La production laitière étasunienne face à l’Influenza aviaire

Révélée par les premiers tests positifs en élevages laitiers il y a un an, l’Influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) a particulièrement affecté la production laitière en Californie, 1er État producteur de lait des États-Unis.

L’épizootie d’IAHP a amputé la production laitière des États-Unis

Aux États-Unis, l’influenza aviaire (souche H5N1) a été détectée pour la 1ère fois il y a plus d’un an dans l’Idaho, le 11 mars 2024. L’épizootie a ensuite diffusé et touché les élevages laitiers de 18 États, répartis majoritairement dans le Sud et l’Ouest du pays. Entre mars 2024 et mars 2025, près de 1 000 cas ont été répertoriés dans les élevages laitiers du pays (987 cas). Faits notables, plus de deux-tiers des cas ont été comptabilisés sur le dernier trimestre 2024 (68%) et la Californie en a concentré plus des trois quarts (76%) sur l’ensemble de la période.

Si les effets de l’épizootie sur la production laitière ont été longtemps inconnus, plusieurs études de cas ont été renseignées. Dans une exploitation de bovins laitiers infecté par l’IAHP en mars 2024 et suivi pendant trois mois, 20% des animaux ont présenté des signes cliniques et la baisse de production de lait était de 33 % pendant l’épisode clinique. En outre, la production de lait des vaches rétablies n’est pas revenue à la normale et présentait une perte moyenne estimée à 680 kg par vache pour le reste de la lactation. Le taux de mortalité des animaux ayant présenté des signes cliniques était 6 fois plus élevé que celui des animaux sans signe clinique alors que le taux de réforme était 4 fois plus élevé.

Ainsi, lors du pic de l’épizootie au dernier trimestre 2024, le nombre élevé de cas en Californie a eu des effets importants sur la production de l’État. Sur la période, 656 cas y ont été détectés et la production de lait californienne a fortement reculé sur un an (-7% /2023).

Or, la Californie est le premier État producteur de lait des États-Unis devant le Wisconsin, le Texas et l’Idaho. En 2024, elle comptait pour 18% de la production de lait comme du cheptel de vaches laitières des États-Unis. Les baisses conséquentes de production ont contribué au léger repli sur un an de la production totale de lait des États-Unis en novembre et en décembre 2024 (de respectivement -0,3% et -0,5% /2023)

Depuis le pic de novembre 2024, le nombre de cas répertoriés d’IAHP recule : 228 cas détectés dans l’ensemble du pays en décembre 2024 puis 43 cas en janvier 2025 et 17 cas en février 2025. Début 2025, le recul sur un an de la production de lait en Californie était moins marqué bien que toujours conséquent (-6% /janvier 2024). Et dans l’ensemble du pays, la production laitière était stable sur un an (+0,1% /2024 à 8,66 millions de tonnes).

Si le nombre de cas a nettement reflué depuis trois mois dans le sillage du recul saisonnier de ce type de maladie, des incertitudes demeurent malgré tout sur la suite du développement de la maladie dans le pays. L’administration Trump s’attaque aux budgets comme au fonctionnement de bon nombre d’agences fédérales, dont les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et même l’USDA, entités essentielles dans la lutte contre l’épizootie. Récemment, un nouveau variant de la grippe aviaire H5N1 a été détecté dans les fermes laitières dans le Nevada et l’Arizona, et la maladie pourrait devenir endémique, laissant planer le doute sur la suite. D’après certains experts interrogés par the Gardian, il reste peu probable que l’épidémie actuelle aux États-Unis prenne fin sans intervention de l’État fédéral, alors que de nouvelles mutations du virus sont hautement probables.

Quelles perspectives pour la filière laitières aux États-Unis en 2025 ?

Le secteur laitier étasunien a abordé le début de 2025 avec des prix des aliments favorables, un cheptel laitier légèrement plus important et un prix du lait légèrement réduit. Selon l’USDA, les effectifs de vaches laitières en janvier 2025 était de 9,365 millions de têtes, en légère hausse sur un an (+40 00 têtes ou +0,4%/2024). Mais les effectifs des génisses de remplacement avaient diminué de 37 000 têtes, limitant les possibilités d’expansion du troupeau.

Malgré cela, avec les revenus élevés en 2024, l’USDA prévoit une progression du nombre de vaches en production laitière en 2025 (+0,4% /2024). Dans le même temps, la production de lait par vache devrait diminuer via la rétention des vaches plus âgées dans le cycle de production. Ainsi, les prévisions de mars 2025 de l’USDA envisageaient une production de lait stable en 2025. Dans le même temps, les prix et cotations devraient rester globalement soutenus en 2025, bien que certaines d’entre elles devraient connaitre un ajustement à la baisse en moyenne annuelle par rapport au niveau élevé de 2024. C’est notamment le cas pour le beurre (-13% /2024).

Attention toutefois, ces prévisions ne tiennent pas compte d’un éventuel nouvel épisode d’IAHP ni des éventuels effets sur les échanges de produits laitiers que la guerre commerciale imposée par Trump à ses principaux partenaires pourrait engendrer.