Lait de vache

Des disponibilités limitées soutiennent les marchés

En France, la collecte laitière se rétablit malgré un cheptel réduit. En revanche, elle perd de la vigueur en Allemagne. Désormais la croissance est modérée dans la plupart des pays membres de l’UE, si que la collecte européenne progresse modérément depuis juillet.

La collecte agrégée des principaux bassins exportateurs ne progresse plus depuis octobre. La croissance des deux bassins de l’hémisphère Nord (UE-28 et États-Unis) compense tout juste les baisses dans ceux de l’hémisphère Sud.

Les disponibilités laitières stationnaires soutiennent les cours des ingrédients. Tandis que le prix du beurre se stabilise à des niveaux supérieurs à ceux précédents l’envolée de 2017, le cours de la poudre maigre s’envole et celui du lactosérum rebondit.

Lait de vache » Collecte laitière »

Croissance rétablie en France et dans l’UE

En France, la collecte laitière se rétablit malgré un cheptel réduit. Elle perd de la vigueur en Allemagne. Désormais la croissance est modérée dans la plupart des pays membres de l’UE. Elle reste négative dans un quart des pays, si que la collecte européenne progresse modérément depuis juillet.

Nette reprise de la collecte en France

Après avoir été affectée durant l’été par la sécheresse qui a sévi sur une bonne partie de l’Hexagone, la production laitière progresse de nouveau : la croissance est passée de +1,0% en septembre à +1,4% en octobre, puis +1,7% en novembre d’après les sondages hebdomadaires FranceAgriMer. Soit un rythme de +1,6% /2018 au 4ème trimestre. L’automne, doux et très humide, a été plus propice qu’en 2018 à la repousse de l’herbe en arrière saison. La production laitière a notamment retrouvé de la vigueur en Pays de la Loire et dans les Hauts de France où l’été avait été particulièrement chaud et sec. Cumulée sur 10 mois, elle est demeurée croissante dans le Grand Ouest, en Normandie et dans les Hauts de France. En revanche, elle a fortement baissé dans les bassins Auvergne-Limousin (-3%), Centre et Charente-Poitou (-4% /2018), et surtout Sud-Ouest (-6%).

En somme, la collecte annuelle de la France devrait à peine égaler le bas niveau de l’an dernier (-0,1% /2018) selon nos estimations.

La production laitière a repris malgré un cheptel laitier réduit. D’un côté, les entrées de génisses en 1ère lactation sont exceptionnellement faibles depuis juillet, inférieures de 8 à 10% /2018  selon les mois, à l’effectif déjà réduit de l’an dernier. De l’autre, les réformes laitières sont presque normales (-1 à -2% /2018 en septembre et octobre). En somme, le cheptel national connait une hausse saisonnière limitée (+35 000 têtes en 3 mois, contre +60 000 têtes en 2018 et +73 000 têtes en 2017). Soit une chute de 57 000 têtes en un an, à 3,66 millions de vaches laitières au 1er novembre 2019 (-1,5% /2018).

La baisse des effectifs est faible dans le Grand Est (-0,6%) grâce à la hausse des effectifs en Franche-Comté, en Nord-Picardie (-0,8%), dans le Grand Ouest (-0,9%) et en Normandie (-1,2%). En revanche, la chute des effectifs s’est encore accru en Charentes-Poitou et dans le Sud-est (-2,4%), en Auvergne-Limousin (-4.3%), et surtout dans le Sud-Ouest (-5%).

Bien qu’en forte baisse, le cheptel laitier national est nettement plus productif en raison de la moindre part de primipares et de conditions climatiques plus favorables cet automne à la repousse de l’herbe qu’en 2018. De plus, la bonne conjoncture laitière a pu inciter de nombreux éleveurs à distribuer davantage de concentrés. La marge laitière, d’après notre indicateur Milc, s’améliore depuis quelques mois sous l’effet de l’appréciation régulière du prix du lait et de la stabilité du prix des charges d’après l’IPAMPA lait de vache.

Sur les neuf premiers mois de 2019, le prix du lait de vache standard toutes qualités (SIQO compris) s’est apprécié de 15 €/1 000 l d’une année sur l’autre à 350 €/1 000 l. Cette hausse est imputable pour un tiers au redressement des cours des protéines laitières, malgré le tassement de celui du beurre, et pour les 2/3 à celle des prix des produits finis vendus aux ménages. Le prix de vente payé aux éleveurs a progressé davantage (+18 €/1 000 l /2018) sur la même période grâce l’amélioration des taux. La composition du lait s’est sensiblement enrichie de 0,57 g à 41,51 g/l pour la matière grasse et de 0,42 g à 33,44 g/l pour la matière protéique sur dix mois de 2019.

Le prix du lait s’est en revanche infléchi en octobre, d’un mois sur l’autre, à 356 €/1 000 l. Il devrait cependant s’apprécier de nouveau dans les prochains mois, grâce la franche remontée des cours de la protéine laitière (+50% en un an).

Croissance ralentie en Allemagne

En Allemagne, après avoir cédé -0,5% au 1ersemestre, la collecte nationale, qui avait rebondi en août (+1,1% /2018), progresse faiblement. Sa croissance est passée de +0,8% en septembre, à +0,4% en octobre et +0,2% en novembre d’après le sondage hebdomadaire de ZMB.

Cumulée sur 11 mois, la collecte allemande égale à peine le niveau de l’an dernier (-0,1%), avec des évolutions contrastées selon les régions : croissante au Nord, surtout en Rhénanie Westphalie, en légère baisse dans le Sud et à l’Est (-2%). Le prix du lait, qui plafonne depuis début 2019 autour de 310 €/1 000 l (lait conventionnel standard ramené 32 g de MP et 38 g de MG) est peu incitatif. Au Nord, la région la plus dynamique, les investissements pour agrandissement sont désormais entravés par des contraintes environnementales plus contraignantes (voir Zoom).

De même en Pologne, la croissance de la collecte est ralentie depuis septembre (+1% /2018), après avoir été dynamique au 1er semestre (+2,5% /2018).

Croissance stoppée  Outre-Manche

En Irlande, la croissance laitière, ininterrompue pendant plus de 2 ans, est devenue légèrement négative cet automne. Ainsi, la collecte annuelle pourrait se situer entre +6 et +7% /2018. Certes moins élevé qu’en 2018 à 300 €/1 000 l cet automne, le prix du lait demeure toujours incitatif et devrait relancer la production laitière en mars lors de la reprise des vêlages.

Au Royaume-Uni, la production ne croît plus depuis cet automne. Très dynamique au sortir l’hiver (+5% /2018), la croissance a progressivement décru pour cesser à l’entrée de l’automne. Sur 10 mois, la collecte cumulée a progressé de +2% /2018.

En Espagne, la collecte a repris de la vigueur depuis juillet (+3,5% /2018 sur 4 mois) avec un prix du lait standard, à 331 €/1 000 l en octobre, bien orienté et légèrement supérieur à l’an dernier (+2% /2018) . En Italie, elle a retrouvé son niveau de l’an dernier depuis juillet, après un 1er semestre ralenti (-1% /2018).

Seul un quart des pays membres enregistre une évolution négative cet automne : les trois pays scandinaves, dont le Danemark depuis mai, et quelques pays de l’Est.

En revanche, la collecte des Pays-Bas, qui est repassée dans le vert cet été, a progressé en octobre de +2% par rapport au niveau exceptionnellement bas en 2018.

En somme, la collecte européenne, qui a retrouvé de la vigueur depuis août (+0,8% /2018 au 3ème trimestre), croît plus modérément cet automne : estimée à +0,7% /2018 en octobre, elle pourrait être moins forte en novembre et décembre, auquel cas la collecte automnale retrouvera tout au plus le bon niveau de 2017 et la collecte annuelle progressera de +500 000 t (+0,3% /2018).

 

 

Lait de vache » Collecte laitière »

Globalement stationnaire dans les bassins excédentaires

La collecte agrégée des 5 principaux bassins exportateurs ne progresse plus depuis octobre. La croissance des deux bassins de l’hémisphère Nord compense tout juste les baisses dans ceux de l’hémisphère Sud.

Après l’UE-28, les États-Unis connaissent une reprise de leur production laitière depuis septembre (+1,3% /2018). La nette remontée du prix du lait, et par voie de conséquence des marges alimentaires, ralentit les cessations laitières et incite les éleveurs à étoffer de nouveau leur troupeau. Après 18 mois de lente décapitalisation, le cheptel étatsunien de vaches laitières s’est stabilisé à d’un mois sur l’autre depuis octobre, après avoir reculé de 0,4% en un an (-40 0000 têtes à 9,33 millions de vaches).

En revanche, la production laitière est entravée dans les principaux bassins excédentaires de l’hémisphère Sud par des incidents climatiques. En Nouvelle-Zélande, le printemps frais a écorné le pic de production en octobre. En Australie, la nouvelle vague de canicule accentue le déclin de la production. Enfin en Argentine et en Uruguay, une vague exceptionnelle de chaleur affecte la productivité des troupeaux laitiers.

Lait de vache » Marché des produits laitiers »

Tendance haussière sur les poudres de lait

La production contenue dans les principaux bassins exportateurs limite les disponibilités laitières et soutiennent les cours. Tandis que le prix du beurre se stabilise à des niveaux supérieurs à ceux précédents l’envolée de 2017, le cours de la poudre maigre s’envole et celui du lactosérum rebondit.

Envolée des cours de la poudre maigre

Le cours de la poudre de lait écrémé s’est envolé entre octobre et novembre, la cotation ATLA atteignant les 2 600 €/t début décembre, soit une progression de 13% en 9 semaines. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis août 2014. Cette hausse récente est de même ampleur aux États-Unis (+14% entre septembre et novembre à 2 400 €/t) et en Nouvelle-Zélande (+13% à 2 700 €/t).

Plusieurs facteurs se cumulent pour expliquer cette évolution. D’une part, la demande internationale est dynamique, avec des importations en hausse en Chine (+27% /2018 sur les 10 premiers mois), mais également aux Philippines (+15% /2018 sur les 9 premiers mois) et en Indonésie (+26%). Les exportations de l’Union européenne sont en forte hausse (+26% /2018 sur les 10 premiers mois), tirées par la bonne compétitivité des produits européens, et pourraient approcher le million de tonnes d’ici la fin de l’année.

D’autre part, l’offre est relativement limitée depuis quelques semaines. La production laitière néozélandaise a accusé un recul en septembre et octobre, période de son pic annuel, tandis que les fabrications européennes ont fléchi en septembre. Les bonnes ventes à terme au cours des mois précédents participeraient également à la réduction des disponibilités ces dernières semaines. Enfin, il faut ajouter que les stocks européens comme étatsuniens (-13% /2018) sont bas et devraient poursuivre leur recul entamé au cours de l’été.

S’il ne semble pas s’être formée de bulle spéculative, certains acheteurs ont pu constituer des stocks qui pourraient peser sur la demande dans les mois à venir, lors de la hausse saisonnière de production laitière dans l’Hémisphère Nord.

Les cours de la poudre grasse sont également en progression mais de manière plus limitée. Entre août et novembre, ils progressent de 4% en Nouvelle-Zélande et de 6% en Europe et retrouvent leur niveau du 1er semestre. Le repli de la production laitière néozélandaise, 1er exportateur mondial, et la hausse des exportations européennes expliquent en partie cette hausse.

Rebond du cours du lactosérum en Europe

Après avoir atteint un point bas en septembre, la cotation ATLA de la poudre de lactosérum a progressé de 10% en deux mois pour afficher 674 €/t en novembre. Ce niveau reste cependant inférieur de 11% à celui de 2018. A l’inverse, après avoir rebondi au cours de l’été, le cours aux États-Unis a repris son évolution baissière entamée en début d’année. A 613 €/t, il s’agit du plus bas niveau depuis juin 2018.

La demande internationale demeure toujours faible, les besoins chinois étant encore limités par les conséquences de la Fièvre porcine africaine (FPA), même si les annonces officielles font état d’une stabilisation du cheptel porcin et d’une politique volontariste de repeuplement des exploitations. Bien que toujours en recul, les importations chinoises d’octobre se sont rapprochées des niveaux des années précédentes. Les États-Unis demeurent les plus touchés par cette situation, avec des exportations réduites de 22% /2018 sur les 10 premiers mois, dont – 50% vers la Chine. Il faut ajouter que la demande pour le lactosérum destiné à l’alimentation humaine (poudre de lait infantile notamment) reste, elle, dynamique.

Stabilité des cours du beurre

Après une baisse entamée au cours de l’été, les cours du beurre se sont quasi-stabilisés depuis septembre. A 3 575/t en moyenne, la cotation ATLA se situe 18% sous son cours de 2018 et rejoint son niveau de l’été 2016. Cette tendance est partagée par les autres pays européens et par la Nouvelle-Zélande, les cours moyen européen et néozélandais gravitant autour des 3 700 €/t. Profitant de sa bonne compétitivité sur le marché international, le beurre européen réalise sur les 10 premiers mois les meilleures exportations depuis 2016, abondées par des fabrications en progression de 4% sur les 3 premiers trimestres. Ces volumes compensent les moindres exportations étatsuniennes (-37% /2018 sur les 10 premiers mois) et néozélandaises.

Si les stocks élevés de beurre en Union européenne pèsent toujours sur les cours, les moindres fabrications saisonnières au profit de la crème, très demandée en prévision des fêtes de fin d’année, devraient permettre de maintenir une relative stabilité des prix.

Fromages: des évolutions divergentes entre les grands bassins

En Europe, les cours des fromages sont restés très stables ces derniers mois. A 4 600 €/t depuis septembre, l’emmental (peu échangé sur les marchés internationaux) affiche un niveau relativement élevé (+7% /2018 et +2% /2017).

A 3 130 €/t en novembre, le cours du gouda (fromage commodité) n’a guère évolué depuis le début de l’année (+4% /janvier 2019) Ce niveau lui permet de rester très compétitif face au cheddar étasunien et océanien. Le cours du cheddar océanien poursuit son recul, entamé en mai 2019, à 3 320 €/t en novembre (-22% /mai 2019, mais +12% /2018).

Le cours du cheddar étatsunien s’est quant à lui stabilisé depuis septembre après une envolée débutée en janvier. Aux alentours de 4 600 €/t (+42% /janvier 2019), il signe un record historique qui s’explique par le recul des fabrications nationales (sur les 10 premiers mois -3% /2018 et -1% /2017) alors que la demande intérieure reste dynamique (notamment grâce à l’aide alimentaire) et que la demande internationale n’a faibli qu’au début du 2nd semestre. En novembre, les stocks étatsuniens de fromages « type américain », majoritairement du cheddar, ont reflué de 8% /2018, pour retrouver leur niveau de 2017.

Ainsi, les exportations européennes de fromages ont battu un nouveau record, à plus de 730 000 t sur les 10 premiers mois (+5% /2018), tandis que les envois étatsuniens affichaient leur plus haut niveau depuis 2014.