Essoufflement de la collecte et tensions sur les marges

Après un début d’année marqué par un net redressement de la collecte laitière, la dynamique semble ralentir au printemps 2026. Dans le même temps, la baisse du prix du lait et la remontée de certaines charges pèsent sur les marges des éleveurs.

Ralentissement de la collecte au printemps

En mars 2026, la collecte laitière française a poursuivi un net redressement (+5,3% /mars 2025). Selon les enquêtes hebdomadaires de FranceAgriMer, la collecte se tasserait en avril, avec une hausse sur un an estimée à environ 0,5%. La dynamique printanière apparait moins soutenue qu’habituellement et depuis la mi-avril, une baisse des volumes collectés est même observée.

Des facteurs expliquent ce ralentissement, après une phase de forte progression engagée depuis août 2025. La FCO, qui a fortement touché le Grand Ouest l’été dernier, a notamment entraîné des problèmes de fertilité dans les troupeaux. Ces difficultés se traduisent aujourd’hui par des décalages de vêlages de deux à trois mois. En mars et avril, de fortes baisses des naissances sont ainsi observées en Bretagne et en Pays de la Loire, et de manière plus modérée en Normandie. En conséquence, le recul de la collecte en avril serait particulièrement marqué en Bretagne (-3,3% /2025) et en Pays de la Loire (-1,8%), tandis qu’il resterait plus limité en Normandie (-0,4%).

Les conditions climatiques ont également pesé sur la dynamique de production. Le mois d’avril, particulièrement chaud et sec, a freiné la pousse de l’herbe et limité le potentiel de production laitière. Les importantes précipitations enregistrées en mai, associées à une remontée des températures en fin de mois, devraient toutefois permettre une reprise de la croissance de l’herbe.

Dans ce contexte, un recul de la collecte est attendu en mai, alors qu’il s’agit habituellement du pic saisonnier de production. À l’inverse, des volumes plus importants pourraient être observés en juin, juillet et août, en lien avec le décalage des vêlages.

La forte progression de la collecte observée au premier trimestre 2026 intervient pourtant dans un contexte de contraction structurelle du cheptel laitier (-2,7% mars 2026 /mars 2025). Elle continue de s’expliquer par un gain marqué de la productivité des vaches, soutenu encore par des coûts d’alimentation contenus, la bonne qualité des fourrages récoltés en 2025 et la montée en puissance de la robotisation dans les élevages.

L’accroissement de la productivité laitière s’est encore accéléré sur le 1er trimestre 2026. Le rendement apparent était de 595 l/VL/mois au 1er trimestre 2025, il a grimpé à 645 l /VL/mois au 1er trimestre 2026 soit une progression de 8,6%. Pour rappel, il avait progressé de 3,7% en 2025 / 2024.

Prix du lait sous pression depuis l’automne 2025

Depuis octobre dernier, le prix du lait en France s’inscrit dans une tendance baissière. En mars 2026 pour un lait standard (38 g/l de TB et 32 g/l de TP), le prix s’est établi à 435 €/1 000 litres, passant largement sous son niveau de mars 2025 (-49 €). Le prix du lait a perdu 62€ depuis septembre 2025.

Selon l’observatoire de l’Eleveur Laitier, le prix standard poursuivrait son repli en avril (estimé à -52 € /avril 2025) et en mai (-53 €/mai 2025).

Des charges en hausse qui pèsent sur la marge des élevages laitiers

Du côté des charges, l’IPAMPA lait de vache (qui représente 58% des coûts de production en zone de plaine), a nettement augmenté en mars 2026 d’un mois sur l’autre (+4,2%) et a progressé de 2,6% /mars 2025. Sur un an, le recul est toujours marqué pour le poste aliment acheté (-6,3% /2025) mais se trouve en nette hausse pour l’énergie (+35,1%) et pour les engrais (+13,8%). Dans l’ensemble, les charges courantes ont progressé de 2,9% sur un an tandis que les biens d’investissement se sont renchéris de 1,2%. Le conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février dernier, a provoqué une flambée des cours de l’énergie et des intrants azotés, contribuant à cette remontée des charges.

Dans ce contexte,la marge MILC poursuit son érosion. Estimée à 201 €/1 000 l en mars dernier, elle connaît son cinquième mois consécutif de recul, perdant 21€ sur un mois. Ce repli résulte de la combinaison d’une baisse du prix du lait, d’une augmentation des prix des produits issus de la vente des animaux et d’une hausse des charges.

Sur un an, le recul de la MILC a atteint 28€/1000 l. Cette évolution s’explique par la hausse des charges (+9€) et le recul du produit lait (-49€) plus important que la progression des coproduits viande (+30€).

À noter, les charges considérées dans la marge MILC se basent sur l’IPAMPA lait de vache qui ne couvre pas l’ensemble des charges des exploitations. D’autres charges comme les coûts salariaux, les coûts des travaux par tiers ou les frais financiers qui ne sont pas prises en compte dans l’IPAMPA, restent en hausse par rapport à début 2025. Par ailleurs, les investissements en élevages laitiers ont été importants ces dernières années, notamment en robotisation, et l’évolution de la part croissante des investissements n’est pas prise en compte dans le calcul, l’indice IPAMPA étant établi sur la base 2020.

Des fabrications orientées vers les commodités et l’ultra frais

En mars, dans la continuité des mois précédents, les fabrications françaises de produits laitiers se sont principalement orientées vers le beurre, la poudre maigre mais aussi les fromages. Face à l’afflux de collecte, les volumes supplémentaires ont été dirigés vers ces produits dits de « commodités », plus facilement stockables et exportables. Ainsi, en mars, les fabrications de poudre maigre ont bondi de 14% /2025, tout comme celles de beurre tandis que la production de fromages a augmenté de 6%.

À noter également une dynamique soutenue de l’ultra-frais, avec des fabrications en hausse de 8%, portées par des achats des ménages particulièrement actifs sur ce segment.