Viande ovine

Les faibles niveaux de consommation pèsent sur le dynamisme des exports

La consommation de viande ovine reste à de modestes niveaux dans nombre de pays comme en France, en Espagne ou encore au Royaume-Uni, du fait de prix de vente élevés au regard du portefeuille des consommateurs. Cela pèse indéniablement sur le commerce international de viande.

Viande ovine » France »

Repli progressif de la cotation après l’Aïd

Après l’Aïd el Kébir, le cours français établi par FranceAgriMer s’effrite progressivement au gré de la baisse de demande. Le retrait est pour le moment moins important que l’an passé, où le marché s’était soudainement alourdi à cette période de l’année.

Le cours français baisse après l’Aïd el Kébir

En semaine 24 de 2026 (se terminant le 14 juin), la cotation entrée abattoir de l’agneau français atteignait 10,42 €/kg, en baisse de 0,04 €/kg d’une semaine sur l’autre mais 0,17 € au-dessus de son niveau de 2025.

L’Aïd el-Kébir ou al-Adha a momentanément redynamisé le commerce, mais une fois passé, la consommation a retrouvé son modeste niveau et la cotation de l’agneau entrée abattoir a perdu quelques centimes.

Le cours reste toutefois au-dessus de son niveau de 2025, année durant laquelle le cours a plus fortement fléchi à cette période, notamment en raison d’un décalage des sorties d’agneaux dû à la FCO.

La production française de viande ovine se redresse timidement

Selon Agreste, la production abattue de viande ovine en France était en hausse de 1% d’une année sur l’autre sur les quatre premiers mois cumulés de 2026, totalisant 23 400 téc, mais a reculé de 12% comparée à la moyenne des cinq dernières années (2021-2025). La production française avait été particulièrement faible en 2025.

Cette hausse de production reflète à la fois à l’augmentation du nombre de réformes abattues, de +9% à 137 000 têtes, et le net alourdissement de leurs carcasses (de 27,4 à 28,2 kg). Le nombre d’agneaux abattus régresse de 2%, à 1,05 M de têtes, avec un poids moyen de carcasse légèrement haussier, à 18,6 kg.

Les réformes seraient mieux payées que l’an passé (à dire d’expert car incotées depuis quelques années), ce qui explique, au moins en partie, la hausse des abattages d’ovins adultes constatée.

La production française a très légèrement augmenté malgré la forte baisse des effectifs d’agneaux vivants importés : aucun en janvier, -74% /2025 en février, -31% en mars et -83% en avril, soit -68% sur quatre mois. La part des agneaux importés dans les abattages français a nettement diminué au fil des ans : 8%, puis 6%, puis 5%, puis 4%, puis enfin 3% entre 2021 et 2025, et 2026 semble ne pas faire exception.

Selon les données d’Ovinfos, fournies par Interbev, les volumes abattus pour l’Aïd (semaine de l’Aïd + celle précédent l’Aïd soit du 18 au 29 mai) seraient 2% en-deçà de leurs niveaux de 2025. Les abattages sont en revanche davantage répartis entre les deux semaines que les années passées, où la grande majorité avait lieu la semaine de l’Aïd : cette année la semaine d’abattages pour l’Aïd était une semaine de 4 jours, le lundi 25 mai étant le lundi de Pentecôte, un jour férié. De plus, peu d’abattoirs temporaires ont remonté leurs données à Ovinfos comparé à l’an passé. Les données d’abattage de l’Aïd 2026 sont donc sous-estimées.

Les exports français d’agneaux vivants ont par ailleurs augmenté de 62% sur les quatre premiers mois de 2026, totalisant 219 000 têtes, avec des envois qui ont quasiment triplé (x2,5) vers l’Italie et augmenté de 60% vers l’Espagne et de 18% vers l’Allemagne. Les exports de réformes étaient en hausse de 5%.

Des imports de viande ovine quasiment stables d’une année sur l’autre

Les importations françaises de viande ovine destinées au marché français (en soustrayant le réexport estimé de viande ovine britannique) ont logiquement chuté en avril 2026 (-17%/2025) du fait du décalage des dates de Pâques d’une année sur l’autre. En cumul sur les quatre premiers mois de 2026, elles ont diminué de 1% /2025, totalisant 27 000 téc (-9% /moyenne 2015-2019). Elles ont reculé en provenance d’Espagne et d’Irlande mais ont augmenté en provenance du Royaume-Uni et de Nouvelle-Zélande.

Les importations de viande ovine sont restées modestes du fait du prix élevé des viandes britanniques ou irlandaises. L’Espagne est resté concentré sur son commerce de vif pour les fêtes musulmanes et les prix de sa viande sont toujours historiquement élevés.

Les disponibilités en viande ovine en léger repli sur 4 mois

Au premier quadrimestre 2026, la production française augmente légèrement et les importations de viande ovine sont en léger recul d’une année sur l’autre : le disponible français en viande ovine baisse ainsi de 0,5% /2025 et reste 14 % sous la moyenne 2015-2019 (avant Covid et Brexit).

Selon les professionnels de la distribution, les achats de viande ovine par les ménages français ont reculé sur trois comme sur quatre mois cumulés en 2026 comparé à 2025. Les niveaux de prix atteints l’an dernier semblent avoir dépassé le seuil d’acceptabilité de nombreux consommateurs. Ils augmentent encore aujourd’hui.

En mars et avril, l’IPAMPA se redresse nettement

La hausse des prix du carburant, sur fond de guerre au Moyen-Orient, a provoqué une forte hausse de l’IPAMPA, qui se rapproche dangereusement de ses records de 2022 (135,4 en octobre 2022). Il était enregistré à 131,6 en avril 2026, soit +7%/2025 : l’indice relatif aux carburants a bondi de 68%/2025 et celui relatif aux engrais, de 18%.

Viande ovine » UE et monde »

Les envois de vifs pour les fêtes musulmanes restructurent les marchés

Alors que l’Espagne diminue ses exports de viande ovine comme d’ovins vifs (ou les concentre sur les pays du Maghreb), d’autres pays d’Europe prennent le relais pour fournir ses clients historiques.

Espagne : la baisse de production entrave les exports

En Espagne, le cours de l’agneau lourd entrée abattoir atteignait 10,77 €/kg en semaine 23, en chute de 0,31 €/kg d’une semaine sur l’autre mais en hausse de 1,71 €/kg d’une année sur l’autre.

Après s’être stabilisée en 2025, suite à trois années de baisse, la production espagnole de viande ovine diminue de nouveau au premier quadrimestre 2026, de 8% /2025, totalisant 31 000 t. Les abattages d’agneaux étaient en chute de 11% tandis que ceux des réformes ont augmenté de 18% /2025. La diminution de 18% du nombre de reproductrices fin 2025 explique possiblement la baisse des disponibilités en agneaux.

Avec cette baisse d’approvisionnement, les exportations espagnoles de viande ovine ont diminué de 10%, totalisant 15 600 téc, selon les douanes espagnoles. Alors que le prix moyen de cette viande exportée a gagné 9% d’une année sur l’autre, soit +0,76€/kg, la valeur des envois baisse de 2%.

Les exportations espagnoles d’agneaux vivants ont baissé de 34%, cumulant 230 300 têtes, principalement du fait de l’arrêt des importations de vifs par le Maroc cette année. Ils ont par ailleurs été multipliés par six vers l’Algérie (contrat pour le Ramadan et l’Aïd, plusieurs centaines de milliers d’ovins espagnols exportés). Les envois espagnols de réformes ont davantage baissé, de 69%, à 17 600 têtes.

Royaume-Uni : la cotation de l’agneau lourd frôle les 11€/kg pour le Spring Bank Holiday

Le cours de l’agneau britannique entrée abattoir atteignait 10,83 €/kg en semaine 23, en baisse de 0,06 €/kg d’une semaine sur l’autre et en hausse de 2,03 €/kg d’une année sur l’autre. Il évolue largement au-dessus de ses niveaux de 2025.

Le pic a été atteint pour la semaine 21 de 2026 (10,91 €/kg), associée au Spring Bank Holiday. Chaque année, le dernier lundi de mai est férié pour célébrer l’arrivée du printemps, et le week-end prolongé qui en résulte booste les ventes d’agneau, ce qui donne lieu à un record annuel de la cotation entrée abattoir.

Sur cinq mois cumulés, la production de viande ovine britannique augmente, poursuivant la tendance à l’œuvre en 2025. Elle a progressé de 3% entre 2025 et 2026, à 115 000 t. C’est 1% de plus que la production ovine moyenne sur cinq mois entre 2015 et 2019, avant Brexit et Covid. Les effectifs d’agneaux abattus ont gagné 2%, à 4,7 M de têtes et ceux des réformes ont reculé de 1% à 521 000 têtes. Les carcasses des agneaux et des réformes se sont alourdies de respectivement 0,4 kg et 1,4 kg, atteignant 21,3 et 28,7 kg.

Les importations britanniques de viande ovine ne cessaient de progresser depuis l’application des accords de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie en 2023 : +42% en 2024 et +3% en 2025. La tendance s’inverse toutefois depuis avril : sur 4 mois cumulés en 2026, elles ont diminué de 1%, à 25 700 téc, et notamment +35% d’Australie (+ 2 530 téc) mais -15% de Nouvelle-Zélande (- 2 260 téc) et +6% d’Irlande (+ 71 téc).

Les achats des ménages britanniques augmentent de 0,8% d’une année sur l’autre sur 12 semaines cumulées se terminant le 17 mai 2026, avec des hausses de prix de 6,8% en moyenne sur un an pour la viande ovine.

Les exports de viande ovine britannique avaient progressé de 9% en 2025, mais c’est une hausse plus forte qui a été enregistrée pour les 4 premiers mois de 2026 : +12% /2025, à 32 000 téc. Le Royaume-Uni semble se positionner sur les marchés où l’Espagne s’est quelque peu effacée, avec notamment des hausses de 25% vers l’Allemagne, 54% vers la Belgique et 4% vers la France, alors même que ces pays n’ont pas augmenté leurs besoins en viande ovine.

Irlande : production et exportations en repli

Le cours de l’agneau irlandais de printemps entrée abattoir atteignait 9,35 €/kg en semaine 22, en légère hausse d’une semaine sur l’autre et de +1,15 €/kg d’une année sur l’autre.

La production ovine totale en Irlande a baissé de 5% /2025 sur quatre mois en 2026, à 17 200 t. Les abattages d’agneaux ont reculé de 7% et ceux des réformes étaient par ailleurs en hausse de 11% comparés à 2025 où ils étaient particulièrement bas (probable volonté de recapitaliser). Fin 2025, le cheptel de reproductrices a augmenté légèrement (+1%) en Irlande.

Les exportations de viande ovine irlandaises auraient de leur côté diminué sur la période, les industriels ayant du mal à vider leurs frigos face à une demande à l’export quelque peu atone. Les données des douanes irlandaises ne correspondent pas aux observations sur le terrain depuis 2025.

Nouvelle-Zélande : diversification des clients à l’export

La production néozélandaise a diminué de 1% /2025 au premier quadrimestre 2026, totalisant 185 000 téc. Les abattages d’agneaux reculent de 1% et ceux des réformes de 10%. Les carcasses des agneaux destinés à l’export se sont alourdies, de 18,8 à 19,3 kg en moyenne. Les réformes ont conservé leur poids de carcasse, à 25,4 kg en moyenne.

La Nouvelle-Zélande continue de diversifier ses exportations de viande ovine : ces dernières ont baissé de 6%, cumulant 169 000 téc. D’une année sur l’autre, les baisses des envois néozélandais vers la Chine et le Royaume-Uni se poursuivent, tandis qu’on observe des hausses vers les USA et le Canada, mais aussi vers Taïwan, le Japon, le Mexique ou encore la Belgique. Les envois régressent légèrement vers l’UE à 27.

Les producteurs de bœuf et d’agneau néozélandais sont globalement optimistes : la vigueur des prix à la production a généré des revenus plus élevés. L’été et l’automne australs ont offert une bonne saison de croissance de l’herbe, permettant aux éleveurs de conserver leurs animaux et d’optimiser leur poids et les rendements.