exploitants marocains ou des pays du Golfe acquérir une grande partie des ovins disponibles à des prix que les bouchers espagnols ne peuvent égaler. Il en résulte une pression accrue sur l’approvisionnement du marché intérieur en animaux.
L’inquiétude s’intensifie à l’approche de Noël, période où la consommation d’agneau augmente fortement. L’an dernier, l’agneau de lait coûtait environ 18 ou 19 euros le kilo ; cette année, il pourrait atteindre 25 euros.
La production de viande ovine espagnole a baissé de 1% d’une année sur l’autre sur dix mois 2025, totalisant 80 200 t. Près de 600 000 réformes ont été abattues, soit -1% /2024 et la baisse est plus forte en volume (-2%), du fait d’un poids moyen de carcasse en baisse, à 24,2 kgéc.

A l’inverse, les carcasses d’agneaux se sont alourdies, de 0,7 kgéc en moyenne sur les dix premiers mois de l’année, à 12,3 kgéc. Cet alourdissement est probablement en lien avec l’annulation des envois au Maroc pour la Fête du Sacrifice, des agneaux qui ont finalement été abattus en Espagne puis exportés en carcasses. 5,4 M d’agneaux ont été abattus, soit -6% /2025, tandis que les volumes abattus étaient stables.
Les exportations de viande ovine espagnole sont en hausse d’une année sur l’autre sur dix mois en 2025, de 10% /2024, à 41 000 téc. C’est 5% de plus que sur les cinq dernières années. On observe notamment un bond des envois vers l’Algérie (qui ont quasiment triplé, de 4 000 à 11 000 téc).

Contrairement aux années précédentes, les exportations d’ovins vivants ont enregistré un recul, notamment une baisse notable des livraisons vers d’importants marchés comme le Maroc. Les envois d’agneaux espagnols ont reculé de 30% d’une année sur l’autre, totalisant près de 851 000 têtes sur dix mois et les envois de réformes ont chuté de 35% /2024, à 94 000 têtes.
Royaume-Uni : les abattages décrochent au 2nd semestre
Après un creux en octobre, la cotation de l’agneau britannique s’est redressée et, en semaine 49, elle atteignait 8,11 €/kg soit +0,04 €/kg d’une semaine sur l’autre. Elle restait toutefois en légère baisse par rapport à 2024 (-0,23 €/kg).

D’après le Defra (Département de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales), après une hausse de 3% sur 7 mois, les abattages d’agneaux ont décroché : ils n’ont cessé de reculer d’une année sur l’autre en août, septembre et octobre mais sont toutefois stables sur 10 mois cumulés.
Les abattages de réformes ont baissé de 7% sur la période, et n’ont dépassé leur niveau de 2024 qu’au mois de juin.
Avec des poids moyens de carcasse en hausse de +0,6 kg pour les agneaux, à 20,5 kg, et une baisse de 0,8 kg pour les réformes, à 26,6 kg, la production britannique totale de viande ovine a atteint 220 000 t sur les dix premiers mois de 2025, soit +1% /2024 et -10% comparée à la moyenne 2015-2019.

Du côté de la consommation, le panel d’achat des ménages Kantar enregistre au Royaume-Uni une baisse notable des ventes d’agneau au détail : au 2 novembre, en cumul annuel mobile, elles reculaient de 10% d’une année sur l’autre, en parallèle d’une hausse de 4 % du prix moyen payé.
Cela libère des volumes à l’export. Les exportations britanniques de viande ovine étaient en hausse de 11% sur dix mois en 2025, à 71 000 téc. Elles dépassaient de seulement 1% leur niveau d’avant Brexit et pandémie de Covid-19 (moyenne 2015-2019).
Après un bond en 2024, les importations britanniques de viande ovine ont poursuivi leur croissance en 2025, augmentant de 4% /2024, à 69 000 téc. En provenance d’Australie, la hausse est de 40% soit +7 000 téc.

Irlande : les professionnels s’inquiètent de l’avenir de leur filière
En semaine 49 de 2025, selon la Commission européenne, la cotation de l’agneau irlandais atteignait 7,56 €/kg, en hausse de 0,03 €/kg d’une semaine sur l’autre et en baisse de 0,58 €/kg comparée à la même semaine en 2024. Les abattages reculent nettement, mais la demande à l’export reste faible, à l’image de la consommation en France, 1er client de l’Irlande en viande ovine.

Après avoir déjà baissé de 10% entre 2023 et 2024, la production irlandaise de viande ovine a chuté de 18% /2024 sur dix mois en 2025, totalisant 45 000 tonnes : c’est 19% de moins que sur la moyenne des cinq dernières années. Les effectifs d’agneaux abattus ont diminué de 19% /2024 et les volumes de 17%, illustrant une hausse des poids moyen de carcasse, de 21,5 à 22,1 kg. Le nombre de réformes a aussi reculé, de 21% /2024, tout comme les volume, avec un poids moyen de carcasse en légère hausse, atteignant 26,0 kg.

Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce franc recul de la production, plutôt structurels comme un renouvellement générationnel difficile, ou plus conjoncturels comme la baisse des abattages d’agneaux nord-irlandais (plus intéressant d’abattre au Royaume-Uni où les agneaux sont pour le moment mieux valorisés, avec le label Red Tractor). Un autre élément devrait prolonger la tendance à l’œuvre : l’apparition de la FCO-3 en Irlande du Nord fin novembre.
Les nettes baisses du cheptel ovin inquiètent les professionnels de la filière, notamment l’Irish Farmer Association, qui demande au ministère irlandais d’« enrayer l’effondrement du secteur ovin en Irlande », en accordant notamment une aide ovine à hauteur de 30€/brebis dès l’année prochaine. Depuis 2022, le cheptel de reproductrices ne cesse de baisser en Irlande et le pays craint aujourd’hui de voir progressivement disparaître son 2ème secteur agricole le plus important.
Si le nombre d’ovins continue de diminuer au même rythme que les deux dernières années, le secteur de la transformation ne sera plus compétitif et ne pourra plus fidéliser des clients clés comme les grandes enseignes de distribution.
Malgré ce fort repli de l’offre, on ne constate qu’une légère baisse des exportations de viande ovine de 1% /2024, à 41 500 téc, avec notamment une hausse vers la France de 8% (en contradiction avec les douanes françaises) et une baisse de 37% vers le Royaume-Uni. les données douanières irlandaises ont été modifiées depuis le dernier article, où elles indiquaient une forte hausse, mais les résultats semblent toujours quelques peu étonnants.
Nouvelle-Zélande : baisse de la production et hausse des prix
Sur les 10 premiers mois de 2025, la production a reculé de 2% /2024, totalisant 344 000 téc. Le nombre d’agneaux abattus a diminué de 6% /2024, à 14,5 M de têtes, tandis que celui des réformes a augmenté de 5%, à 2,2 M de têtes.
On observe une nouvelle phase de décapitalisation, à mettre en lien avec les difficultés structurelles auxquelles fait face la filière néozélandaise (compétition avec l’élevage bovin lait puis les plantations de pin, plus récemment, qui participent aux difficultés de rentabilité des exploitations ovines). Cela pèse sur le cheptel ovin en Nouvelle-Zélande et les éleveurs sont tentés de se concentrer uniquement sur l’élevage bovin, plus rentable.
En octobre 2025, les effectifs d’agneaux et de réformes abattus ont baissé d’une année sur l’autre.
Les exportations de viande ovine ont totalisé 340 000 téc sur 10 mois, en recul de 1% /2024. On observe notamment des baisses vers le Royaume-Uni, les États-Unis et la Chine et des hausses vers l’Allemagne et les Pays-Bas (plateforme de réexport), Taïwan et la Grèce. Les exportations sont dynamiques à l’approche des fêtes de fin d’année, possiblement en lien avec une demande européenne dynamique.

Le prix de la viande ovine néozélandaise poursuit sa hausse, sous l’effet d’une demande internationale dynamique, qui se heurte à une offre mondiale sous tension.
Beef and Lamb New Zealand prévoit que 16,7 millions d’agneaux devraient être abattus durant la saison 2025-2026 (septembre à août), pour une production de viande avec os en baisse de 1,5 % par rapport à la saison précédente. La production de réformes devrait quant à elle diminuer de 4 %.
