Lait de vache

Collecte française sous pression, hausses modérées dans les principaux bassins

Après un printemps plutôt clément, les fortes chaleurs et la sécheresse de l’été pèsent déjà sur les volumes collectés en France. Dans l’UE, les dynamiques restent divergentes et l’évolution de la collecte limitée. Ailleurs, l’offre laitière cumulée des principaux exportateurs mondiaux demeure en hausse, portée par les États-Unis, l’Argentine ou encore la Nouvelle-Zélande et la Biélorussie. Du côté des cours des ingrédients, les cotations du beurre restent plutôt soutenues et celles de la poudre maigre convergent à un niveau plutôt faible.

Lait de vache » Collecte laitière »

Hausse modérée de la production de lait dans les principaux bassins

Portée au mois de mai 2025 par des hausses de production aux États-Unis, en Argentine ou encore en Nouvelle-Zélande et en Biélorussie, l’offre laitière cumulée des principaux exportateurs mondiaux était en hausse sur un an pour le 10ème mois consécutif.

Le redressement de la production impulsé notamment par les rebonds en Amérique et en Océanie

Entamée en août 2024, la hausse sur un an de la production cumulée de lait des six premiers exportateurs mondiaux de produits laitiers (Argentine, Australie, Biélorussie, États-Unis, Nouvelle-Zélande et UE-27) s’est poursuivie en mai 2025 (+1,2% /2024), pour le 10ème mois consécutif. Les progressions restaient d’ampleur mesurée. Deux exceptions cependant : la production était stable en UE-27 et en retrait en Australie.

Une collecte laitière européenne stable mais hétérogène

Depuis plusieurs mois, la progression de la collecte au sein de l’UE-27 oscille entre baisses et hausses mesurées. En mai 2025, elle était stable sur un an, à 13,4 Mt (= /2024). En cumul sur cinq mois, elle restait en léger retrait à 61,8 Mt (-0,3% /2024).

Les dynamiques en UE restaient divergentes. Sur 5 mois (janvier-mai), d’après Eurostat, la collecte française était en retrait sur un an (-0,5% /2024), tout comme les collectes néerlandaise (-1,2%), espagnole (-1,7%) ou allemande (-2,0%). A contrario, les collectes polonaise (+0,5%), italienne (+1,4%), et surtout irlandaise (+8,0%) ont progressé sur un an. Pour la suite, les incertitudes sont fortes, entre développement des épizooties (Dermatose nodulaire contagieuse, fièvre aphteuse, …) et effets des chaleurs excessives sur les disponibilités en fourrage et la productivité animale. En effet, les conditions météo de cet été, s’annoncent très chaudes en Europe comme en France. Entre juillet et septembre 2025, Météo France met en avant les scenarii plus secs et plus chauds.

Dynamiques divergentes en Océanie

En Nouvelle-Zélande, la campagne laitière 2024/2025 s’est achevée en mai 2025 par un net rebond de la production sur un an (+8,3% /2024 à 993 000 t). Exprimée en MSU, le constat est le même (+7,7% à 104 000 t). Ces deux chiffres représentent des records absolus de production laitière pour un mois de mai, dépassant les attentes des collecteurs. Ces niveaux ont été favorisés par des conditions météorologiques favorables dans l’île du Sud où la production est restée forte. Le mois de mai a été un mois humide et chaud pour le pays, avec une nette hausse sur un an de l’indice de croissance des pâturages NZX (+12% /mai 2024), faisant partiellement oublier les épisodes de sécheresse rencontrés dans l’île du Nord en début d’année civile.

En cumul sur la campagne laitière (juin 2024 – mai 2025), la production de lait a été dynamique. Elle a augmenté en tonnes de lait (+2,7% à 21,62 Mt) comme en MSU (+3,1% à 1,73 Mt).

Au 1er trimestre 2025, certains éleveurs avaient pratiqué un tarissement précoce des vaches dans les régions de l’île du Nord touchées par la sécheresse. Sur la période, les abattages de vaches laitières avaient ainsi progressé dans l’île du Nord (+21% /2024 à 190 000 têtes) alors qu’ils avaient reculé dans l’île du Sud (-10% à 80 000 têtes). La donne a été différente en avril puis en mai, les réformes laitières reculant au Nord comme au Sud. Dans le pays, seulement 103 000 vaches ont été abattues en avril 2025 (-25% /2024) et 134 000 vaches en mai (-18%), soulignant le dynamisme de la collecte en fin de campagne laitière.

La campagne 2024/2025 a été particulièrement bonne pour les opérateurs néo-zélandais, notamment pour la coopérative Fonterra. Le prix prévisionnel hors dividendes qui devrait être payé aux éleveurs pour la campagne 2024/2025 atteint le niveau record de 10 NZ$/kg MS (5,52 €).

La dynamique de production est différente en Australie. Celle-ci flirte avec les bas niveaux des campagnes précédentes. Après un redressement limité de la production laitière lors de la campagne 2023/2024 (de juillet 2023 à juin 2024), le début de la campagne 2024/2025 est resté marqué par une progression de la production sur un an de juillet à octobre 2024, avant de refluer à partir de novembre. En mai 2025, la production australienne atteignait 640 000 t, en recul sur un an (-3,8% /mai 2024).

Depuis le début de l’année civile, les conditions météorologiques se sont dégradées dans plusieurs zones de production laitière. Si les précipitations ont été importantes dans le Sud-Est du Queensland et l’Est de la Nouvelle Galle du Sud, d’autres zones ont souffert d’un déficit en eau. C’est le cas dans plusieurs zones laitières (Victoria, Tasmanie, Sud-Est de l’Australie Méridionale, pointe Sud-Est de l’Australie Occidentale), où le manque d’eau a entrainé des épisodes de sècheresse pouvant peser sur la production.

Les perspectives restent fragiles pour la production laitière australienne. Dans sa dernière note, Dairy Australia rappelle que les conditions météorologiques difficiles dans plusieurs régions laitières et les marges plus faibles continuent de peser sur la production en cette fin de campagne saison 2024/2025. Si la production laitière du pays va probablement finir proche de l’équilibre sur un an, le temps défavorable, les cessations d’activité, la réduction des troupeaux et les marges toujours limitées devraient affecter la production pour la prochaine campagne 2025/2026. Ainsi, Dairy Australia prévoit une baisse de la production nationale de lait allant de 1 à 2%.

Poursuite de la hausse de la production étasunienne

Aux États-Unis, la production continue sa progression sur un an depuis le début de l’année civile. En mai 2025, elle affichait une hausse de 1,6%, à 9,04 millions de tonnes. Il s’agit du 5ème mois consécutif de hausse alors que les résultats des mois de novembre et décembre 2024 avaient été affectés par l’épizootie d’IAHP. La progression des marges tout au long de 2024 a stimulé la production laitière. Malgré le recul des celles-ci depuis le début de l’année, la production est restée soutenue.

La progression de la production aux États-Unis continuait de s’appuyer sur un plus faible taux de réforme dans les élevages. En mai 2025, le pays comptait 9,445 millions de vaches laitières (+1,2% /2024), plus haut niveau observé depuis juillet 2021.

Poursuite du rattrapage de la collecte en Argentine

En Argentine, plusieurs années consécutives de sécheresses et de crises, limitant les disponibilités en fourrages ou les possibilités d’achat d’intrants sur le marché mondial ont affecté la production du pays, obligeant certains éleveurs à réformer leurs vaches pour des besoins de trésorerie. Ainsi, la collecte laitière dans le pays a atteint un niveau inquiétant au 1er semestre 2024. Depuis, la collecte laitière a entamé un rattrapage partiel grâce notamment à des conditions météorologiques plus clémentes. En mai 2025, la collecte était à nouveau en hausse sensible sur un an (+12% à 843 000 t) rattrapant son niveau de 2023. En cumul sur les 5 premiers mois de l’année, elle atteignait 3,94 Mt (+11% /2024 mais -5%/2023).

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Un printemps encourageant rattrapé par la météo et le sanitaire

La collecte laitière française s’est redressée au printemps, soutenue par une météo favorable et des prix d’aliments plus accessibles. Mais les fortes chaleurs et la sécheresse de l’été pèsent déjà sur les volumes et alimentent des inquiétudes particulièrement en lait bio. A cela s’ajoute une forte pression sanitaire.

Un été sous tension pour la production laitière

En mai 2025, la collecte laitière française a confirmé son redressement (+1,8% /mai 2024, estimation au 25/06 source Eurostat d’après FranceAgriMer). Et, selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, le mois de juin aurait été marqué par une quasi-stabilité des volumes collectés.

Le début d’année a été difficile, impacté par les maladies sanitaires, en particulier la fièvre catarrhale ovine (FCO) qui a fortement affecté la productivité des troupeaux dans l’Est et le Nord du pays. En revanche, le printemps 2025 s’est montré plus clément. Les conditions météorologiques ont permis une mise à l’herbe de qualité, favorisant le retour de la production. Cette dynamique a été portée par des prix d’aliments plus accessibles, encourageant les éleveurs à soutenir la production.

Depuis la mi-juin, la France est confrontée à une vague de chaleur intense et à une sécheresse marquée, qui compromettent fortement la pousse de l’herbe et la productivité des vaches laitières. Les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer font état de reculs significatifs de la collecte, à l’exception notable de la Normandie et de la Bretagne, jusqu’ici relativement épargnées. L’été s’avère donc perturbé avec des prairies souvent desséchées, un pâturage parfois interrompu, et un recours accru à la complémentation, à l’auge ou directement au champ. À ce stade, les fourrages d’herbe récoltés en 2025 sont jugés de bonne qualité, mais l’inquiétude grandit pour les futurs ensilages de maïs. Un autre point de vigilance sanitaire se profile: la progression du nombre de cas de FCO, notamment dans les Pays de la Loire, le Morbihan et le Finistère. À cela s’ajoute l’apparition de cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) en Savoie, une situation qui suscite une attention particulière compte tenu des risques de propagation dans les troupeaux et un abattage total des troupeaux dès le premier cas confirmé positif.

Des inquiétudes pour le lait bio

En mai 2025, la collecte de lait biologique a poursuivi son recul mais à un rythme plus modéré (-2% /mai 2024), une tendance similaire à celle observée en avril. Ce léger mieux s’explique notamment par une mise à l’herbe qui s’est déroulée dans de bonnes conditions au printemps, contrairement à l’an dernier.

Cependant, les perspectives pour les mois à venir suscitent des inquiétudes. Les épisodes de canicule sévère et de sécheresse compromettent fortement la pousse de l’herbe et les ressources fourragères. De nombreux éleveurs redoutent un manque de fourrages pour l’automne et l’hiver prochains. L’achat de fourrages est compliqué par le manque d’offre et des prix des aliments prohibitifs. Dans ce contexte tendu, le risque de déconversion vers le conventionnel est fort, d’autant que la conjoncture y est actuellement plus favorable.

Le prix du lait reste ferme

En France, le prix du lait reste à un niveau soutenu. Pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix a atteint 483 €/1 000 litres en mai 2025. Ce prix, stable depuis le début de l’année, est supérieur de 34€ à celui de mai 2024.

La bonne tenue du prix du lait devrait se maintenir dans les mois à venir, portée par une collecte toujours contrainte et une demande intérieure bien orientée.

Ailleurs en Europe, les prix demeurent supérieurs à ceux observés en France. C’est le cas en Allemagne où le prix du lait conventionnel standard affichait en mai 2025 un écart favorable de 55€/1000 litres par rapport au prix français.

Les charges en élevages, d’après l’IPAMPA lait de vache (qui représente 50% des coûts de production), ont reculé en mai 2025 d’un mois sur l’autre (-0,6%) et ont diminué de 2,3% / mai 2024. Sur un an, le recul est marqué pour le poste aliment acheté (-3,8% /2025) et pour l’énergie (-15,9%) mais l’indice des engrais est en hausse (+5,3%). La plupart des charges incluses dans l’IPAMPA sont en recul, à l’exception des frais vétérinaires, des dépenses liées à l’entretien du matériel et des bâtiments, ainsi que des frais généraux.

La marge MILC, estimée à 239 €/1 000 l en mai, a progressé de 5€ en un mois sous l’effet d’une baisse du produit lait, d’une forte augmentation du produit de la vente des animaux et d’un recul des charges. La MILC a augmenté de 73€/1000 l sur un an. Le produit lait a progressé de 32€, les coproduits viande ont augmenté de 32€, tandis que les charges se sont réduites (-9€).

Les fabrications s’ajustent au regain de collecte

Dans le sillage du rebond de la collecte observé en avril et mai, les fabrications ont été dynamiques en beurre (+7% en mai 2025 /mai 2024), en poudre maigre (+4%), en poudres conditionnées (+7%, essentiellement des laits infantiles) et dans une moindre mesure en crème conditionnée (+1%). Elles sont restées stables en fromages et ont légèrement diminué en yaourts (-1%). En revanche, les fabrications de lait conditionné restent en net recul (-7%), en lien avec une consommation toujours orientée à la baisse.

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Tendances variables pour les prix des ingrédients

Les cotations du beurre restent plutôt soutenues en Océanie comme en Europe et se redressent aux États-Unis. Les cours de la poudre convergent, entre rebond aux États-Unis et baisse en Europe et en Océanie.

Cours du beurre soutenus et Europe et Océanie, redressement aux États-Unis

Après les dynamiques divergentes observées début 2025, les cotations du beurre se raffermissent chez les principaux exportateurs. En juin 2025, les cours étasuniens du beurre ont affiché une nette progression sur un mois (+5% /mai 2025 mais -23% /juin 2024, à 4 868 €/t). Les cotations étaient toujours soutenues dans l’UE (+1% /mai 2025 et +16% /juin 2024, à 7 380 €/t), où les stocks industriels restaient limités et la demande à l’import grandissante. En Nouvelle-Zélande, la demande à l’export soutenait encore les cours, proche du niveau record de juin 2024 (= /mai 2025 et -1% /juin 2024, à 6 936 €/t).

Aux États-Unis comme en Nouvelle-Zélande, la demande internationale participe grandement à l’orientation des cours du beurre. Entre janvier et mai 2025, les exportations de beurre et de butter-oil depuis les États-Unis ont atteint 40 000 tonnes (x2,7 /2024) quand celles depuis la Nouvelle-Zélande flirtaient avec les 220 000 tonnes (+14%). En parallèle, le manque de disponibilités en UE a participé à la nette progression de beurre et de butter-oil. Sur les 28 premières semaines de 2025, les importations de beurre et de butter-oil de l’UE-27 ont dépassé 24 500 tonnes (x2,7 /2024). Les principaux fournisseurs étant le Royaume-Uni (+9% /2024 à 8,9 kt), la Nouvelle-Zélande (x20 à 6,7 kt) et l’Ukraine (x19 à 4,8 kt). Ces trois partenaires bénéficiant d’un accès préférentiel au marché européen.

Convergence des cours de la poudre maigre

En juin 2025, les cotations de la poudre maigre ont suivi des évolutions variées pour converger au même niveau de prix, entre 2 400 et 2 500 €/t. Aux États-Unis, après une baisse marquée au premier trimestre, le cours de la poudre maigre s’est redressé (+3% /mai 2025 et = /juin 2024, à 2 415 €/t) avec une demande intérieure un peu plus ferme. En Europe, la vigueur de l’euro rend la poudre maigre européenne moins compétitive sur le marché mondial et la cotation poursuit sa tendance à un léger repli (-1% /mai 2025 et -1% /juin 2024, à 2 430 €/t). En Nouvelle-Zélande, la demande à l’export a légèrement fléchi (31 kt expédiées en mai 2025, soit -13% /2024). Ainsi, le cours de la poudre maigre était en baisse pour le 3ème mois consécutif en juin 2025, à 2 470 €/t (-6% /mai 2025 et -2% /juin 2024).

Lors de l’enchère début juillet sur le marché à terme du Global Dairy Trade, seule l’indice de prix pour le contrat de septembre avait augmenté, de façon limitée (+0,2%). A contrario, les indices de prix pour les contrats d’août, octobre, novembre et décembre étaient en baisse (de respectivement 0,5%, 2,2%, 5,1% et 4,1%). Fait notable d’après l’USDA, seule de la poudre écrémée européenne a fait l’objet d’échanges pour le contrat d’août. Aucune poudre d’Océanie n’a été échangée, signe d’une faible appétence pour ce produit.