La collecte laitière française poursuit son rebond à l’automne 2025, portée par des conditions de production favorables et un prix du lait encore incitatif. Cette dynamique contraste avec le lait bio dont l’offre continue de reculer.
La dynamique de la collecte laitière française s’accélère à l’automne
En septembre 2025, la collecte laitière française a poursuivi sa progression marquée (+4,5% /sept 2024). Et, selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, cette dynamique se serait même renforcée en octobre, avec une hausse supérieure à 5%. Après un 1er trimestre en recul, la collecte nationale a donc opéré un rebond significatif. Sur 9 mois, c’est une croissance de 0,9% /2024 qui est observée.
Cette embellie s’explique par un prix du lait incitatif, conjugué à une très bonne qualité des fourrages pâturés et récoltés en 2025 ainsi qu’à la poursuite de la baisse des prix de l’aliment. Autant de facteurs qui ont encouragé les éleveurs à conserver leurs animaux et à intensifier leur production. Ce redressement intervient malgré la circulation de la FCO dans l’Ouest du pays, dont l’impact demeure pour l’heure peu visible.

En septembre, la hausse de la production laitière s’est confirmée dans l’ensemble des régions françaises. Longtemps pénalisés par la FCO, les territoires de l’Est et du Nord ont renoué avec une dynamique positive. Dans le Grand Est, le redressement reste récent mais notable, avec une progression sur un an de 1,8% en septembre 2025. La reprise a été observée dès août dans les Hauts-de-France et en Centre-Val de Loire, et même depuis le mois de mai en Bourgogne–Franche-Comté. Malgré ce regain, la collecte cumulée depuis le début de l’année demeure en retrait dans ces quatre régions : –5,2% dans le Grand Est, –1,1% en Bourgogne–Franche-Comté, –1% en Centre-Val de Loire et –0,8% dans les Hauts-de-France.
Parallèlement, la productivité laitière par vache a poursuivi une progression soutenue. Après une accélération marquée en 2024, la dynamique s’était temporairement atténuée à la fin de cette même année et au début de 2025, face à la progression de la FCO dans le Nord et l’Est du pays. Elle est repartie nettement à la hausse depuis avril, portée par l’amélioration progressive de la situation sanitaire dans les zones touchées.
Depuis janvier 2024, le rendement laitier national s’est accru de 5,2%, avec deux régions particulièrement performantes : la Bretagne, qui enregistre une hausse de 8,5%, et la Normandie, en progression de 6,3%. Il n’avait progressé que de 0,8% en 2022 et 2023.

La pression monte sur le prix du lait
En France, le prix du lait a légèrement augmenté ces derniers mois se maintenant au-dessus de son niveau de 2024. Pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix a atteint 496 €/1 000 litres en septembre 2025. Ce prix est supérieur de 26 € /sept 2024.
D’après l’observatoire de l’Eleveur Laitier, cette tendance devrait toutefois s’inverser. Le prix reculerait en octobre (-7 € en moyenne par rapport à septembre 2025) et aussi en novembre (-10 € /oct. 2025). Le rebond marqué de la collecte exerce en effet une pression à la baisse sur les prix du lait, dans un contexte où la consommation française des ménages demeure stable et où les exportations se replient (voir article débouchés). À plus long terme, la situation pourrait se détériorer davantage. L’effondrement des cours du beurre et dans une moindre mesure des poudres, observé depuis août, pourrait conduire à une baisse plus sensible des prix du lait en 2026.

Les charges en élevages, d’après l’IPAMPA lait de vache (qui représente 50% des coûts de production), ont poursuivi leur recul en septembre 2025 d’un mois sur l’autre (-0,2%) et ont diminué de 1,4% /sept 2024. Sur un an le recul est toujours marqué pour le poste aliment acheté (-6,4% /2024), pour l’énergie (-6,2%) mais en hausse pour les engrais (+9,9%). La plupart des autres charges incluses dans l’IPAMPA sont en léger retrait.

La marge MILC, estimée à 275 €/1 000 l en septembre, a progressé de 18€ en un mois sous l’effet d’une hausse du produit lait, d’une hausse du produit de la vente des animaux et d’une baisse des charges. La MILC a augmenté de 81€/1000 l sur un an. Le produit lait a progressé de 29 €, les coproduits viande ont augmenté de 47€, tandis que les charges se sont réduites (-5€).
La collecte de lait bio recule mais le marché amorce-t-il un tournant ?
En septembre, la collecte de lait bio a poursuivi son recul amorcé en 2023. Elle a baissé de 2,7% /sept 2024. En cumul depuis le début de l’année, le repli a atteint 6,2%. Comme en conventionnel, les éleveurs bio ont pu tirer parti de la qualité des fourrages et des prairies, permettant d’augmenter la production par vache. Le recul de collecte incombe au fort recul du nombre de livreurs. Depuis le pic de juin 2022, la filière a perdu 15,4% de ses livreurs. En 1 an, ce sont 6,7% de livreurs en moins. Ce mouvement s’est accentué en 2025 et, selon les prévisions du CNIEL, devrait se poursuivre dans les mois à venir, réduisant l’offre de lait bio sur le marché.

Pour autant, le marché montre des signes de retournement. Les fabrications de produits laitiers biologiques ont progressé en septembre pour l’ensemble des catégories, et sur un an pour tous les produits, à l’exception des crèmes et poudres conditionnées. Dans ce contexte de baisse de collecte et de hausse de fabrications, le déclassement vers le conventionnel tend à diminuer. Par ailleurs, les achats des ménages en magasins généralistes semblent repartir.

