La reprise estivale de la collecte contrariée par la chaleur

Alors que la collecte française retrouvait une dynamique favorable depuis plusieurs mois, les conséquences de la FCO puis des vagues de chaleur ont inversé la tendance. La production estivale reste suspendue aux conditions climatiques et au retour des précipitations.

La reprise de la collecte stoppée par les fortes chaleurs

En mai 2026, la collecte laitière française a reculé (-1,1% /mai 2025). Selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, la collecte poursuivrait son repli en juin (-1,1%). Après plusieurs mois de progression depuis août 2025, la collecte a décroché au moment où elle atteint habituellement son pic saisonnier. Cette inflexion s’explique d’abord par les conséquences de la FCO qui a affecté plusieurs bassins laitiers de l’Ouest à l’été 2025. Les fortes baisses de naissances enregistrées en mars et avril ont retardé la mise en production d’une partie des animaux. À ce facteur sanitaire se sont ajoutés des épisodes climatiques extrêmes. Une première vague de chaleur fin mai (semaine 22) a provoqué un recul immédiat de la collecte (-3,7% sur un an). Une deuxième vague, particulièrement intense, a touché la France fin juin (semaine 26), avec des températures dépassant 40°C. La baisse de collecte a alors atteint 7% au niveau national, avec des replis encore plus marqués dans l’Ouest : -14% en Bretagne, -12,5% en Normandie et -11% en Pays de la Loire.

Ces fortes chaleurs ont été aggravées par un déficit hydrique important : les précipitations ont été deux fois inférieures aux normales en juin, entraînant une dégradation rapide de l’état des sols et des prairies. Une troisième vague de chaleur s’est installée à partir du 9 juillet. Entre deux épisodes caniculaires, le retour de températures plus clémentes permet toutefois aux animaux de récupérer, ce qui explique l’évolution en « dents de scie » observée sur les collectes hebdomadaires.

Pourtant, les perspectives étaient favorables pour l’été. Le décalage des vêlages lié à la FCO s’est traduit par une hausse des naissances depuis mai, entraînant une arrivée plus importante de vaches en début de lactation, période où leur niveau de production est maximal. La collecte devrait donc naturellement progresser en juin, juillet et août par rapport à l’année précédente. Les épisodes successifs de canicule sont toutefois venus en grande partie gommer cet effet positif pour le mois de juin et début juillet.

Les fortes chaleurs et la sécheresse fragilisent les ressources fourragères. Dans de nombreuses régions, les prairies ont grillé et leur capacité à repartir dépendra désormais du retour de la pluie. Certaines pourraient même devoir être réimplantées. Les situations sont très contrastées pour le maïs. Les parcelles les plus touchées sont déjà récoltées en ensilage afin de préserver ce qui peut l’être. D’autres sont encore en place, dans l’attente de précipitations qui permettraient aux grains de poursuivre leur remplissage et d’améliorer le rendement comme la qualité du fourrage. Les éleveurs commencent déjà à mobiliser une partie des stocks destinés à l’hiver. Cette situation reste toutefois atténuée par une très bonne année fourragère en 2025 et par des stocks d’herbe de qualité constitués au printemps 2026, qui ont permis jusqu’ici d’adapter les rations des vaches.

Les fortes chaleurs fragilisent aussi les équipements et les outils industriels. À la ferme comme en usine, les fortes températures peuvent provoquer des pannes sur les équipements électriques et les installations de froid : tanks à lait, pompes de collecte, machines à traire ou encore groupes frigorifiques. Certaines pannes empêchent le refroidissement du lait, pouvant conduire, dans les cas les plus critiques, à devoir en jeter une partie. La chaleur et la sécheresse posent aussi la question de l’eau en élevage et en usine. L’industrie laitière est consommatrice d’eau pour le nettoyage et les procédés de fabrication. En cas de restriction d’eau, l’activité des laiteries peut être perturbée.

Pour la suite de l’été, les vêlages décalés du printemps et les stocks fourragers disponibles devraient continuer à soutenir la collecte. Son évolution dépendra néanmoins fortement du retour des précipitations et de la fréquence d’éventuels nouveaux épisodes de forte chaleur.

Le prix du lait se stabilise après plusieurs mois de repli

Depuis octobre dernier, le prix du lait en France suit une trajectoire baissière. En mai 2026 pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix s’est établi à 434 €/1 000 litres, passant largement sous son niveau de mai 2025 (-48 €). Depuis son point haut de septembre 2025, il a reculé de 63 €/1 000 litres. Cette baisse semble toutefois marquer le pas. Le prix du lait est stable depuis mars 2026 et, selon l’Observatoire de l’Éleveur Laitier, il devrait se maintenir autour de 437 €/1 000 litres en juin comme en juillet.

En composition réelle, le prix est toutefois descendu à 457 €/1 000 litres (-48 € /mai 2025) en recul de 8 € comparé à avril 2026.

La marge des éleveurs continue de se dégrader

Du côté des charges, l’IPAMPA lait de vache (qui représente 58% des coûts de production en zone de plaine), a légèrement reflué en mai 2026 d’un mois sur l’autre (-0,5%) et a progressé de 5,1% /mai 2025. Sur un an, le recul est toujours de mise pour le poste aliment acheté (-0,9% /2025) mais se trouve en nette hausse pour l’énergie (+38,1%) et pour les engrais (+19,6%). Dans l’ensemble, les charges courantes ont progressé de 5,8% sur un an tandis que les biens d’investissement se sont renchéris de 2,5%.

La marge MILC poursuit son érosion. Estimée à 179 €/1 000 l en mai dernier, elle connaît son septième mois consécutif de recul, perdant 10€ sur un mois. Ce repli résulte de la combinaison d’une baisse du prix du lait (lait conventionnel aux taux réels), d’une baisse des prix des vaches de réforme et d’un léger recul des charges. Sur un an, le recul de la MILC a atteint 62€/1000 l. Cette évolution s’explique par la hausse des charges (+19€) et le recul du produit lait (-53€) que la progression des coproduits viande (+10€) n’a que partiellement compensé. À noter, les charges considérées dans la marge MILC se basent sur l’IPAMPA lait de vache qui ne couvre pas l’ensemble des charges des exploitations. D’autres charges comme les coûts salariaux, les coûts des travaux par tiers ou les frais financiers qui ne sont pas prises en compte dans l’IPAMPA, restent en hausse par rapport à début 2025. Par ailleurs, les investissements en élevages laitiers ont été importants ces dernières années, notamment en robotisation, et l’évolution de la part croissante des investissements n’est pas prise en compte dans le calcul, l’indice IPAMPA étant établi sur la base 2020.

Après un début d’année favorable, la collecte bio cale

Après trois années de recul, la collecte française de lait biologique avait retrouvé une dynamique de croissance à la fin de l’année 2025, qui s’est poursuivie au premier trimestre 2026 malgré la diminution continue du nombre de producteurs, portée par une très bonne année fourragère. Ce redressement s’est toutefois interrompu au printemps. Après un recul de 4,4% en avril /avril 2025, la baisse s’est fortement accentuée en mai (-9,5%). Comme pour le lait conventionnel, cette évolution résulte de la combinaison de deux facteurs. D’une part, la FCO survenue dans l’Ouest durant l’été 2025 : les décalages de vêlages induits par la maladie ont entraîné une baisse des naissances au printemps, limitant ainsi la production de lait. D’autre part, les fortes chaleurs de fin mai sont venues amplifier ce recul en pesant directement sur la production.

La collecte devrait rester pénalisée en juin sous l’effet de la canicule de fin de mois. Les stocks d’herbe de qualité récoltés au printemps permettent toutefois aux éleveurs d’adapter les rations.

Les perspectives pour juillet et août apparaissent plus favorables grâce au décalage des vêlages, qui devrait soutenir la production. Cette amélioration reste néanmoins conditionnée à l’évolution des conditions météorologiques : de nouveaux épisodes de forte chaleur pourraient en limiter, voire en effacer, les effets.